A+ A-

Les rabots de bois

Ces outils qu’employaient les artisans d’autrefois pour construire et embellir nos maisons

Tout au long des 18e et 19e siècles, de même qu’au début du 20e siècle, les bâtisseurs et artisans, n’ayant pas accès à la machinerie d’aujourd’hui, n’avaient d’autre choix que de travailler le bois à la main. Ces gens du métier, en maniant leurs outils avec dextérité et compétence, nous ont légué un héritage inestimable : nos belles maisons solides décorées avec goût. Indispensables pour l’artisan du bois, ses rabots l’étaient, bien sûr; des outils simples constitués essentiellement d’un corps (fût) en bois traversé par une lame en métal (fer) et de son coin (en bois, pour fixer le fer dans le fût). Leur fonction principale était d’aplanir (rendre lisse) la surface du bois, mais ces outils existaient en différentes formes et grandeurs selon les travaux précis à être exécutés. Au cours du 20e siècle, le fût en bois de ces rabots a été peu à peu remplacé par des corps en métal et ensuite par les outils électriques (toupie, planeur, etc.). Aujourd’hui ces anciens rabots de bois se trouvent surtout dans les musées, chez les antiquaires, dans quelques collections privées et probablement éparpillés et oubliés ici et là dans une boîte d’objets hérités d’un ancêtre (peut-être dans le grenier chez vous?). Et bien sûr, quelques personnes s’en servent encore pour la restauration des maisons et pour l’ébénisterie traditionnelle.

Quelques types de rabots

Une grande variété des rabots de bois était utilisée par les artisans des 18e et 19e siècles: de simples rabots de différentes longueurs pour dresser des planches (ex. rabots de finition, riflards, varlopes), des rabots spécialisés pour faire des rainures (ex : bouvets), des feuillures (ex : feuillerets), des moulures simples ou complexes rabots à moulurer, pour fabriquer des fenêtres à battants (ex : rabots à petits bois) … etc. Voici quelques exemples :

8-RabotsEn haut et à droite, un riflard et un petit rabot de finition, tous deux pour aplanir la surface des planches brutes. Au centre, une paire de bouvets pour bouveter des planches, dont l’un sert à tracer la rainure, l’autre la languette. À gauche, un rabot à moulure (moulurière).

Le coffre à outils d’un menuisier Québécois au 19e siècle contenait nécessairement plusieurs rabots. L’artisan les fabriquait lui-même ou il se procurait des modèles fabriqués commercialement. Un grand nombre de ces outils étaient offerts par des compagnies de Grande-Bretagne, des États-Unis, et bien sûr du Canada. Des huit principales compagnies qui fabriquaient des rabots au pays, six étaient établies au Québec : Cantin et Émond (à Québec), Dalpé et Monty (à Roxton Pond), Dawson et Wallace (à Montréal). Leur production à chacune était marquée d’une estampille imprégnée sur la face antérieure du rabot. Parfois l’artisan y gravait aussi son nom.

L’estampille des manufacturiers peut servir à identifier le lieu de fabrication et l’âge approximatif du l’outil. Ici, deux rabots à moulure avec l’estampille de la compagnie (écrit à l’envers) : à gauche « E. CANTIN » actif à Québec de ~ 1850 à 1874, et à droite « V.A. EMOND » actif aussi à Québec de 1870-1917.

L’estampille des manufacturiers peut servir à identifier le lieu de fabrication et l’âge approximatif du l’outil. Ici, deux rabots à moulure avec l’estampille de la compagnie (écrit à l’envers) : à gauche « E. CANTIN » actif à Québec de ~ 1850 à 1874, et à droite « V.A. EMOND » actif aussi à Québec de 1870-1917.

 

 

De telles marques d’identification contribuent à la valeur de ces objets anciens. Parfois on trouve aussi le nom de l’artisan ailleurs sur le rabot … peut-être y reconnaîtrez – vous le nom de votre ancêtre?

En dépit de l’âge de ces rabots, il est toujours possible d’en trouver en assez bon état, grâce aux soins de leurs propriétaires successifs. Sinon, leur restauration offre aussi au nouvel acquéreur un défi intéressant à relever. Après quelques interventions et avec un peu de pratique, le bricoleur peut retrouver la sensation que les artisans d’autrefois ont connue – soit le plaisir et la satisfaction de travailler le bois uniquement grâce à sa propre dextérité, sa force et sa patience et ce, dans l’ambiance des arômes de pin fraîchement coupé et dans l’absence du bruit infernal de la machinerie.

Et voilà quelques raisons qui devraient nous encourager, nous, amis et propriétaires des maisons anciennes, à reconnaître la valeur patrimoniale de ces outils.

De nouveaux articles sur les rabots paraîtront sur le site web de l’APMAQ au cours des prochains mois.

Quelques références :

  • Bouillot, Pierre et Xavier Chatellard. 2010. Les Rabots : Histoire, Technique, Typologie, Collection. Éditions Vial, 351 pp.
  • Bouzin, Claude. 2000. Dictionnaire du Meuble. Éditions Massin, Paris.
  • Séguin, Robert-Lionel. 1960. Le rabot dans la région de Montréal. Revue d’Histoire de l’Amérique Française. Vol XIV, No.3 : 378-383.
  • Westley, Robert. Guide to Canadian plane making and hardware dealers. MacLachlan Woodworking Museum, Kingston, Ontario, 202 pp.
  • Whelan, John M. 1993. The wooden plane, its history, form, and function. The Astragal Press, Mendham, New Jersey, 503 pp

L’auteur remercie les personnes suivantes pour leurs conseils et encouragements: Patrick Quirion, Jean-Marie DuSault, Ronald DuRepos, Robert Bergeron et Gabriel Deschambault.

Par Austin Reed, membre du Groupe-conseil de l’APMAQ

 

Infolettre

L'infolettre, uniquement en version électronique, est publiée quatre fois l'an généralement entre deux publications de la revue La Lucarne. C'est un moyen de communication rapide et efficace permettant d'être au courant des activités, des événements majeurs et des primeurs de l'APMAQ.