A+ A-

Protection ou contrainte?

Maison sur la rue de Sainte-Geneviève en 1976. Photo: SPHIB-SG.

Maison sur la rue de Sainte-Geneviève en 1976. Photo: SPHIB-SG.

Lui est architecte, elle, enseignante à la retraite et commissaire scolaire. Tous deux ont jadis été élus municipaux. Ils habitent depuis 1976 une maison construite en 1885 par son grand-oncle paternel à elle et ses frères qui étaient tous maçons. La pierre de taille pour un bâtiment d’origine modeste, est une rareté en soi. Et que dire de l’étable, aussi en pierre de taille, près de la maison !

Cette petite rue de Sainte-Geneviève a vu passer tant de voitures s’entassant pour traverser le pont menant vers l’île Bizard. Bien sûr qu’ils l’adorent, qu’ils l’ont bichonnée et rénovée selon leurs besoins de jeunes parents et à leurs goûts !

Depuis, la maison n’a été ni citée, ni classée ou n’a obtenu une quelconque reconnaissance. Cependant, devant la maison, une plaque historique en raconte l’histoire. Est-elle menacée ? Pas pour l’instant.

Maison sur la rue de Sainte-Geneviève à Montréal (construite en 1885). Photo: Suzanne Marceau

Maison sur la rue de Sainte-Geneviève à Montréal (construite en 1885). Photo: Suzanne Marceau

Je leur ai demandé: « Et si c’était à refaire, comment aimeriez-vous que l’on vous guide pour les travaux de rénovations ? Quels conseils auriez-vous aimé avoir de la part des élus, des urbanistes, des artisans etc. »

Elle et lui m’ont donné deux réponses complémentaires.

– Lui: « Je me réjouis d’avoir pu effectuer des rénovations sans avoir eu à suivre un cadre trop strict et trop rigide. C’est bien de pouvoir adapter la maison à nos besoins d’aujourd’hui tout en conservant des éléments les plus authentiques possibles qui rappellent son passé. »

– Elle: « J’aurais aimé connaître l’histoire de ma maison. J’ai été chanceuse de la connaître par ma famille, mais quelqu’un qui achète sur un coup de coeur, à qui s’adresse t-il ? La municipalité devrait offrir une pochette aux nouveaux résidents comprenant l’historique du lot acquis, ainsi qu’un plan d’ensemble situant la maison dans le village. » dit-elle. Aussi, une liste de règlements encadrant les rénovations à venir sur le bâtiment. « Il faut montrer à l’acquéreur que sa maison est importante pour la collectivité, » dit-elle. Établir un lien entre une société d’histoire – si elle existe – et les nouveaux propriétaires. Et y a-t-il des subventions dans la région ?

Nous sommes devant un exemple de rénovation réussie, de gens impliqués dans leur milieu et qui font partie d’une société d’histoire.

Pourtant….pourtant, Il et Elle ne voudraient pas que leur maison soit citée ou classée… trop contraignant…

Alors, si même eux pensent cela, c’est qu’il faut que ce « cela » change.

Cela, c’est la perception des citoyens en général, face à la citation et au classement.

Cela, c’est le résultat, entre autres, de la politique culturelle québécoise qui donne aux municipalités et aux villes tout pouvoir de citation par l’entremise des comités consultatifs d’urbanisme qui, trop souvent, sont formés de gens de bonne volonté mais peu compétents et qui n’essaient pas de le devenir;

Cela, ce sont les contraintes que le Ministère décide d’imposer trop strictement en harassant les propriétaires qui se sentent impuissants. Cela, ce n’est pas ce qui devrait se passer.

Francine Chassé, membre du comité de sauvegarde

Infolettre

L'infolettre, uniquement en version électronique, est publiée quatre fois l'an généralement entre deux publications de la revue La Lucarne. C'est un moyen de communication rapide et efficace permettant d'être au courant des activités, des événements majeurs et des primeurs de l'APMAQ.