En architecture, un style est un ensemble de caractères formels propres à un esthétisme défini. Bien identifiées, ces caractéristiques offrent un vocabulaire architectural permettant de classer des bâtiments en catégories. Comment reconnaître ces différentes catégories?
Quelques indices pour reconnaître les caractéristiques et les variations régionales d’un style architectural :
Attention aux raccourcis! L’apparence générale d’une maison et son style actuel peuvent être trompeurs sur son âge. La maison initiale peut avoir subi plusieurs modifications. Même si l’on retrouve dans bien des cas une influence architecturale dominante, chaque territoire du Québec a vécu son propre métissage des styles architecturaux et des matériaux. Il existe ainsi peu d’exemples parfaitement « purs » de chaque courant architectural.
À l’heure actuelle, la communauté scientifique n’est pas parvenue à un consensus formel sur les noms des styles et sous-types architecturaux. Le contenu présenté sur cette page propose néanmoins un outil dans le but de les identifier.
Glossaires du vocabulaire architectural :
Influences françaises
Influences anglaises
Maison québécoise
Influences éclectisme victorien
Influences états-uniennes
Influences marginales (Arts & Crafts)
Influences modernes
Influences contemporaines
Les plus anciennes maisons du Québec encore existantes datent de l’époque française, lorsque la population du Saint-Laurent était encore rattachée à la Nouvelle-France. Elles étaient construites selon des techniques et savoir-faire apportés par les colons, notamment régis par deux courants coexistants en France : la tradition médiévale, souvent observable sous la forme des maisons à pan-de-bois, et la tradition classique qui est quant à elle largement majoritaire à compter du 18e siècle. Cette dernière peut être observée aujourd’hui dans notre paysage architectural.
En s’établissant au Québec au 17e et 18e siècle, les premiers colons français ont commencé par construire par eux-mêmes de modestes maisons en utilisant les matériaux trouvés sur place. Peu robustes et peu adaptés aux contraintes climatiques québécoises, ces bâtiments ont depuis longtemps été détruits par le temps.
Matériaux : Revêtement en pierre et bois essentiellement.Toiture couverte de chaume, de bardeau ou de planche.
Éléments caractéristiques
(19e siècle - début du 20e siècle)
Au fur et à mesure que la colonisation se développait dans l’arrière-pays, les maisons de colons, construites de matériaux plus durables, offraient un usage prolongé sur plusieurs années.
Matériaux : Revêtement en pièces sur pièces apparentes, planche posée à la verticale à feuillure, planche à clin. Toiture en bardeau de bois, tôle pincée, tôle en plaques.
Eléments caractéristiques
(17e siècle - début du 19e siècle)
Inspirées de modèles venus d’outre-Atlantique, les premières maisons des colons étaient très peu adaptées aux hivers rigoureux québécois. Mais la volonté de s’établir est telle qu’en quelques décennies seulement, certaines techniques de construction sont abandonnées pour s’adapter au territoire, à ses ressources forestières et à son climat. Une forme de savoir-faire populaire québécois prend rapidement le relais. Les premières composantes architecturales à être modifiées sont ainsi la toiture, la fenestration et les fondations.
Le territoire québécois dénombre encore quelques témoins des maisons d’inspiration française construites au 17e siècle, mais davantage d’exemples de maisons construites au cours du 18e siècle. Bien que plus adaptées au territoire, ces maisons portaient toujours une forte influence des modèles apportés par les colons.
Graduellement, la tradition française se teinte d’une couleur locale qui se maintient malgré la Conquête anglaise.
Matériaux : Maisons le plus souvent construites en bois bien que dans certains cas, comme à Québec, la pierre était utilisée. Revêtement des murs en planches posées à la verticale ou en bardeau de bois. Toiture en planches, en bardeau ou en tôle en plaques ou à la canadienne en milieu urbain.
Éléments caractéristiques
Particularité de la région de Québec : nombre de maisons construites en structure de bois ou de pierre présentent un plan rectangulaire, avec une grosse souche de cheminée centrale. Toiture très pentue, souvent à croupe.
Particularité de la région de Montréal : volume plus massif, souvent carré, avec d’imposantes cheminées doubles intégrées dans les murs-pignons.
https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=93290&type=bien
https://patrimoinedeschenaux.ca/styles-de-maison/la-maison-quebecoise-dinspiration-francaise/
https://patrimoinecotedebeaupre.com/type-architectural/architecture-dinspiration-francaise/
(1870- environ 1910)
Ce style trouve ses origines en France avec le vaste projet d’urbanisme de Napoléon III, visant à transformer Paris. Au 17e siècle, quelques maisons de ce modèle avaient été construites à Québec, mais ce style architectural avait rapidement été délaissé à cause de sa vulnérabilité aux incendies. Son influence refait surface dans le paysage québécois à la fin du 19e siècle, en un mélange de Renaissance française et d’architecture classique. Cependant, le style Second Empire est en réalité un phénomène nord-américain au sein duquel le Québec ne fait que s’inscrire, notamment à partir des années 1870. On dénombre en effet beaucoup de ces maisons au Québec, dans tous les types de milieux : ville, village, campagne.
