Maison Casaubon, une visite des lieux avec Léon Gérin

20 juillet 2025

Léon Gérin

Comme nous le mentionnions dans l’article produit par Michel Bellemare dans la dernière parution de La Lucarne, l’étude d’un habitat, de ses occupants et de leur mode de vie, constituait une première au Québec, d’où son grand intérêt.

Nous reproduisons dans les pages qui suivent un extrait de la publication de Léon Gérin, L’habitant de Saint-Justin paru en 1898 dans Mémoires et comptes-rendus de la Société royale du Canada. Vous découvrirez dans les lignes qui suivent la description détaillée qu’il fait de l’intérieur de la maison, incluant l’aménagement intérieur et l’usage des différentes pièces, les meubles et instruments de la vie quotidienne, la lingerie, les objets de piété et même l’occupation de chaque chambre à coucher par les membres de la famille. La lecture du texte complet offre un trésor d’observations sur la vie quotidienne et les mœurs de l’époque dans ce milieu rural.

Rappelons qu’en reconnaissance de son apport au domaine des sciences sociales et humaines, un Prix du Québec portant le nom de Léon Gérin est décerné chaque année depuis 1977 à une personne qui s’est illustrée dans ce domaine.

Maison de la ferme Casaubon, construite en 1832 à Saint-Justin en Mauricie, déplacée sur un nouveau site en 1976.« C’est une construction rectangulaire en bois, mesurant 34 x 24 pieds et 10 pieds de hauteur entre la fondation et la sablière. [...] En avant est le jardin potager, dans un coin duquel est le four. Enfin, à gauche, s’alignent les nombreuses constructions rurales, grandes et petites. [...] La maison est blanchie extérieurement à la chaux; la toiture est en bardeaux de cèdre, comme celle des bâtiments. [...] Sur la façade de la maison court une plate-forme étroite à quelques pieds du sol, et au-dessus de laquelle la toiture surplombe. L’unique porte de la maison, vers le milieu de la façade, donne sur la plate-forme. Cette construction existe depuis soixante-sept ans (1832); mais elle a subi des réparations il y a quelques années.

A l’intérieur les murs sont crépis. Le rez-de-chaussée de la maison, comme l’indique le plan ci-joint, est divisé en quatre. La porte que j’ai mentionnée donne accès sur la plus grande de ces chambres; celle-ci s’étend sur toute la profondeur de la maison (24 pieds), et couvre en largeur 19 pieds en avant, 15 pieds à l’arrière. Elle est éclairée par trois fenêtres, l’une dans le mur de façade, à droite de la porte d’entrée, une autre dans le pignon, et la troisième dans le mur de derrière. Cette chambre sert à la fois de cuisine, de salle à manger, de lieu de travail et de réunion. C’est ici que les femmes cousent, tricotent, filent; c’est ici que se prennent les repas et que se passent les heures de repos. C’est ici que l’on reçoit le plus souvent les voisins qui viennent causer le soir en fumant la pipe.

Le mobilier en est fort simple. Dans un renfoncement de la cloison latérale, est un grand poêle "à trois ponts", c’est-à- dire comprenant un foyer et deux fourneaux superposés. Sur deux de ses faces, il déborde dans les chambres voisines. Près de la fenêtre dans le mur de pignon, est une grande table peinturée de rouge; elle sert pour les repas. Tout à côté un panneau fixé au mur et jouant sur pentures; c’est la table des plus jeunes enfants. La grande armoire jaune dans le coin sud-ouest, c’est le buffet où l’on serre la vaisselle et les ustensiles de cuisine. Dans le coin nord-ouest, on aperçoit l’escalier qui conduit à l’étage supérieur.

Le long de la boîte de cet escalier, est le banc aux seaux d’eau. À côté, appendu au mur, est l’essuie-mains sur son rouleau, et au-dessous, le miroir, la "corbeille" au peigne et la cuvette; un peu plus loin la console aux lampes; puis, un crucifix en bois noir et un calendrier ecclésiastique.

Dans la chambre, je compte une dizaine de chaises; sur le plancher est un crachoir en bois. Ces meubles portent tous la marque de la fabrication domestique.

Une trappe percée dans le plancher de la cuisine, donne accès à un caveau où l’on trouve, avec des provisions de légumes et tubercules, les huches dans lesquelles se garde le pain.

Les trois autres chambres du rez-de-chaussée sont séparées de la cuisine et les unes des autres par de simples cloisons en bois. Occupant le coin sud-est de la maison, est une pièce qui mesure 15 x 14 pieds, éclairée par trois fenêtres, deux dans le mur de façade, une dans le mur latéral (ou de pignon) gauche. Cette chambre est à l’occasion employée comme salon, et c’est aussi la chambre à coucher de Julie et de Philomène. On y voit un grand lit en frêne garni d’une paillasse, d’un lit de plume, de deux draps de toile (remplacés en hiver par deux draps de laine) d’un couvre-pied en indienne, de deux oreillers; au bas du bois de lit court une bordure de coton. Dans le coin opposé est une de ces anciennes horloges à poids, dans sa boîte, et en arrière une grande armoire à linge mise en peinture jaune. Je vois aussi dans cette chambre une petite table recouverte d’une toile cirée, et six chaises, dont trois berceuses. Le plancher est recouvert de bandes de catalognes; les trois fenêtres sont tendues de papier peint. Au mur on aperçoit un médaillon de sainte Anne, quatre images de piété, une niche renfermant une statue de la sainte Vierge et des fleurs de papier. Enfin, une console portant un grand miroir et divers bibelots.

Cette chambre, qui communique d’un côté avec la cuisine, s’ouvre à l’autre extrémité sur une petite pièce occupant le coin nord-ouest de la maison, éclairée par une seule fenêtre dans le mur d’arrière c’est la chambre de tante Marguerite. Elle renferme un lit en bois de pin et de plaine garni comme celui de la chambre précédente, une grande armoire à linge, deux armoires plus petites, un coffre. Deux rosettes de catalogne sur le plancher; au mur, un christ, une image de piété.

Séparée de la chambre de la tante Marguerite par une cloison en bois, mais s’ouvrant du côté de la cuisine, est encore une autre chambre à coucher, la plus petite des trois, puisqu’elle ne mesure que 10 x 9 pieds. C’est celle occupée par Charles et sa femme. Elle est éclairée par une fenêtre dans le pan nord. Les seuls meubles sont un lit en frêne garni comme les autres, une armoire à linge aussi en frêne verni, une chaise. Au mur, un médaillon de sainte Anne et une image de piété, reproduction de la Vierge à la Chaise.

L’étage supérieur, sous le toit, est simplement divisé en deux par une cloison coupant à angle droit l’arête de la toiture. L’escalier conduit de la cuisine dans une chambre de 17 pieds carrés. Un revêtement intérieur a été fait pour supprimer les "ravalements" ainsi que l’angle du toit au-dessus. Le père, la mère et Eulalie occupent un côté de cette chambre; Pierre et Ovide, l’autre. Elle contient quatre lits garnis à peu près comme les précédents. Le lit d’Eulalie est entouré d’un rideau en guise d’écran. Les autres meubles sont un lave-main, un miroir. Remarqués également, un ostensoir en bois et sept images de piété.

L’autre moitié de cet étage n’est pas lambrissée intérieurement. C’est une sorte de vaste garde-robe et grenier. On y met sécher les grains; j’y ai observé un "ber" (berceau) et une malle de voyage qui n’est pas de fabrication domestique [...]. »


Article tiré de La Lucarne – Été 2025 (Vol XLVI, numéro 3).

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