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Les quartiers de Montréal – Hochelaga-Maisonneuve

Rue Leclaire à Viauville

Rue Leclaire à Viauville. Crédit photo : Luc Charron.

Les quartiers de Montréal
Hochelaga-Maisonneuve, un quartier issu de deux villes
Collaboration Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve et APMAQ

Le quartier Hochelaga-Maisonneuve est le résultat de deux villes voisines qui, en raison de difficultés financières, se sont vues tour à tour intégrées à la ville de Montréal. Si Hochelaga, en tant que municipalité autonome, n’a connu qu’une existence éphémère, elle a tout de même vu sa population quadrupler en dix ans ce qui donne une idée de son dynamisme économique. Établie en 1870, elle est fusionnée à Montréal en 1883 sous l’impulsion d’un de ses notables, Raymond Préfontaine, qui deviendra maire de Montréal en 1898 et en 1900. Le territoire d’Hochelaga, situé à l’est du de la rue Bourbonnière, ne souhaitant pas faire partie de la grande ville, se constitue alors en municipalité indépendante sous le nom de Maisonneuve; l’existence de cette nouvelle ville se prolongera jusqu’à 1918, date de sa fusion avec Montréal.

Au cours de sa brève histoire, Maisonneuve a connu un développement fulgurant qui a encore valeur d’exemple. Dans leur conception de la ville, ses promoteurs, les hommes d’affaires Joseph Barsalou, maire de la ville de 1884 à 1889 et 1890 à 1892, Charles-Théodore Viau et, plus tard, le maire Alexandre Michaud et les frères Oscar et Marius Dufresne s’inspirèrent du mouvement « City Beautiful » alors en vogue aux États-Unis et de son équivalent britannique « Garden City ».

Ce souci de bien-être et d’esthétique urbaine n’entrait pas, selon eux, en contradiction avec le développement économique mais était de nature à y contribuer. Cela est si vrai qu’en peu de temps, Maisonneuve devient, aime-t-on dire, « la Pittsburgh du Canada ». En effet, grâce à une politique fiscale favorable aux investissements de nature industrielle, sa proximité avec le fleuve et le centre-ville montréalais, de vastes terrains disponibles et la construction d’un quai en vue de l’importation du sucre des Antilles et de l’exportation du sucre raffiné, elle se hisse au 5e rang des villes industrielles du Canada. Outre, l’installation de la St-Lawrence Sugar Co., mentionnons le secteur de la fabrication de chaussures (sur les huit entreprises de ce genre au Canada, cinq se trouvent à Maisonneuve), la biscuiterie Viau et d’autres.

Rue Adam à Viauville

Rue Adam à Viauville. Crédit photo : Luc Charron.

En même temps qu’elle se développe économiquement, la ville prend des allures de cité modèle. Des parcs sont aménagés, on trace de larges avenues comme les boulevards Morgan et Pie IX, et des immeubles publics d’une rare élégance sont édifiés tels l’Hôtel de ville, le Bain public et le marché Maisonneuve. Devant le marché, comme un beau symbole de ce lieu, se trouve la sculpture intitulée « la fermière » d’Alfred Laliberté (1915), posée au centre d’une fontaine. Ces immeubles de style beaux-arts sont aujourd’hui soigneusement conservés et expriment admirablement l’identité du quartier.

En 1898, Charles-Théodore Viau, fondateur de la biscuiterie du même nom, fait don à la fabrique de la paroisse Saint-Clément-de-Viauville à peine créée, d’un terrain de 100,000 pieds carrés en vue de la construction de l’église et d’écoles en plus d’une somme de $5 000. Quelques années plus tard, sa succession obtiendra de la ville que la façade de toute maison construite sur les terres de la famille soit de pierre grise. C’est ainsi que ce quartier de Maisonneuve connu sous le nom de Viauville constitue la plus grande concentration de façades de ce genre à Montréal.

Ce souci de qualité dans la construction est caractéristique de l’ensemble de Maisonneuve qu’il s’agisse des maisons destinées aux ouvriers, aux cadres ou aux notables. La belle unité architecturale que l’on observe au long de ses rues s’explique par la volonté ferme de ses fondateurs et de ses élus. Ce quartier de Montréal démontre avec éloquence que l’esthétique urbaine et le développement économique ne sont pas étrangers l’un à l’autre.


Article tiré de La Lucarne, automne 2017 (vol. XXXVIII:4).

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