Il est courant de parler de « maison à toit mansardé » ou « toit brisé » pour qualifier ce style. Il tient son étymologie dans la forme des édifices publics de l’architecte français François Mansart. Le toit mansardé présente l’avantage de pouvoir aménager un véritable étage sous la toiture et, si besoin est, d’ajouter un étage rapidement à la maison. Signalons que, sur des maisons plus anciennes, des toits à pignon ont été remplacés par des toits mansardés.
Au Québec, le style Second Empire renvoie généralement à des maisons présentant un aspect riche et luxueux, avec tourelle centrale et éléments décoratifs d’inspiration victorienne. Mais dans la majorité des cas, il s’agit de bâtiments plus simples, caractérisés par un toit avec brisis et terrasson qu’on appelle maison à mansarde ou à toit mansardé.
Matériaux : Structure de bois, de pierre et parfois de brique. Revêtement en bois ou en brique.
Éléments caractéristiques
Au 18e siècle, la Conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques entraîne la diffusion de nouveaux courants qui laisseront une empreinte très forte sur l’architecture québécoise. Ce sont ainsi de nouveaux facteurs qui interviennent et modifient la tradition française de construire.
Dans ces facteurs, on retrouve graduellement la production de bois scié (madriers, planches et colombages), par des moulins à scie, qui supplante petit à petit la production de bois équarri. Il faut également mentionner l’arrivée au Québec de gens de métier issus de la tradition anglo-saxonne, apportant avec eux leurs techniques nouvelles.
Les effets sont bien sûr visibles très concrètement à l’échelle des maisons, avec quelques différences notables que sont :
(1770 à 1890)
Qualifié de « géorgien » aux États-Unis, ce style propose un volume équilibré, un ensemble aux proportions harmonieuses et ordonnées. D’influence vernaculaire anglaise auxquelles s’ajoutent les règles classiques, il répand dans nos paysages le gabarit d’une maison de plan rectangulaire, à deux étages, surmontée d’un toit à deux versants de pente moyenne. Grâce à ce volume vertical, on peut ainsi parler de nouveauté, par opposition avec les volumes plutôt bas et allongés jusqu’alors très présents dans nos paysages urbains et ruraux.
C’est à partir de la fin du 18e siècle que ce modèle s’épanouit au Québec, avec l’arrivée de plusieurs colons loyalistes fuyant la guerre d’indépendance américaine. Par leur installation, ils diffusent un modèle simplifié de l’architecture géorgienne anglaise et américaine. Ce modèle reste populaire tout au long du 19e siècle, et s’adapte aux diverses influences locales. Observable en milieu urbain et semi-urbain, il dépasse toutefois très peu les frontières des villes. Le géorgien persiste jusqu’au 20e siècle, sous la forme néo-géorgienne (très populaire en Angleterre), inspirant la conception de gros cottages.
Beaucoup des maisons construites selon ce modèle adoptent une palette de couleurs précise : du blanc aux fenêtres et aux saillies, du rouge pour la brique et du noir aux persiennes et aux portes.
Matériaux : Revêtement des murs généralement de brique, mais également de planche de bois, ou en moellons. Toiture en bardeau de cèdre ou de tôle traditionnelle.
Éléments caractéristiques
(1830-1880)
Développé en Angleterre sous la régence de George IV, le style Regency se répand au Québec au cours de la première moitié du 19e siècle. Il allie à la fois les caractéristiques du cottage anglais à celle du mouvement pittoresque. Bien qu’il soit observable en ville, ce style représente donc plutôt un modèle de « maison de campagne ». C’est d’ailleurs le cas pour beaucoup de maisons construites au Québec à cette époque-là. Témoin d’une certaine aisance sociale, le style Regency a été parfaitement adopté par les notables québécois.
En usage pendant une période assez courte, le Regency a néanmoins influencé l’utilisation du toit courbé, prolongé en auvent de galerie, sur la maison québécoise traditionnelle grâce à l’utilisation du coyau. De cette période d’usage réduite, la maison Regency conserve également une variété de fenêtres très limitée : le modèle à battants était généralement celui utilisé. Le toit à quatre versants en pente moyenne, la galerie entourant la maison et la symétrie autour de la porte principale restent néanmoins ses éléments les plus caractéristiques.
