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La dendrochronologie appliquée aux bâtiments et sites historiques

Le manoir François-Pierre Boucher (Boucherville), dont l’analyse a indiqué trois phases de construction: 1741 à 1742, 1753 à 1755 et 1793 à 1794.

Le manoir François-Pierre Boucher (Boucherville), dont l’analyse a indiqué trois phases de construction: 1741 à 1742, 1753 à 1755 et 1793 à 1794.

La dendrochronologie est l’étude de la variation interannuelle des cernes de croissance des arbres. Dans un arbre, la largeur des cernes est influencée par le degré de précipitation, l’ensoleillement, la température, la nature du sol et certaines autres conditions du milieu. L’analyse des variations de croissance d’une année à l’autre permet de distinguer des patrons diagnostiques communs aux arbres d’une même localité.

Le recoupement partiel, ou interdatation d’arbres morts à des époques différentes, permet la construction de séries chronologiques moyennes. Ainsi, les arbres vivants, les bois provenant de bâtiments historiques et les bois archéologiques permettent de construire des chronologies qui, par recoupement, couvrent sans interruption une longue période et remontent toujours plus loin dans le temps (figure ci-contre). Il suffit alors qu’une série moyenne soit datée de façon absolue par synchronisation avec des séries représentatives d’arbres vivants (donc datés) pour que toute la chronologie soit ancrée dans le temps. De telles chronologies, lorsqu’elles comprennent de nombreuses séries sur une période de plusieurs centaines d’années, sont dites référentielles. Elles servent alors d’étalons pour la datation de nouvelles chronologies flottantes, archéologiques ou autres.

Construction d’une chronologie de référence par recoupement des séries mesurées sur des bois provenant de sites archéologiques, de constructions anciennes et d’arbres vivants (Poudret-Barré, 2007).

Construction d’une chronologie de référence par recoupement des séries mesurées sur des bois provenant de sites archéologiques, de constructions anciennes et d’arbres vivants (Poudret-Barré, 2007).

La dendrochronologie permet, en déterminant la date exacte d’abattage d’un arbre, d’indiquer la période de construction de bâtiments ou d’anciennes structures de bois, de faire ressortir les différentes phases de construction et même parfois d’identifier la région d’origine des arbres utilisés. Cette méthode de datation est très précise puisqu’elle offre la possibilité de dater une structure ou un vestige à l’année près, voire à la saison près, lorsqu’il y a présence d’écorce ou de cambium. L’identification de la date d’abattage et, par extension, de la date de construction d’un bâtiment, ouvre par ailleurs la porte aux recoupements avec les documents existants. En outre, la dendrochronologie facilite la mise en valeur du patrimoine archéologique et bâti d’un territoire.

L’une des principales difficultés des études dendroarchéologiques au Québec provient du fait que l’analyse ne doit prendre en compte qu’une seule espèce à la fois, puisque chacune d’elles réagit différemment aux contraintes climatiques. Pour la création de chronologies de référence, les pièces prélevées doivent être ancrées géographiquement, ce qui suppose de connaître à tout le moins approximativement le lieu de provenance des arbres.

 

Le Groupe de Recherche en Dendrochronologie Historique (GRDH) est un organisme à but non lucratif fondé en 2002 qui regroupe des chercheurs désirant promouvoir la datation de bâtiments anciens et de sites archéologiques au Québec. Depuis sa fondation, le GRDH a prélevé près de 970 pièces de bois, tout en identifiant l’essence de plus de 1400 échantillons différents provenant d’un peu partout au Québec. Plusieurs chronologies ont été créées ou sont en cours d’élaboration, notamment dans les vallées du Saint-Laurent et de l’Outaouais.
D’ici la fin de cette année, le GRDH a pour objectif la création d’une chronologie de référence du cèdre blanc (Thuja occidentalis) pour la région de Montréal, un projet financé par l’Entente sur le développement culturel de Montréal. Si la plupart des bâtiments et sites patrimoniaux ont déjà été choisis, le groupe est toujours à la recherche de maisons construites entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle, qui pourraient bénéficier d’une analyse financée par notre projet mais répondant à des critères bien spécifiques : elles doivent être situées près de Montréal et être constituées au moins en partie de bois de cèdre blanc ayant été prélevé près de Montréal. Si vous êtes propriétaire ou connaissez l’existence d’une telle perle rare, n’hésitez pas à communiquer avec nous.

Pour plus d’informations : www.grdh-dendro.com | info@grdh-dendro.com

Par Alex Lefrançois-Leduc, Groupe de Recherche en Dendrochronologie Historique

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