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Les bâtiments agricoles au Québec – Partie I

Les XVIIe et XVIIIe siècles d’une tradition architecturale

Au cours de mes voyages à travers la belle campagne québécoise, je me suis arrêté souvent devant les fermes traditionnelles où j’ai été vite impressionné par la qualité et la variété des bâtiments agricoles, leur architecture, leur emplacement et leur environnement, leur fonction et leur histoire. Comment ont-ils évolué avec le temps par rapport aux maisons rurales? Souvent ignorés, les bâtiments de ferme de la Nouvelle-France et du Bas-Canada ont eu une influence importante sur notre architecture vernaculaire rurale qui se distingue des tendances architecturales plus classiques et plus monumentales.

La remise de cette maison-cour, ferme de la Nouvelle France, se trouve à 16 pieds de l’habitation et la protège du vent nordet. L’autre bâtiment agricole, un hangar (non visible) se trouve à 28 pieds, et les vestiges de la grange et étable ou grange-étable se trouvaient à 50 pieds.

La remise de cette maison-cour, ferme de la Nouvelle France, se trouve à 16 pieds de l’habitation et la protège du vent nordet. L’autre bâtiment agricole, un hangar (non visible) se trouve à 28 pieds, et les vestiges de la grange et étable ou grange-étable se trouvaient à 50 pieds.

Dès l’arrivée des premiers Français en Nouvelle-France, les méthodes de construction de la Haute Normandie, du Perche ou d’ailleurs, durent s’adapter rapidement aux nombreux facteurs de conditionnement (1) du nouveau milieu physique : climat, végétation, morphologie, sous-sol et sol, entre autres. Initialement et pendant deux siècles, l’agriculture a eu une vocation de subsistance pour les habitants. Elle s’est transformée au début du XIXe siècle en une agriculture destinée en grande partie aux marchés.

Les premières habitations et les premiers bâtiments agricoles s’inspiraient des méthodes de construction médiévales qui ont perduré dans les campagnes de France pendant plusieurs siècles, nonobstant les influences majeures des styles de la Renaissance et les pratiques des mathématiciens italiens qui ont révolutionné la conception des toits et la forme des bâtiments.

Le premier bâtiment agricole connu fut érigé au cap Tourmente en 1626 (2) à la demande de Champlain, fondateur de Québec, pour héberger des bêtes près des grands pâturages où les embarcations peuvent aborder facilement. Il fait construire une étable de grandes dimensions, 60 pieds par 20 pieds (env. 18m x 6m), avec pignon aigu, un toit à deux versants et une couverture de paille ou de planches de bois.

En France, les fermes composées de maisons-blocs (surtout en Bretagne) et de maisons-cours (bâtiments autour d’une cour) étaient courantes. Vu la faible immigration en Nouvelle-France des Bretons (env. 3%), on compte peu d’exemples de la maison-bloc en Nouvelle-France. Les premiers habitants optent pour des constructions diverses en bois (incluant pieu, colombage, empilement de pièces ou madriers), aussi bien pour les bâtiments agricoles que pour les maisons, malgré les préférences en France pour la construction en pierre. La disponibilité de multiples essences de bois de la Nouvelle-France et la rapidité de sa construction ont joué un rôle, mais le climat a été une des principales motivations pour la construction en bois, du moins pour l’hébergement du bétail. Sous les froids d’hiver, les murs intérieurs de pierre, comme à l’étable de 1691 de l’Hôtel Dieu de Québec, suintaient continuellement créant « une fraicheur mal saine aux animaux » (3).

Le temps « n’existe pas » à cette époque et pendant les deux premiers siècles de la colonie, la plupart des maisons et des dépendances agricoles continuent à être construites à pignons droits, souvent à deux versants. Les toits sont recouverts de chaume ou de planches de bois, la première couche étant verticale et la deuxième couche extérieure étant disposée horizontalement. Même si le chaume, matériau économique, a presque disparu aujourd’hui, maints bâtiments de ferme furent recouverts de cette manière, en utilisant la paille de blé ou de seigle, ou encore des espèces indigènes d’herbes poussant sur les rives du Saint-Laurent (par exemple, « l’herbe à lion », du Lac St-Pierre) (4). Entre 1760 et la fin du XIXe siècle, cette technique a eu tendance à disparaître. On en parlera davantage dans la partie II portant sur les bâtiments des XIXe et XXe siècles.

Trois bâtiments de ferme du XIXe et du début du XXe siècle, reflétant des caractéristiques des bâtiments des XVIIIe et XIXe siècles.

Trois bâtiments de ferme du XIXe et du début du XXe siècle, reflétant des caractéristiques des bâtiments des XVIIIe et XIXe siècles.

Les cultivateurs aux XVIIe et XVIIIe siècles ajoutèrent à la maison-cour des bâtiments indépendants répondant à d’autres vocations que celles de la grange et de l’étable, tels les poulaillers, les écuries, les porcheries, les laiteries et les fournils. L’ensemble dispersé était moins vulnérable aux attaques d’amérindiens et aussi au feu. L’habitant ne pouvait compter que sur une seule récolte annuelle donc les granges étaient généralement plus spacieuses qu’en France.

 

Références:

  • GAUTHIER-LAROUCHE. Georges. Évolution de la maison rurale traditionnelle dans la région de Québec. Les presses de l’Université Laval, 1974. 321p.
  • SÉGUIN, Robert-Lionel. Les granges du Québec du XVIIe au XIXe siècle. Ottawa, Ministère du Nord canadien et des ressources nationales, 1963. 128p.
  • JUCHEREAU, Françoise de St-Ignace. Histoire de l’Hôtel-Dieu de Québec. Imprimé chez J. Legier, Imprimeur du Roy, vers 1750.
  • Source : Inventaire du patrimoine agricole de la MRC de Charlevoix. Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec (Inventaire réalisée par la Cie. Patri-Arch), 2007.

Par Arthur Plumpton, propriétaire d’une maison ancienne et de bâtiments de ferme situés à l’Île d’Orléans

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