A+ A-

Reproduire un bardeau chantourné

Reproduire un bardeau chantourné
Pierre Bleau, ing., M. A.
Membre de l’APMAQ

Le propriétaire d’une maison ancienne doit veiller à réparer, restaurer et évidemment entretenir régulièrement sa propriété. Une obligation qui implique de sauvegarder, lors d’une intervention, le maximum d’authenticité au niveau des composantes décoratives originales. Malgré tout, la condition résiduelle de l’élément architectural impose parfois son remplacement. Évidemment, il faut résister à la tentation de remplacer une matière noble comme le bois par des matériaux composites ou synthétiques. Mais comment réutiliser un élément distinctif vieux de plus de 110 ans lorsque la rouille des clous a rongé tout le bois autour d’eux; que l’exposition au soleil est venue fragiliser la résistance du bois en ne laissant qu’une délicate minceur au bardeau et que la surface soit devenue fragile. Ce court article traite justement de l’expérience de la reproduction d’un bardeau chantourné au niveau du pignon d’une façade arrière, caché depuis 1982 sous un inesthétique revêtement de vinyle blanc installé sous le règne d’un précédent propriétaire. (Photo 1)

L’étape délicate demeure le démontage des bardeaux de cèdre du mur de pignon sans perdre de morceaux. Il est alors avantageux de numéroter les pièces de ce casse-tête en bois pour faciliter sa reconstitution. (Photo 2) La reproduction de l’ensemble ne requiert que du bardeau de cèdre comme matière première. À partir d’un paquet de bardeaux de cèdre (Thuya) acheté en quincaillerie, on sélectionne les planches d’une largeur identique à celles qu’on veut remplacer. Les nouveaux bardeaux sont découpés à l’aide d’une scie à chantourner manuelle, leurs contours sont légèrement sablés puis assemblés avec des clous galvanisés à chaud. La superposition des bardeaux permet de cacher les têtes de clous. On peut utiliser un mince panneau de bois comme gabarit pour ensuite fixer le montage final (surface triangulaire) au mur du pignon. (Photo 3) Une technique qui permet d’éviter de découper et d’ajuster chacune des pièces individuellement sur un échafaudage à plus de 9 mètres de hauteur. (Photo 4)

Heureusement, la condition du bardeau chantourné des autres pignons de la maison s’est révélée plus propice à une opération de restauration in situ. On parle tout de même d’un patient travail de décapage des nombreuses couches de peinture à l’aide d’un pistolet à chaleur. L’emploi de bouche-pore qui peut être peint élimine les petites fissures et autres dommages accumulés sur la surface du bardeau à conserver. Ensuite, on complète avec un léger sablage pour enlever tous les résidus de peinture afin de préparer la surface. Il est préférable d’appliquer au moins trois couches de teinture pour éviter de devoir recommencer dans la décennie. Évidemment, le résultat final est toujours plus motivant lorsqu’on arrive à sauvegarder les composantes originales et une reproduction avec des matériaux nobles permet de redécouvrir le savoir-faire des anciens bâtisseurs.


Article tiré de La Lucarne – Été 2018 (Vol XXXIX, numéro 3).

© APMAQ 2018. Tous droits réservés sur l’ensemble de cette page. On peut reproduire et citer de courts extraits du texte à la condition d’en indiquer l’auteur et la source, mais on doit adresser au secrétariat de l’APMAQ toute demande de reproduction de photos ou du texte intégral de cette page.

Infolettre

L'infolettre, uniquement en version électronique, est publiée quatre fois l'an généralement entre deux publications de la revue La Lucarne. C'est un moyen de communication rapide et efficace permettant d'être au courant des activités, des événements majeurs et des primeurs de l'APMAQ.