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La peinture à l’huile…

est-ce bien difficile?

Partie 2

Peintures à l'huile de lin appliquées sur une toiture testée au Centre de conservation du Québec.

Peintures à l’huile de lin appliquées sur une toiture testée au Centre de conservation du Québec.

Depuis 2012, les restaurateurs de l’atelier du bois du Centre de conservation du Québec portent une attention particulière aux peintures traditionnelles à l’huile de lin, celles-ci répondant à plusieurs impératifs de la protection des éléments architecturaux extérieurs en bois : adhérence, flexibilité, durabilité, pénétrabilité et perméabilité à l’humidité.

Une procédure détaillée est ici proposée aux Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec afin qu’ils puissent tirer le meilleur parti de cette peinture.

PRODUIT : peinture à l’huile de lin Allbäck

La peinture à l’huile de lin Allbäck, d’origine suédoise, est présentement le seul produit de ce type qui soit commercialisé au Canada. Elle comprend de l’huile de lin cuite (liant), à laquelle ont été ajoutés des sels de manganèse (agents siccatifs), du carbonate de calcium (charge) et, selon la couleur désirée, du blanc de titane, des oxydes de fer, de l’oxyde de chrome et/ou du bleu outremer (pigments). Aucun solvant n’entre dans la formulation de cette peinture.

La peinture à l’huile de lin a un taux d’étalement moyen de 20 m2 par litre à un coût d’environ 55 $ le litre, plus sa livraison. Trois couches doivent être appliquées aux endroits exposés aux intempéries.

ADDITIF : blanc de zinc

Le blanc de zinc, un pigment aux propriétés fongicides, est ajouté à la peinture pour une utilisation extérieure. Il inhibe ainsi le développement des moisissures. Allbäck propose un produit à base d’oxyde de zinc (Zinc White), mais il est aussi possible de le formuler soi-même en ajoutant 500 ml d’huile de lin cuite à 750 ml d’oxyde de zinc. L’une ou l’autre des préparations est ajoutée à la peinture à raison de 150 ml par litre.

MISE EN ŒUVRE : préparation de surface

Le substrat idéal de la peinture à l’huile de lin est le bois nu qui permet de bénéficier de la pénétrabilité et de la perméabilité à l’humidité du produit. Il est tout de même possible de l’appliquer sur des peintures à l’alkyde et à l’acrylique auxquelles elle adhère bien. S’il est choisi de décaper, il faut s’assurer de conserver un échantillon complet des peintures anciennes aux fins de documentation. Il convient d’éviter le dégagement chimique puisque le produit est inévitablement absorbé par le bois et qu’il devient ainsi impossible de le rincer complètement. Les résidus peuvent alors causer des torts importants à la nouvelle peinture. Le décapage thermique, au pistolet à air chaud ou à la lampe infrarouge, est à privilégier. Il doit toujours se faire dans un endroit bien aéré. L’application d’une huile de lin crue au moment de chauffer et de gratter la surface peut faciliter le soulèvement des couches. Le décapage mécanique, à l’aide de couteaux appropriés, peut également être envisagé pour dégager des peintures anciennes. Le port d’un masque à particules est alors recommandé, d’autant plus si les peintures à retirer contiennent du plomb.

Le bois doit être exempt de saletés et avoir été peu exposé au soleil. Si ce n’est pas le cas, sa surface doit impérativement être nettoyée et la cellulose non adhérente (bois grisonnant) retirée pour ne pas affaiblir l’adhérence de la peinture. Allbäck propose un savon à l’huile de lin (Linseed oil soap) à diluer dans l’eau. Il est possible de formuler soi-même une solution nettoyante en ajoutant 250 ml d’ammoniaque domestique, sans additif ni odeur[1], à 750 ml d’eau, à laquelle peuvent être ajoutés de 1 à 2% d’alcool éthylique dénaturé ou d’alcool méthylique (hydrate de méthyle). Cette solution permet un nettoyage ne laissant aucun dépôt de détergent dans le bois. L’une ou l’autre des préparations est brossée sur la surface et rincée légèrement pour en éliminer les résidus, en prenant toujours soin de ne pas abîmer le bois sain.

Il faut laisser le bois sécher, c’est-à-dire être en équilibre avec l’environnement extérieur. Il a alors un contenu en eau qui se situe aux environs de 13 %.

Les nœuds sont recouverts de gomme-laque pour minimiser l’exsudation de résine. Il est possible de formuler soi-même sa solution en recouvrant d’alcool dénaturé des flocons de gomme-laque déposés dans un bocal. Le couvercle doit être mis en place pour limiter l’évaporation du solvant et le produit agité régulièrement pour faciliter la dilution. Cette solution sera prête en moins de 24 heures. La gomme-laque est légèrement poncée après séchage.

