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Restauration d’une maison

de pièces sur pièces d’esprit français :

du rêve à la réalité!

partie 2

Pour faire suite au premier article paru dans le numéro d’hiver 2015-2016 de La Lucarne situant cette maison vers la fin du 18e siècle, nous ferons ici la description des différentes étapes de sa restauration.

Vue arrière de la maison montrant la sole qui a été enterrée, la dégradation des pièces par l’humidité et la modification des ouvertures.

Vue arrière de la maison montrant la sole qui a été enterrée, la dégradation des pièces par l’humidité et la modification des ouvertures.

Constatations de l’état de la maison

Cette maison de trente pieds par vingt-quatre pieds dotée d’un toit pentu de 52 degrés avait été recouverte au fil des années de plusieurs couches de matériaux divers qui camouflaient son véritable état. Le curetage s’est effectué à l’automne 2011 et s’est poursuivi à l’intérieur pendant l’hiver. Des pièces majeures devaient être réparées ou remplacées : la base de la maison (sole) qui avait malheureusement été enterrée ainsi que les pièces sous les fenêtres et des pièces intermédiaires à coulisses étaient pourries; l’humidité de la cave de pierre sur terre battue avait aussi atteint les extrémités des lambourdes. Des pièces avaient même été coupées à deux endroits à la scie mécanique pour tenter d’installer une porte patio. Le carré de la maison avait une déviation de quelques degrés dont il faudra tenir compte lors du remontage.

Le toit était en assez bonne condition; la sablière devait être réparée sur un de ses côtés ainsi que le casse-jambe[1] qui avait été coupé pour installer une porte lorsque des chambres avaient été aménagées dans les combles du grenier.

[1] Poutre (ou entrait) centrale et transversale située à un pied du plancher et mortaisée dans les poteaux intermédiaires

Plan des travaux : du printemps à l’automne 2012

Le toit est soulevé d’un seul bloc avec une grue.

Le toit est soulevé d’un seul bloc avec une grue.

L’objectif de la restauration étant de redonner à cette maison son aspect initial, le plan choisi était celui-ci : soulever le toit avec une grue, numéroter et démonter minutieusement la maison, réparer ou remplacer les pièces à l’ancienne avec du bois d’époque, construire une fondation neuve avec une finition extérieure de pierres, ajouter un bas-côté de quinze par vingt pieds à l’arrière, remonter la maison et replacer le toit, et ce, avant l‘hiver!

C’est parti!

Dès le printemps, le toit a été déplacé d’un seul bloc par une grue. Ont suivi le nettoyage et le curetage du toit en vue de sa préparation pour l’isolation par l’extérieur à l’uréthane. Une membrane protectrice a été installée. Une structure de deux par quatre pouces en bois a été construite sur des blocs de styromousse de deux pouces pour annuler le pont thermique entre l’extérieur et l’intérieur du toit et éviter ainsi la condensation.

Vidéo disponible sur le soulèvement du toit.

Démontage de la maison, recherche de matériaux appropriés

Toutes les pièces de la maison, les planchers, les poutres et les plafonds ont été numérotés. Dans le but d’avoir des matériaux en quantité suffisante pour effectuer les travaux nécessaires, nous avons acquis et démonter une maison abandonnée à proximité et déniché d’autres pièces ici et là, de Yamachiche à Ste-Eulalie.

Réparation et remplacement des pièces : un été de travail minutieux

Michel Bérubé réparant une pièce jointée à mi-bois. En médaillon : une herminette

Michel Bérubé réparant une pièce jointée à mi-bois. En médaillon : une herminette

Les pièces de bois réparées ou refaites à l’ancienne ont été insérées dans la coulisse des poteaux intermédiaires verticaux. Les pièces sont assemblées à queue d'aronde dans les coins. La dernière pièce du mur qui est en train d'être mise en place embarre les poteaux intermédiaires ainsi que les poutres, ici protégées de la pluie par une pellicule plastique. Ainsi tout est solide, sans clou!

Les pièces de bois réparées ou refaites à l’ancienne ont été insérées dans la coulisse des poteaux intermédiaires verticaux. Les pièces sont assemblées à queue d’aronde dans les coins. La dernière pièce du mur qui est en train d’être mise en place embarre les poteaux intermédiaires ainsi que les poutres, ici protégées de la pluie par une pellicule plastique. Ainsi tout est solide, sans clou!

 

L’étude de la maison lors du démontage nous a permis de retrouver la position et les dimensions exactes des ouvertures originales, six fenêtres et deux portes, toutes d’une largeur de trente-cinq pouces.

Les pièces de coins à queue d’aronde ainsi que les poteaux verticaux intermédiaires, leurs coulisses, ont été mesurées, taillées, creusées et finies à la main avec des outils d’époque tels que le compas, l’herminette, les ciseaux de charpente et le gros maillet.

Respectant la tradition, rien n’a été fixé avec des clous, tout a été maintenu en place par des chevilles de bois taillées une à une, et par la disposition stratégique caractéristique des pièces de ces maisons.

Le toit reprend sa place : le moment de vérité!

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La maison restaurée a retrouvé ses ouvertures d’origine et se marie parfaitement au toit qui reprend sa place.

L’automne venu, la maison, s’étant faite belle, était prête à recevoir son toit. Les mesures étaient parfaites : les six tenons des poteaux intermédiaires de la maison reconstruite, dont plusieurs avaient été refaits, se mariaient parfaitement aux six mortaises de la sablière du vieux toit.

Après avoir enfoui un grillage métallique dans les joints extérieurs de la maison et les avoir remplis de mortier, la maison et son toit ont été isolés à l’uréthane.

Nous espérons que le bref récit de cette aventure saura combler en partie le manque d’informations et encourager ceux qui auraient envie de ressusciter une maison de pièces sur pièces.

Nous traiterons de la finition intérieure et extérieure, des fenêtres et des portes dans le prochain numéro pour un dernier article de cette série.

 

Pour toute question, n’hésitez pas à communiquer avec nous!

Marjolaine Mailhot, propriétaire, Saint-Jacques-le-Mineur (marjolainemayo@hotmail.fr)

Michel Bérubé, artisan-restaurateur (michel.berube277@gmail.com)


 

 Photos d’état de la maison avant les restaurations.


Marjolaine Mailhot, propriétaire, Saint-Jacques-le-Mineur et Michel Bérubé, artisan-restaurateur, Lacolle


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