C’est par des représentations
auprès des pouvoirs publics et par des actions de sensibilisation
auprès des citoyennes et des citoyens que l’APMAQ
s’efforce d’apporter sa contribution à la mise
en œuvre de mesures visant à
assurer la protection de bâtiments et de sites patrimoniaux.
Un exemple de démarche de sauvegarde : demande de citation d’une maison ancienne
La récente citation de la maison Magloire-Brochu, de la laiterie et du terrain à Saint-Lambert-de-Lauzon, sur le territoire de la MRC de la Nouvelle-Beauce, est le résultat d’une démarche fructueuse initiée par les jeunes propriétaires actuels, Lucie Jean et Luc Côté, qui voulaient, d’une part, s’assurer que, dans le futur, toute intervention sur ces bâtiments serait faite en respectant leurs caractéristiques architecturales d’origine et, d’autre part, éviter qu’une nouvelle maison puisse être construite sur le lot. Au départ, la démarche pouvait sembler ardue car cette municipalité n’a pas de politique de protection du patrimoine bâti ancien, ne possède pas de comité consultatif d’urbanisme (CCU) et n‘a pas de Plan d‘implantation et d’intégration architecturale (PIIA).
Après avoir bien documenté leur dossier, après être allé chercher des avis au MCCCFQ et des appuis écrits d’organismes intéressés par la sauvegarde du patrimoine architectural dont l’APMAQ, les propriétaires ont établi des contacts avec des élus de la municipalité pour expliquer leur projet de citation et ses retombées dans la collectivité locale. Ayant décelé une ouverture d’esprit de la part de la municipalité, ouverture teintée d’inquiétude toutefois puisqu’elle s’aventurait dans des sentiers inconnus jusqu’alors, le dossier fut présenté. Et, toutes les étapes ayant été franchies, à savoir: avis de motion du règlement municipal, avis spécial aux propriétaires concernés, copie de l’avis au MCCCFQ, avis public de la séance du comité consultatif, séance publique du comité consultatif, adoption du règlement et envoi d’une copie du règlement aux propriétaires et au MCCFQ, le Conseil municipal adoptait, le 6 juillet dernier, le règlement relatif à la citation du premier monument historique sur son territoire.
Récemment, deux autres propriétaires m’ont exprimé leur intention d’entreprendre une démarche similaire à Laval, hé oui à Laval.! - et à Namur située entre Montebello et Saint-Jovite. Dans les deux cas, si le processus est mené à terme, ce sera une première pour ces municipalités puisqu’elles n’ont jamais eu recours à la Loi sur les biens culturels pour citer un bâtiment. Bien que cette protection légale ait ses limites, tout comme le classement d'ailleurs, les membres de l’APMAQ, qui sont propriétaires d’une maison ancienne et qui désirent qu’elle soit conservée par les générations futures, disposent, depuis 1986, d’un outil leur permettant d’atteindre leur objectif, tout en contribuant à donner une empreinte particulière à l’identité de leur communauté.
Le temps n'est-il pas venu, 13 ans plus tard, d'adopter à l'APMAQ le slogan «La citation, j'en fais mon affaire» afin que le plus grand nombre possible de membres concernés acheminent une telle demande à leur municipalité? Pour certains élus, ce serait une excellente façon de s’initier à une démarche visant à protéger, à long terme, des bâtiments anciens de leur localité et, pour d'autres, un bon moyen de faire en sorte que les nobles intentions souventes fois exprimées en parole ou par écrit, soit par le biais d'une politique, d'un comité consultatif d'urbanisme (CCU), d'un comité consultatif culturel, d'un règlement (PIIA), etc., se traduisent en réalisations concrètes.
Note: Il existe, sur le site du MCCCFQ, un document intitulé Guide pratique destiné aux municipalités. Lucie Jean et Luc Côté s'en sont beaucoup inspirés pour préparer leur demande de citation. Pour aider les propriétaires intéressés, l’APMAQ met à leur disposition deux documents: 1) le dossier préparé par Lucie Jean et Luc Côté et 2) le vol. 5, no. 1 publié par la Commission des biens culturels du Québec, intitulé «La citation et la constitution de sites du patrimoine, outils adaptés aux réalités locales».
Réal Béland
La Lucarne, Vol XXX, no 1, p.4