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Un village au coeur de la ville « Le Coteau Saint-Louis »

Les lecteurs de La Lucarne sont relativement familiers avec les belles demeures ancestrales des différents villages du Québec. Nichées au cœur de magnifiques villages, on s’imagine souvent que ces maisons n’existent qu’en milieu rural ou en région. Eh bien…détrompez-vous; il en existe encore au cœur des grandes villes.

Côte-Saint-Louis, le premier village organisé du Plateau Mont-Royal, est créé en 1846 mais ses habitants y résident déjà depuis plusieurs années. C’est la découverte d’immenses gisements de pierre calcaire qui consacre l’installation des ouvriers-carriers dans les environs de l’actuelle rue Berri, entre les rues Saint-Grégoire et Laurier. Cette installation s’ajoute au regroupement déjà existant des ouvriers de la tannerie des Bélair un peu plus au sud.

Lors du recensement de Jacques Viger, en 1825, on dit compter « 24 maisons et un magasin, au village des tanneries des Bélair » (ce qui inclut vraisemblablement les maisons des carriers).

Un véritable village

Au début, il s’agit vraiment d’un faubourg ouvrier et les maisons qu’on y retrouve sont très caractéristiques de ces demeures ouvrières simples et fonctionnelles. Les volumes sont restreints, par souci d’économie des matériaux de construction mais aussi afin d’économiser l’énergie l’hiver venu. Plusieurs des constructions du village sont des unifamiliales semi-détachées; ce qui tranche fortement avec les habitudes du temps, ou l’on souhaite plutôt reproduire l’habitat traditionnel que les gens ont quitté à la campagne.

Ce qui est surtout significatif du milieu bâti du Coteau Saint-Louis (vocable populaire aussi donné au village), c’est qu’on y retrouve également l’architecture de la classe plus aisée de la communauté. C’est ainsi que l’on peut voir, parmi les constructions plus sobres des ouvriers, les demeures plus ouvragées des contremaîtres ou propriétaires des carrières qui décident d’habiter au village.

Plusieurs de ces résidences, toujours visibles aujourd’hui, se démarquent surtout par l’ornementation des façades qui offrent à la vue des visiteurs, des détails de maçonnerie habituellement réservés à des demeures beaucoup plus cossues.

Des trésors photographiques

1 -Village Côte-Saint-Louis A Edgar Gariepy BAnQ

Village Côte-Saint-Louis. Crédit : Edgar Gariepy, BAnQ.

Un reportage photographique d’Edgar Gariépy, réalisé dans les années 1940, nous laisse un témoignage exceptionnel de ce paysage architectural villageois du XIXème siècle, rare pour Montréal.

On y voit, sur le chemin des Carrières (l’actuelle rue Berri), une petite unifamiliale en bois d’allure très rurale qui côtoie une plus vaste demeure en maçonnerie. Cette dernière maison, qui existe encore aujourd’hui, présente elle aussi une allure rurale bien qu’elle soit d’une construction plus « soignée », présentant même des détails de pierres taillées pour les chaînages d’angles et les encadrements de fenêtres. C’est ce qui nous fait dire qu’il ne s’agit probablement pas de la résidence d’un simple ouvrier. Ce tronçon de Berri est situé au nord de Laurier, près de la rue Boucher. Les curieux qui s’y aventureront seront surpris par leur visite. D’ailleurs, il subsiste une petite maison de bois, à pignon et lucarnes, comme sur cette photo sur la rue Lagarde.

Village Côte-Saint-Louis en 2014. Crédit : Gabriel Deschambault

Village Côte-Saint-Louis en 2014. Crédit : Gabriel Deschambault

Mais les véritables demeures ouvrières du village, on peut les voir sur cette autre photographie qui nous montre de petites structures d’habitations jumelées. Les volumes sont restreints et semblent identiques dans leur aménagement. Une fenêtre et une porte (avec sa contre-porte) au rez-de-chaussée une lucarne sous le comble. On retrouve ce modèle à de nombreux exemplaires dans les photos anciennes du village. On peut même se demander si ces logements ne sont pas fournis en location à leurs ouvriers par les propriétaires des carrières.

2-Village Côte-Saint-Louis B Edgar Gariepy BAnQ

Village Côte-Saint-Louis. Crédit : Edgar Gariepy, BAnQ.

La vue arrière de ces mêmes maisons nous montre un revêtement de façade aussi plus traditionnel, qui semble fait de larges planches dont les joints sont protégés (il pourrait s’agir d’une construction en pièces sur pièces). Les toits semblent recouverts d’un enduit goudronné plutôt que d’une tôle qui est normalement utilisée pour cet usage. On peut finalement deviner, sur le côté de la deuxième maison, ce qui pourrait bien être une de ces fameuses « bécosses ». Nous sommes bien loin de la coquette petite maison de village rural; et on constate surtout les conditions d’habitation difficiles de ces ouvriers au début du XIXème siècle.

Côte-Saint-Louis est finalement annexé à Montréal en 1893. La petite ville (depuis 1890) compte alors 3500 habitants.

 

Village Côte-Saint-Louis. Crédit : Edgar Gariepy BAnQ

Village Côte-Saint-Louis. Crédit : Edgar Gariepy BAnQ

3-Petite maison de la rue Lagarde

Dernier vestige des maisons ouvrières de Côte-Saint-Louis, sur la rue Lagarde. Crérdit : Gabriel Deschambault

 

Par Gabriel Deschambault, architecte,  urbaniste, administrateur de la Société d’histoire et de généalogie du Plateau Mont-Royal et prix Robert-Lionel-Séguin 2011.

L’auteur vous invite à consulter les photos sur son blog : histoireplateau.canalblog.com

 

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