Matériaux : La toiture est généralement recouverte de tôle. Assez grande diversité de parement pour les murs, exemples courants : planche à feuillure, la planche à clin, planche unie, bardeau.
Éléments caractéristiques
(1830 - environ 1890)
Le style néo-grec, peu répandu au Québec, trouve ses origines dans le néo-classicisme, mouvement apparu au 18e siècle. D’abord populaire en Grande-Bretagne et aux États-Unis, ce style emprunte au temple grec sa façade aux colonnes doriques, surmontée d’un fronton triangulaire très caractéristique. Utilisé principalement pour les édifices publics, il est également possible de l’observer dans un contexte résidentiel. Ainsi, à l’échelle de l’architecture vernaculaire, c’est notamment l’entrée principale sur le mur-pignon (mur le plus petit) qui est retenue. Ce n’est cependant pas toujours le cas, sa version simplifiée étant plus courante. Il faut donc prêter attention à plusieurs détails, notamment les éléments et le vocabulaire utilisés (lignes droites, porche dorique, colonnes, pilastres, fronton triangulaire, planches cornières…) pour identifier le néo-grec. La décoration est quant à elle volontairement sobre.
Au Québec, les premiers exemples de ce style apparaissent dans les Cantons-de-l’Est, du fait de leur proximité avec les États-Unis.
Matériaux : Très grande diversité dans le choix des matériaux.
Éléments caractéristiques
(1810-1920)
Véritable témoin de l’adaptation de l’architecture à notre climat, la maison traditionnelle québécoise se généralise au début du 19e siècle. Dégagée du sol par une fondation surélevée, afin de créer une distance avec l’humidité du sol, cette maison est mieux adaptée aux abondantes chutes de neige du Québec.
La maison québécoise (ou modèle québécois) est le résultat de la fusion des influences françaises et anglaises, ce qui en fait un modèle typique du territoire québécois. Une influence importante dans son évolution provient du modèle d’origine britannique de la maison Regency, coiffée d’une toiture incurvée qui se prolonge sur de larges galeries ceinturant la maison. En plus d’influencer l’architecture des nouvelles maisons, ce modèle a amené la modification des maisons d’inspiration française existantes par l’ajout d’un coyau supportant un long larmier qui recouvrait les galeries, notamment en façade principale. Ce larmier incurvé est devenu un trait caractéristique de la maison québécoise. Cet élément architectural présente aussi l’intérêt de repousser la neige loin des murs. Les équipements de chauffage plus performants permettent également l’ajout de fenêtres plus grandes et plus nombreuses. Cette évolution répond à l’adaptation au climat et aux besoins de ses occupants.
Parallèlement, le style néoclassique apparu en Europe à partir des années 1750 a eu une influence importante. Le néoclassicisme s’inspirait de l’Antiquité et de la Renaissance pour créer des formes simples et ordonnées. Au Québec, il se répand au début du 19e siècle, par l’arrivée d’architectes et d’entrepreneurs britanniques. Ainsi, la maison néoclassique est caractérisée par une disposition symétrique des différents éléments (ouvertures, lucarnes, cheminées), sur un volume simple.
Ce modèle local a été utilisé sur une longue période : de 1810 jusqu’au début du 20e siècle. La forte croissance démographique du Québec en ces temps-là est, en outre, un autre facteur expliquant sa popularité.
Ce modèle présente des variantes régionales, observées surtout au niveau des ornementations. Il est aussi fréquent d’observer la présence d’une cuisine d’été, souvent ajoutée par les bâtisseurs de l’époque en réponse à la chaleur de l’été. La préparation des aliments se faisant sur des cuisinières au bois, cette petite annexe évitait de surchauffer le bâtiment principal où se situaient les chambres.
Matériaux : Structure des murs en bois ou en maçonnerie de pierre, parfois de brique. Revêtement mural généralement en bardeau de bois, en planche posée à la verticale, en planche à clin ou à feuillure. Dans certains cas, revêtement de plâtre sur la lattis (garniture de lattes). S’il s’agit d’une maçonnerie en pierre, alors la coutume est de laisser la pierre extérieure à nu ou de la recouvrir d’un enduit appelé crépi, particulièrement dans la région de Québec. Toiture revêtue de bardeaux de cèdre, de tôle à baguettes, de tôle à la canadienne ou de tôle pincée.
