Une couvée dans votre cheminée?

20 juillet 2025

Rébecca Matte,
Chargée de projets au Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec (CRECQ)

Martinet adulte et son nid dans une cheminée de pierre. Photo : Will Cook.

Martinet ramoneur en vol.

Photo 3

Vous avez remarqué qu’un couple d’oiseaux discrets plonge dans votre cheminée à la fin du printemps pour y construire un petit nid de branches, collé par leur salive. Si vous n’êtes pas ornithologue amateur, il y a de fortes chances que leur présence vous inquiète et suscite votre indignation. Cet oiseau, c’est le martinet ramoneur, une espèce menacée au Canada. Ce petit volatile gris se reconnaît en vol grâce à ses ailes en forme de boomerang et par son corps en forme de cigare. Il chasse les insectes en altitude avec son vol saccadé et rapide, un peu comme une hirondelle. On peut les apercevoir en petits groupes dans les villes ou villages où l’on retrouve plusieurs vieux bâtiments ayant de grandes cheminées.

Le martinet utilise les cheminées pour nicher, mais cela n’a pas toujours été le cas. Il s’agit d’un comportement d‘adaptation face à la diminution constante d’arbres morts et creux, qu’il retrouvait auparavant dans leur habitat naturel. Le martinet ramoneur est très sélectif dans son choix de cheminée ! Celles-ci doivent avoir une largeur minimale de 29 cm (11,5 po) en diagonale, être ouvertes au sommet (ils peuvent passer dans les collets en argile) et avoir l’intérieur rugueux (maçonnerie, argile, pierres) pour favoriser l’adhérence du nid. Il s’agit souvent de cheminées d’églises, de presbytères, d’écoles et de maisons ancestrales. Les structures dotées des bons attributs pour les martinets sont toutefois de plus en plus rares. Les martinets sont des oiseaux migrateurs présents au Québec seulement entre les mois de mai et septembre. Il n’y a donc aucune contre-indication à allumer des feux ou à ramoner votre cheminée en dehors de la période estivale.

Vous pensez que votre cheminée possède les caractéristiques nécessaires pour accueillir un couple de martinets ramoneurs ? Pour valider votre hypothèse, il suffit d’observer votre cheminée de l’extérieur pendant 30 minutes à une heure entre le 24 juin et le 31 juillet. Durant cette période, les martinets iront nourrir les oisillons dans la cheminée à des intervalles fréquents et réguliers. Ils sont très furtifs et il ne faut pas quitter la cheminée des yeux ! Si vous voyez un oiseau perché sur la cheminée, il ne peut pas s’agir du martinet, car celui-ci peut seulement se poser à la verticale (comme dans une cheminée !). Même si vous n’observez pas de martinets, vous pouvez laisser votre cheminée accessible dans l’espoir qu’ils viennent l’occuper à l’avenir. Il est même possible de restaurer votre cheminée de sorte qu’elle soit propre à la nidification des martinets. En posant l’un de ces gestes, vous participerez directement au rétablissement d’une espèce en péril !

Vous avez des questions concernant la présence des martinets dans votre cheminée ? N’hésitez pas à contacter l’équipe des espèces en péril du Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec (CRECQ) au 819-475-1048 #218 ou par courriel à rebecca.matte@crecq.qc.ca

Note sur la photo 3 :

Une des cheminées du Manoir Baby-Méthot, à Saint-Pierre-les-Becquets, accueille des
martinets ramoneurs. Lors de la restauration du manoir, les propriétaires, Denyse
Gouin et Gilles Marchand, ont demandé au ferblantier-couvreur de laisser l’entrée d’une
des cheminées ouverte spécifiquement pour les martinets. Ils ont d’ailleurs observé
l’été passé les jeunes martinets lors de leurs balbutiants premiers envols.

Photos : Gilles Marchand.


Article tiré de La Lucarne – Été 2025 (Vol XLVI, numéro 3).

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