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La leçon des arbres

Mon charmant Amélanchier à la porte de la maison. Crédit : Thérèse Romer

Mon charmant Amélanchier à la porte de la maison. Crédit : Thérèse Romer

LA LEÇON DES ARBRES
Thérèse Romer

ll y a exactement 42 ans j’ai eu la chance d’acquérir, à Saint-Eustache, une belle grande maison patrimoniale avec son magnifique terrain riverain. Celui-ci, jadis rempli de massifs fleuris, était devenu une immense pelouse monotone. Mais il abritait une grande diversité de superbes arbres. Avec les années, ils devinrent mes professeurs ès nature. Et mes amis.

J’ai vite appris à apprécier la fraîcheur que l’ombre des vieux érables apportait à la maison pendant les chauds mois d’été. Et la protection contre le nordet que les grands sapins à l’arrière offraient l’hiver. Mais il a fallu un peu de recherche pour remédier aux erreurs énergétiques commises par d’anciens propriétaires lors d’une rénovation majeure dans les années 50… alors que le mazout (si moderne alors !) coûtait 3 cents le gallon.

Hormis l’isolation et une meilleure orientation des fenêtres et portes extérieures, les arbres ont été nos plus précieux alliés dans l’amélioration du confort et du plaisir de vivre dans une maison ancienne. L’observation quotidienne m’a appris à connaître leurs caractéristiques, à distinguer les essences et les variétés, à apprendre leurs besoins en taille et en entretien pour les garder en santé – donc en beauté.

Je suis encore émue par le souvenir des floraisons exotiques du grand catalpa près de l’entrée. Par celles du vénérable magnolia, couvert d’étoiles blanches en mai. Et par le magnifique pommetier au centre du jardin, paré d’un nuage rose chaque printemps. Encore aujourd’hui, ces superbes survivants restent en belle forme.

On s’attache plus particulièrement aux arbres qu’on a pu planter soi-même. Surtout si on a eu la chance de suivre l’évolution aussi longtemps que moi, étonnée aujourd’hui par leur taille impressionnante ! Mes deux premiers tilleuls, soigneusement situés en bordure est du terrain, donnent de l’ombre bienfaisante à une plantation de fleurs indigènes de sous-bois. Une variété d’autres arbres, petits et grands, offrent des coups d’œil honorables. Et trois micocouliers, sans doute plantés par des écureuils il y a bien 30 ans, atteignent leur dimension adulte et font un bel ajout à la biodiversité des lieux.

Ah, les mélèzes ! Mes favoris. Avec leurs fines aiguilles vert-pâle au printemps, leur parure dorée tard en automne, leur port léger à l’année, ils méritent une place de choix. Fascinée par leur histoire naturelle, j’ai découvert mille et un secrets de leur pollinisation, des attraits de leurs minuscules cônes, différents selon les origines. Mais les mélèzes sont capricieux s’ils ne peuvent croître en un endroit frais et humide. Ils n’ont jamais aimé les conditions que je pouvais leur offrir…

Et il faut bien l’admettre: j’ai commis ma part d’erreurs. Sans doute la pire, bien évidente aujourd’hui, est d’avoir transplanté, d’un sous-bois voisin, un Cornouiller sauvage à feuilles alternes. Arbrisseau indigène intéressant, il profita de sa propension à se ressemer abondamment partout. En l’absence d’un œil attentif (je n’habite plus les lieux depuis une douzaine d’années…) des broussailles se sont multipliées – et exigeraient aujourd’hui une répression musclée. La forêt, qui couvrait tout ce territoire il y a deux ou trois siècles, tente de reprendre le dessus. Qui l’en blâmerait ? On voit donc comment je me suis, au fil des ans, promue arboricultrice-maison. Contrairement à aujourd’hui, les vastes ressources de l’internet n’étaient pas à ma disposition, ni les bons conseils d’arboristes professionnels. Il fallait se contenter d’apprendre sur le tas, au pif, profitant d’excellents manuels sur papier, illustrés de photos noir et blanc un peu brouillées.

Il reste qu’aujourd’hui, autant que jadis, l’important est d’aimer apprendre. Apprendre des arbres-eux-mêmes.

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