Éléments caractéristiques
Fiche technique ville de Saguenay
Au 19e siècle, les théoriciens de l’architecture manifestent la volonté de briser les traditions classiques, alors jugées monotones. Influencées par le goût du voyage et de l’histoire, de nouvelles théories recherchent la réinterprétation des époques antérieures et de leurs styles architecturaux : Antiquité, Moyen Âge, Renaissance…
Le terme « éclectisme » est quant à lui utilisé lorsqu’un même bâtiment est marqué par plusieurs influences. Il n’est donc pas simple de différencier les styles de l’éclectisme victorien, puisque, par définition, toutes les maisons ne présentent pas de similitudes entre elles. Ces maisons partagent toutefois un dénominateur commun : la complexité (volumes, plans, formes, ornementations très nombreuses).
Du côté des constructeurs, les maisons appartenant à l’éclectisme victorien se généralisent avec l’accroissement des catalogues de modèles de maisons. Ces livres, ou pattern books en anglais, fournissent des illustrations et toutes les informations nécessaires sur l’édifice et jusqu’aux matériaux de construction.
(1830 - années 1860)
Le néo-gothique voit le jour au 19e siècle et s’inspire de l’architecture du Moyen Âge et de la vision romantique qui y est attachée. Il présente une cassure très nette avec les motifs simples du classicisme. Les maisons de ce style sont ornées de nombreux éléments décoratifs, empruntés au vocabulaire gothique. Elles sont reconnaissables par leur grande lucarne triangulaire, centrée sur le versant avant de la toiture, mais également par leurs décorations de toiture ou de pignon.
Au Québec, il rencontre son principal succès auprès d’une clientèle anglophone fortunée, à qui nous devons les plus grands exemples construits. Il n’est toutefois pas impossible de l’observer sous la forme de simple maison ou cottage de campagne, auquel cas il adopte un plan et un volume plus simples.
Matériaux : revêtement mural en clin de bois et planches à feuillure. Toiture en tôle à la canadienne ou en ardoise.
Éléments caractéristiques
(1890-1930)
Le style néo-Tudor présente plusieurs similitudes avec le style néo-gothique. Très proche de l’architecture traditionnelle anglaise et écossaise, le style néo-Tudor est un rappel tout en sobriété des manoirs et des fermes du 16e siècle anglais. Il est en ce sens principalement associé à l’architecture résidentielle. Le plan de la maison néo-Tudor présente une forte flexibilité face aux besoins de l’habitation, en vue d’aménager des espaces intérieurs fonctionnels, joints au confortable. Du point de vue du décor, il se reconnaît notamment par ses pignons découpés par de faux colombages posés sur crépi.
Au Québec, il devient populaire vers la fin du 19e siècle grâce notamment à l’influence des architectes de la communauté bourgeoise anglo-saxonne.
Matériaux : Revêtement en pierre, brique rouge ou en bois (planches horizontales, bardeaux de cèdre). Surfaces en crépis ou en enduit blanc. Toiture en tôle à baguette ou à la canadienne, bardeaux de cèdre.
Éléments caractéristiques
(1875- 1910)
Apparu en Grande-Bretagne vers le milieu du 19e siècle, le style néo-Queen Anne tient son nom de la reine d’Angleterre Anne Stuart (1665 - 1714). Il n’est cependant pas une reproduction fidèle des édifices contemporains du règne d’Anne Stuart. Il s’agit plutôt d’une réinterprétation libre du vocabulaire classique, gothique et Tudor avec un important souci du détail pittoresque et éclectique. Les maisons néo-Queen Anne présentent dans bien des cas un toit complexe (formes irrégulières et asymétriques), une tour en façade avant, des avant-corps et des oriels, de riches ornementations, telles que des balustrades, des colonnes, des lambrequins, des aisseliers, des mâts.
Au Québec, d’abord en vogue auprès de la communauté anglophone, le style néo-Queen Anne est utilisé presque exclusivement en architecture résidentielle au cours de la période victorienne. C’est avec ce courant victorien qu’il connaîtra la plus grande diffusion au pays.
Matériaux : Revêtement extérieur en bois (planche à clins ou bardeau), en brique, en pierre ou en crépi. Toiture en tôle à baguette ou à la canadienne, ardoise.
Éléments caractéristiques
(1820 - fin 19e siècle)
À l’instar de l’Europe, l’Italie a également influencé l’architecture du Québec pour la construction de quelques édifices. Et comment parler de l’Italie sans parler de l’architecture de la Renaissance italienne? Celle-ci est apparue au 15e siècle, dans un contexte de retour aux formes antiques. Les édifices de cette période, et plus particulièrement les « palazzos» urbains, ont très largement inspiré le style néo-italien par leur imposante richesse, leur volume monumental et leur raffinement. L’influence de ce style au Québec s’est toutefois faite de manière indirecte, avec l’interprétation des modèles classiques italiens par certains architectes reconnus du 19e siècle. Qu’ils soient à vocation commerciale, industrielle ou résidentielle, ces bâtiments ont en commun de mettre en avant l’importance de la construction, sa stature imposante dans son milieu. Ils se caractérisent généralement par des volumes carrés et complexes, ainsi que par des tours carrées associées au pittoresque.