MISE EN ŒUVRE : application

La peinture à l’huile de lin doit être remuée avant chaque utilisation et occasionnellement pendant son utilisation de manière à remettre la charge et les pigments en suspension dans l’huile.

La peinture doit être appliquée en couches très minces afin d’accélérer son séchage et d’éviter la formation d’un frisage dérangeant en surface. Il faut pour cela utiliser un pinceau à poils fermes (ex. : soie de porc) et bien étirer le film en surface du bois. Il convient de travailler la peinture dans toutes les directions pour les deux premières couches en donnant toujours le dernier coup de pinceau dans la direction du fil du bois.

La peinture doit sécher entre 24 et 48 heures avant chaque nouvelle application à une température entre 20° et 30°C. Si la température est plus froide, on peut aisément attendre quelques jours entre les couches. Il devient alors important de bâcher l’ouvrage et de choisir une période durant laquelle les mouches sont peu présentes. S’il advient que des saletés collent à la surface, elles seront progressivement lessivées avec le temps, ou seront légèrement poncées si l’on souhaite accélérer le processus.

Une première couche mince de peinture est appliquée sur l’ensemble des surfaces. Sa surface est mate puisque l’huile de lin est absorbée en partie par le bois.

Les petits trous et les fentes de séchage sont bouchés après la première couche de peinture. Allbäck propose un mastic à l’huile de lin (Linseed oil putty). Il est possible de le formuler soi-même en mélangeant de l’huile de lin crue et du carbonate de calcium jusqu’à l’obtention d’une pâte malléable. On peut peindre immédiatement par-dessus ou bien attendre jusqu’à une semaine si l’on veut pouvoir poncer légèrement la surface.

Une seconde couche mince est appliquée sur l’ensemble des surfaces, puis une troisième aux endroits exposés aux intempéries. Il est normal de voir apparaître des inégalités de brillance en surface puisque l’huile de lin ne pénètre pas uniformément dans le bois.

NETTOYAGE : eau chaude et savon

Les pinceaux sont lavés à l’eau chaude et au savon après avoir été dégorgés au maximum de leur peinture. Un savon à vaisselle ou, par exemple, une barre de détergent à lessive Sunlight permet un bon nettoyage.

Le pinceau peut être suspendu dans l’huile de lin crue s’il est fréquemment utilisé. Les résidus de peinture ne sècheront pas et les pigments tomberont ainsi dans le fond du bocal. Il faudra dégorger le pinceau du maximum d’huile de lin avant son utilisation.

ENTRETIEN : surfaces peintes

Les surfaces peintes sont lavées au besoin avec les solutions nettoyantes indiquées précédemment.

Une huile de lin cuite est simplement appliquée sur les surfaces mates après quelques années afin de re-saturer les pigments. Tout excédent doit être essuyé après 30 minutes. L’huile peut aussi être légèrement pigmentée, notamment pour une peinture blanche afin qu’elle ne jaunisse pas trop la surface recouverte.

Une nouvelle peinture à l’huile de lin est appliquée en couches minces lorsque la surface devient crayeuse.

RISQUE : combustion spontanée

Les chiffons imbibés d’huile ou de peinture à l’huile peuvent prendre feu s’ils sont laissés en boule ou compactés. Il faut mouiller les chiffons et en disposer dans un contenant fermé.

Notes

Les variations dans la brillance du film final résultent généralement d’une pénétration inégale de l’huile de lin dans le bois. Ces différences s’atténueront progressivement après quelques semaines d’exposition aux intempéries. La peinture deviendra alors uniformément mate. On peut essuyer de l’huile de lin cuite en surface pour diminuer ces contrastes.

La peinture à l’huile de lin s’use par érosion. La matification rapide de la peinture résulte de la dégradation puis du lessivage de l’huile de lin exposée en surface. Cette érosion se poursuivra, mais de manière beaucoup plus lente, parce que les pigments de la peinture font écran au soleil et protègent ainsi l’huile sous-jacente de la dégradation.

Afin d’accélérer le séchage et obtenir un fini plus résistant à l’abrasion, pour les planchers par exemple, ajoutez de 5 à 20% de standolie (huile de lin polymérisée), une huile épaissie.

De l’huile de lin cuite peut être ajoutée à la peinture, jusqu’à 5 % en volume, pour peindre des surfaces brutes de sciage.

Fournisseur : Solvant-Free Paint, Kingston (Ontario) www.solventfreepaint.ca

[1] Old Country ammonia disponible chez Home Hardware

aussiCet article est la suite de La peinture à l’huile…est-ce bien difficile? paru dans La Lucarne, automne 2014, p.5

Par Patrick Quirion et Mireille Brulotte, Restaurateurs au Centre de conservation du Québec


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