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Le moulin banal des Éboulements

Le Moulin banal depuis l’extérieur, Les Éboulements (Charlevoix), octobre 2014 ©Mardjane Amin/ HCQ.

Le Moulin banal depuis l’extérieur, Les Éboulements (Charlevoix), octobre 2014 ©Mardjane Amin/ HCQ.

Le moulin banal des Éboulements : lieu de production et lieu de vie depuis 1790.

Mardjane Amin, consultante en patrimoine pour l’Héritage canadien du Québec

Pendant longtemps, les moulins artisanaux ont constitué des lieux de production et de résidence pour la famille du meunier et un point de repère majeur pour les sociétés. Ils jouèrent ainsi un rôle socio-économique prépondérant au sein des communautés. Le moulin banal des Éboulements (Charlevoix), construit en 1790, ne fit pas exception à la règle. Il figure en effet aujourd’hui parmi les ultimes moulins du Québec encore en activité, et le dernier encore habité par son meunier.

Un total de douze meuniers contribua à faire tourner la grande roue aux Éboulements et accompagna ses multiples évolutions. Notamment, la mutation des sociétés et des modes de fabrication lors de la révolution industrielle, au tournant du XXème siècle, eut des conséquences importantes sur l’occupation meunière. Vers 1900, la production de farine domestique fut ainsi remplacée par des moulées pour les animaux. Dans le même temps, une unique moulange d’acier remplaça l’activité des cinq moulanges de pierre d’origine. Finalement, vers les années 1960, le déclin des productions artisanales imposa le silence au mécanisme. Il faudra alors attendre 1992 pour voir le moulin des Éboulements refaire farine.

Parallèlement, la fréquentation du moulin par sa communauté évolua elle aussi. Ainsi, jusque dans la seconde moitié du XXème siècle, son site constitua un lieu de rencontre pour les habitants des Éboulements. En témoignent notamment les souvenirs de navigation aux beaux jours, ou de patinage l’hiver, sur le bassin du barrage. La présence des frères du Sacré-Cœur dans le manoir adjacent au moulin, garantissait également le maintien d’une communauté nombreuse proche du site. Mais ce sont surtout les familles des meuniers qui, en occupant les lieux, imprégnèrent de vie et d’animation ce moulin. Car au-delà d’un lieu de production et de rencontre, il constituait, et constitue encore aujourd’hui, une habitation familiale.

Répondant dans un premier temps à une obligation seigneuriale, la fonction résidentielle au moulin des Éboulements se perpétua donc telle une tradition. Si le passage de toutes les familles apparaît documenté, certaines se firent plus manifestes que d’autres. En particulier, on retient la présence des Tremblay « du moulin ». Achetant le moulin en 1948 et en devenant locataire à partir de 1962, Henri-Paul Tremblay, son épouse Yvette et leurs enfants apportèrent en effet, une contribution majeure au site et à sa fonction. Notamment, Henri-Paul entreprit seul de reconstruire le coin nord-ouest de la bâtisse, détruit par les crues printanières de 1952. Quelques années plus tard, il refit au complet la grande roue, précédant alors de 25 ans la même réfection par un de ses fils, Jean-Guy. Ce dernier, fut en outre à l’origine de la remise en fonction du moulin, en tant que lieu de production de farine domestique. Il réactualisait alors une pratique perdue depuis près de cent ans aux Éboulements.

Avec une présence de près de 70 ans, la famille Tremblay a ainsi notablement marqué de son passage le moulin des Éboulements. À ce-jour, Jean-Guy Tremblay incarne le dernier gardien des lieux, et l’ultime meunier de la province à tenir feu et lieu dans un moulin. Par le prolongement de cette présence, le moulin banal des Éboulements acquiert toute sa singularité. L’avenir de celle-ci semble néanmoins incertain, la relève de Jean-Guy restant encore à trouver et à former.

Le moulin est devenu propriété de l’Héritage canadien du Québec en 1962 lequel assure sa conservation depuis 55 ans.


Article tiré de La Lucarne printemps 2017 (Vol XXXVIII, numéro 2).

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