Matériaux : Revêtement de pierre, pierre à bossages variés, ou de brique dans certains cas. Toiture de métal, tôle à la canadienne ou en plaques
Éléments caractéristiques
(fin 18e siècle - années 1830)
Le style palladien s’implante au Québec de manière assez tardive et brève. Il se rencontre en milieu urbain et, dans des cas plus rares, en milieu rural. Il prend ainsi la forme de villa palladienne, très influencée par le classicisme. L’apparence de ce modèle inspire en effet plusieurs concepteurs de maisons de campagne, souvent à la demande de la clientèle notable et bourgeoise de l’époque victorienne.
Le palladien se caractérise par une façade symétrique, un avant-corps central en façade coiffé d’un fronton triangulaire, et par l’usage de la fenêtre palladienne.
Matériaux : Murs en pierre, généralement en pierre de taille ou en bois. Revêtement en crépi ou en enduit blanc. Toiture de tôle traditionnelle.
Éléments caractéristiques
(1880 - 1910)
À la fin du 19e siècle, une architecture se distingue par sa richesse ornementale, la variété de ses matériaux et la diversité de ses formes. C’est l’architecture victorienne éclectique, inspirée des éléments caractéristiques des différents styles historiques venus d’Europe. Les maisons de ce type intègrent en effet des éléments empruntés à différents courants plus anciens, tels que le gothique, le Queen Anne, le Second-Empire ou encore le néo-renaissance.
L’éclectisme victorien se manifeste ainsi très souvent par un décor qui rehausse une maison plus classique : ajout de décors de bois sculpté ou de métal (galerie, chambranles, tourelles, clochetons, balcons), ajout de fenêtres italiennes, jeu de volumes par retraits et saillies. Cet effet s’observe, par exemple sur les maisons cubiques d’influence états-unienne ou les cottages avec plan en L.
Bien que s’inspirant de vocabulaires plus anciens, la maison victorienne combine cependant ces éléments à la recherche d’effets nouveaux. Plusieurs éléments décoratifs sont propres à ce style : dentelles de bois, épis ouvragés, corniches finement sculptées. Chaque maison est généralement une œuvre unique et les formes de l’éclectisme sont très variables suivant l’édifice et son implantation.
Matériaux : Revêtement de briques, mais également de bois ou de pierre. Ornementations de bois sculpté ou de métal. L’usage de la tôle est le plus répandu pour le toit. L’emploi de plusieurs couleurs et de matériaux est utilisé pour augmenter les effets ornementaux.
Éléments caractéristiques
Après les traditions venues de France et d’Angleterre, associées à des influences parfois même venues d’Orient, le paysage architectural québécois a été marqué par l’influence états-unienne. Les maisons construites sous cette influence sont souvent qualifiées de « vernaculaire industriel » tant elles répondaient aux besoins d’une large clientèle, à un style populaire. Construites selon des méthodes industrielles, leur diffusion profite d’une promotion dans des catalogues de construction de plus en plus répandus.
À travers leur simplicité de construction, ces maisons offrent des surfaces habitables supérieures à de faibles coûts grâce à la standardisation des matériaux.
(1900-1950)
Parfois appelé vernaculaire et présentant des formes variées, le courant a connu une large diffusion dans le paysage architectural québécois. Cette maison est ainsi un type extrêmement courant au Québec dans la première moitié du 20e siècle.
Ce modèle présente une évolution de la maison québécoise, très populaire au 19e siècle. Si le volume s’en rapproche, les différences importantes viennent de la toiture à pignon droit et de l’auvent de galerie, qui n’est pas en prolongement de la toiture, mais d’une structure fixée au mur de façade.
Bien qu’il soit populaire entre les années 1900 et 1950, les Cantons-de-l’Est présentent déjà, dès les années 1850, quelques exemples situés à proximité des voies ferrées. D’une architecture simple et doté d’une lucarne à pignon sur la façade avant, ce modèle a été largement répandu dans des régions comme la Gaspésie et l’Abitibi.
À l’instar de la maison québécoise, il est courant que deux corps de volumes différents soient juxtaposés sur un même plan, c’est-à-dire disposés dans le prolongement l’un de l’autre. Dans d’autres cas, le volume de la construction est disposé selon une configuration en L, appelée « plan en L ».
Matériaux : Usage fréquent du bois et de la brique, et plus rarement de panneaux amiante-ciment.
Éléments caractéristiques
(1890-1940)
Le modèle le plus courant est la maison de forme cubique relativement simple, la standardisation des méthodes et l’industrialisation des matériaux permettant de répondre à la nécessité de construire à grande échelle, mais selon une économie de moyens.
Dotée d’un toit plat ou faiblement incliné vers l’arrière, elle présente un parapet horizontal peu élevé, décoré d’une corniche cintrée en façade principale. Les façades latérales sont soit découpées en gradins, soit parallèles à la ligne de toit ou soit munies du prolongement du parapet présent sur la façade principale. Cette maison possédait très majoritairement deux étages. Elle est munie d’une galerie couverte en façade qui se prolonge parfois sur une façade latérale et un balcon peut être présent en façade principale. La disposition des ouvertures – fenêtres à battants ou à guillotine - est symétrique en façade et variable sur les autres murs.
La disponibilité des matériaux goudronnés et de la tôle pincée est à l’origine de ces toitures très peu pentues. À la même époque, la disponibilité du bois de sciage peu coûteux permettait également d’ériger des structures à meilleur coût en comparaison avec les maisons en colombage. C’est le début de la construction des murs à claire-voie, dont le vide était rempli de bran de scie ou d’autres matériaux isolants, souvent peu efficaces. Notons que de rares maisons, surtout implantées en milieu villageois ou urbain, comportaient une riche décoration d’influence victorienne.
On constate que le petit parapet en façade adapté au volume de ces maisons modestes avait un rôle essentiellement utilitaire, soit le raccordement entre la façade et la toiture.
Matériaux : Revêtement des murs de planche à clin, bardeau d’amiante-ciment, tôle embossée ou papier brique (panneaux de papier cartonné avec fini granuleux imitant la brique), mais rarement la brique.
Éléments caractéristiques
(1880 - 1950)
Une variante de ces maisons porte l’influence du Boomtown états-unien, elle-même liée à l’histoire de la ruée vers l’or américaine.
Ce style architectural, qui s’est répandu au Québec à partir des régions frontière, est rattaché à différents usages : bâtiment à la fois commercial et domestique, habitation, hôtel, garage ou restaurant. La présence d’un parapet qui rehausse la façade principale de façon marquée et cache l’ensemble de la structure située derrière caractérise ce type de construction. Cette particularité visait à imiter l’aspect des villes et faire d’un bâtiment somme toute modeste un symbole de prospérité. L’édifice ainsi caché derrière cette façade postiche, de volume carré ou allongé, est chapeauté d’une toiture à pignon, à mansarde ou à écoulement vers l’arrière.
La qualité architecturale varie énormément d’un bâtiment à l’autre selon l’usage et la fortune des propriétaires. Toute l’ornementation était toutefois concentrée sur cette façade-écran. L’organisation architecturale est marquée par une grande symétrie et un usage fréquent du bois: boiseries décoratives, chambranles de portes et fenêtres ouvragés, planches cornières, galeries décorées visant à impressionner. Le fronton au sommet de ce parapet prenait diverses formes : soit élévation en gradins, soit corniche horizontale avec entablement supporté par des consoles ou décoré de denticules, soit fronton très élaboré, recourbé avec centre en arc de cercle et motifs ornementaux variés, le tout parfois surmonté d’un couronnement en métal ou en bois chantourné. Les façades latérales et arrière pouvaient être couvertes d’un matériau de moindre qualité ou du même recouvrement que la façade, mais sans aucun artifice.
Les plus belles réalisations dans ce type architectural sont souvent les bâtiments à usage commercial au rez-de-chaussée et à usage résidentiel à l’étage avec grandes baies vitrées, galeries et balcons ornementés.
Matériaux : Revêtement des murs de planche à clin, bardeau d’amiante-ciment, tôle embossée ou papier brique (panneaux de papier cartonné avec fini granuleux imitant la brique) mais rarement la brique.
Éléments caractéristiques
(1900-1950)
Concept d’abord popularisé aux États-Unis, ce modèle de maison a été créé en 1891 au Colorado avant d’être par la suite très largement diffusé par les catalogues de modèles. Les caractéristiques architecturales de ces maisons sont ainsi indiquées à travers leur nom : « Four Square Style », « Quatre Carrés ». Il s’agit donc d’un plan carré avec quatre élévations présentant des dimensions identiques, coiffé d’un toit à quatre versants.
En ce sens, le modèle de base est donc très simple et offre une grande surface habitable. Ce sont les éléments décoratifs choisis par le maître d’œuvre qui modifient l’apparence de la maison et lui apportent sa singularité. On retrouve un très grand nombre de ces maisons sur le territoire québécois.
Matériaux : Revêtement en bois ou en brique. La tôle pincée est fréquemment utilisée pour le toit.
Éléments caractéristiques
Au début du 20e siècle, de nouvelles approches esthétiques font leur apparition dans les paysages architecturaux québécois. C’est dans ce contexte qu’émerge le mouvement Arts & Crafts. Fondé au 19e siècle par des théoriciens, architectes et créateurs britanniques (tels que William Morris et John Ruskin), il se présente comme une opposition face aux transformations majeures de la société liées à l’industrialisation. En architecture, c’est notamment la standardisation des modèles et des matériaux qui est pointée du doigt.
Figure centrale du mouvement, William Morris a largement contribué à l’adaptation du mouvement à l’architecture. Il valorise l’artisanat, la qualité des matériaux et des techniques en créant l’entreprise Morris&Co (à l’origine spécialisée dans la production de textiles et de papiers peints).
(début 20e siècle - 1950) Au Québec, ce mouvement se diffuse à partir des années 1900 grâce à l’écossais Percy Nobbs, enseignant à l’Université McGill. L’Arts & Crafts prône un retour à l’aspect rustique des chaumières rurales, une volonté de créer des produits de manière plus artisanale. Les traditions de constructions locales sont mises en lumière, et c’est donc naturellement que le mouvement s’interprète différemment selon le lieu où il est observé. De plus, la symétrie prônée par les architectures classiques est abandonnée pour un vocabulaire architectural plus libre. Chaque édifice est donc unique, et comporte ses propres caractéristiques. Il est toutefois très courant de l’observer sous une forme « diluée », c’est-à-dire où seules certaines de ses caractéristiques ont été retenues. Les styles Craftsman et Prairie, peu représentés au Québec, en sont deux exemples. Le Craftsman se caractérise par la présence de porches et de colonnes en façade, tandis que le Prairie québécois prend généralement la forme d’une structure cubique combinant des matériaux nouveaux à d’autres, plus anciens et traditionnels, et se rencontre le plus souvent en milieu rural. L’influence Arts & Crafts a perduré jusqu’à la fin des années quarante, notamment grâce aux modèles fournis dans des catalogues de construction. Matériaux : Le bois, la brique, le bardeau de cèdre et les panneaux d’amiante-ciment sont utilisés comme lambris des murs. Sur les toits, on retrouve la tôle pincée et le bardeau d’asphalte. Éléments caractéristiques
Au début du 20e siècle, l’architecture n’échappe pas au renouveau esthétique apporté par le mouvement moderne sur les milieux artistiques et culturels. Loin de prôner la nostalgie et l’attachement aux modèles anciens, le mouvement moderne s’inscrit dans un contexte d’innovation et de progrès social et technique. Les techniques de construction des 18e et 19e siècles sont délaissées face à l’avènement des résidences en série, grandes vedettes des années 1940 à 1980 (voir l’onglet «Bungalow»).
Il faut cependant attendre le contexte économique de l’après-guerre, et de la Révolution tranquille au Québec, pour que l’architecture moderne se diffuse plus largement dans nos paysages architecturaux. Ce mouvement moderne a davantage été utilisé dans la conception d’immeubles commerciaux et institutionnels, ainsi que dans de rares maisons d’architectes.
(1920 à 1970)
Développé dans la première moitié du 20e siècle en Europe, le courant international marque une rupture importante avec les traditions du passé. Entrepris et popularisé par de célèbres architectes européens, tels que Le Corbusier et Gerrit Rietveld, il se démarque par ses façades volontairement dépouillées, ses grandes ouvertures et son toit plat. En effet, la construction internationale correspond à une école de pensée qui met en valeur des volumes et des surfaces extérieures lisses et sans ornementations. Plus épurés et surtout dénués d’influences locales, ces volumes pourront plus facilement être reproduits partout à travers le monde. Après tout, puisque tous les êtres humains partagent les mêmes besoins, pourquoi l’architecture ne serait-elle pas la même pour tous ?
Au Québec, les premières manifestations de ce style apparaissent dans les années 1930. Elles marquent le paysage résidentiel, institutionnel et commercial.
Une autre caractéristique du courant international est l’usage de blocs de verre, jusqu’ici plus rare dans les constructions.
Matériaux : Utilisation des possibilités offertes par le béton, le crépi, la pierre, l’acier et le verre dépouillés de grandes transformations.
Éléments caractéristiques
(1940-1955)
Comme son nom le laisse imaginer, l’histoire de la maison de vétéran est liée au besoin de loger les anciens combattants. À partir des années 1940, le Canada et le Québec sont marqués par une importante pénurie de logements, intensifiée par le retour massif des soldats. Pour pallier ce manque, le gouvernement canadien fonde en 1941 la Wartime Housing Limited (WHL), chargée de produire des logements abordables en grande quantité. Si les premiers bénéficiaires sont les travailleurs des usines de guerre, rapidement leur usage s’étend aux militaires de retour au Canada.
Modestes, fonctionnelles et en général préfabriquées, ces habitations sont en partie inspirées de la maison du style Cape Cod (maison coloniale de la Nouvelle-Angleterre). Conçues pour ne durer que 25 ans, elles sont construites avec des matériaux non essentiels à l’industrie de guerre.
Après la guerre, en 1947, la SCHL (Société canadienne d’hypothèques et de logements) absorbe la WHL et poursuit la construction de ce type d’habitations. Elle offre également les plans de ces maisons à des constructeurs qui en font la demande, favorisant ainsi la poursuite du modèle de la maison de vétéran jusqu’à la fin des années 1960. Au Québec, bien qu’issues de programmes fédéraux, ces maisons sont de ce fait fortement représentées dans le paysage architectural des nouveaux quartiers résidentiels.
Compte tenu de leur faible surface habitable, nombre de ces maisons ont fait l’objet de modifications au cours des années par la construction d’annexes ou le rehaussement d’un étage.
Matériaux : Revêtement en planche à clin de bois, en panneaux amiante-ciment ou en brique.
Éléments caractéristiques
(1940 à 1980)
Le terme de « bungalow » renvoie à un concept plutôt large. À l’origine, ce terme désigne une construction originaire d’Inde : une maison basse entourée d’une véranda. Au début du 19e siècle, des architectes californiens s’inspirent de cette maison pour créer un modèle nord-américain. Au Québec, les premières constructions apparaissent dans les années 1930, sous forme de maisons rectangulaires à un étage, avec galerie et pignon sur rue. Le vocabulaire architectural est alors emprunté à l’influence Arts & Craft. C’est ensuite dans les années 60-70, avec l’accroissement rapide de la population, que le Bungalow se développe et devient particulièrement en vogue. Son grand avantage réside dans sa capacité à offrir une très grande adaptabilité aux besoins et au budget des familles nucléaires. De pair avec le développement des banlieues et d’une classe moyenne, sa version la plus typique (une petite maison unifamiliale) offre ainsi aux petites bourses la possibilité d’accéder à la propriété.
À cela s’ajoute souvent la présence d’un abri d’auto ou d’un garage, bien utile dans une époque de démocratisation de l’usage de la voiture. Dans son environnement, le bungalow se caractérise par un développement horizontal et une implantation en parallèle avec d’autres bungalows, en retrait avec la rue.
Matériaux : Revêtement de brique ou de pierre agencé à d’autres matériaux légers (bois ou parement industriel) privilégiés pour les différents modèles du Bungalow. Présence généralisée d’une toiture en bardeau d’asphalte.
Éléments caractéristiques
Considérées de notre temps, les influences contemporaines correspondent aux esthétiques actuelles. Elles prennent forme petit à petit pendant les dernières décennies du 20e siècle, bien qu’alors peu explorées. À l’instar de toutes les époques, l’époque contemporaine et son architecture sont directement influencées par les nouveautés techniques et les grands changements de matériaux de construction. Il s’agit le plus souvent de modèles uniques conçus par des architectes.
Aujourd’hui, les modèles contemporains s’affirment de plus en plus, faisant la paix avec plusieurs siècles de traditions. Sur le plan de la conception, la grande révolution de la fin du 20e siècle réside sans aucun doute dans le développement de l’ordinateur et des logiciels de conception informatique. Au point de vue des matériaux, l’inox, l’aluminium et le plastique se voient davantage démocratisés, de même que les variantes issues de matière organique (le bois notamment) : contreplaqué, lamellé-collé, aggloméré, etc.
(1960-1990)
La maison dite postmoderne naît dans un contexte de rupture avec un autre esthétisme du 20e siècle : l’influence moderne et ses formes simples et dénuées d’ornementations. Au Québec, le postmodernisme fait une apparition vers 1960, mais se développe surtout vers les années 1980 dans les centres urbains. Proche de l’architecture traditionnelle, le postmodernisme recherche les références aux styles passés (et non la simple imitation), le classicisme en tête. Une très grande considération est également apportée à l’intégration du bâtiment dans son environnement et à la tradition locale. L’alliage des matériaux modernes avec les plus traditionnels est favorisé. C’est ainsi une recherche complexe de fusion entre le passé et le présent.
À l’échelle du Québec, il va de pair avec une forte affirmation de la culture québécoise et l’intérêt grandissant pour la conservation du patrimoine bâti. Les maisons présentent des formes et des dimensions diverses, selon les besoins pensés pour l’habitat (nombre de pièces, aménagements nécessaires, etc.).
Matériaux : revêtement de brique, de béton, de pierre, de bois, de métal, de verre miroir teinté. Fondation en béton.
Éléments caractéristiques
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