La collection écomuséale portée par l’Écomusée du fier monde

20 juillet 2025

Sandrine Héroux
Chargée de projets aux expositions et responsable des communications à l’Écomusée du fier monde.

Depuis 1996, l’Écomusée du fier monde occupe l’ancien bain public Généreux.

Le Centre-Sud de Montréal est un espace urbain situé en bordure du fleuve Saint-Laurent, à l’est du centre-ville. Ce lieu porte les traces de son passé industriel et reflète les profondes transformations sociales et économiques qui ont marqué la métropole.

En effet, depuis ses débuts en 1980, l’Écomusée du fier monde, musée d’histoire et musée citoyen, installé au 2050 rue Atateken, s’applique à mettre en valeur l’histoire et le patrimoine de son quartier d’attache, notamment en présentant différents projets participatifs, en étroite collaboration avec la population, les institutions et les organismes du quartier.

L’Écomusée possède une collection composée d’objets, de photographies et de documents d’archives illustrant l’histoire du Centre-Sud de Montréal et de la culture populaire montréalaise. Dans l’optique de valoriser un patrimoine plus vaste que celui des objets qu’il possède, une collection dite « écomuséale » a été initiée en 2011. Cette collection, constituée d’éléments patrimoniaux du quartier, identifiés pour leur valeur symbolique et représentative, est le fruit d’un processus participatif où la communauté a joué un rôle actif dans la désignation et la mise en valeur de cet héritage. Elle se veut ainsi le reflet du territoire dans lequel est implanté l’Écomusée.

Au cœur de cette initiative, le processus de désignation des éléments patrimoniaux repose sur la participation active d’acteurs et d’actrices locaux. Ainsi, l’Écomusée entend mobiliser la communauté et encourager une appropriation citoyenne de son patrimoine. De son côté, le musée s’engage à assurer la transmission de ces éléments du patrimoine grâce à différentes actions de documentation, de mise en valeur et de diffusion. Incontournables dans l’histoire du Centre-Sud de Montréal, plusieurs composantes de la collection occupent une place de choix dans la programmation de l’Écomusée, que ce soit lors de circuits urbains ou à l’occasion d’expositions. À l’automne 2024 et à l’hiver 2025, l’exposition Carrefours et culture : la rue Ontario des Faubourgs invitait d’ailleurs le public à plonger dans l’histoire de cette artère emblématique, reconnue pour sa valeur patrimoniale.

Patrimoine collectif, riche et multiple

La collection écomuséale compte actuellement 52 éléments patrimoniaux. Jugés représentatifs du quartier Centre-Sud et identifiés comme significatifs par les membres de la communauté consultés, ils se démarquent par leur hétérogénéité. En effet, la collection écomuséale regroupe des éléments du patrimoine tant matériel qu’immatériel : bâtiments publics, industriels ou religieux in situ ou aujourd’hui disparus, évènements marquants, figures emblématiques, secteurs identitaires et expressions populaires s’y côtoient.

Plusieurs désignations font écho à l’histoire industrielle du Centre-Sud. C’est le cas, par exemple, de l’usine de cigarettes Macdonald Tobacco, qui a connu une expansion importante au siècle dernier et qui demeure toujours en activité. D’autres composantes de la collection rendent plutôt compte de l’effervescence artistique et culturelle animant le quartier depuis les dernières décennies. Des organisations culturelles, ayant investi des bâtiments anciens pour les transformer en lieu de création et de diffusion, comme l’Espace libre, logeant dans l’ancienne caserne de pompiers no 19, et l’Usine C, qui occupe une partie de l’ancienne usine de confitures et de marinades Alphonse Raymond Ltée, ont ainsi intégré la collection. Enfin, l’action continue de certains organismes pionniers, ayant émergé dans les années 1970 pour répondre à des enjeux sociaux spécifiques, est également représentée. Parmi eux, le Comité social Centre-Sud a fait l’objet d’une désignation, témoignant de sa contribution durable à la vie communautaire et solidaire du quartier.

Coup d’œil sur quelques éléments désignés

Joseph Venne, vers 1914. Photographie : Notman. Collection Michel Venne.Joseph Venne, un architecte au service du quartier

Né en 1858 sur la rue Montcalm et fils d’un ouvrier du bâtiment, l’architecte Joseph Venne vécut dans le quartier toute sa vie, jusqu’à son décès en 1925. Architecte de renom, il est considéré par ses contemporains comme l’un des grands bâtisseurs de Montréal. On lui doit la construction de nombreux édifices au Québec, au Canada et même en Nouvelle-Angleterre. Plusieurs de ses œuvres majeures prennent racine au cœur du Centre-Sud, dont l’église Sacré-Cœur-de-Jésus et son presbytère, situés au 2000 rue Alexandre-DeSève. De même, une place publique porte désormais son nom. Elle se trouve en face de l’école Gédéon-Ouimet, 1960 rue Poupart, elle aussi signée Venne.

Ruines fumantes sur la rue Amherst (aujourd’hui Atateken) lors du « weekend rouge », 1974. Collection Claude Waters.La tragédie du weekend rouge

À l’automne 1974, les pompiers de Montréal déclenchent une grève illégale. Profitant de l’absence des services d’urgence, de nombreux foyers d’incendies sont allumés de façon volontaire. Le quartier Centre-Sud est particulièrement frappé : un quadrilatère entier, délimité par les rues Wolfe, Amherst (aujourd’hui Atateken), Sherbrooke et Ontario, est réduit en cendres. En quelques heures, 180 familles se retrouvent à la rue. Si l’événement est encore très présent dans la mémoire des résidents et des résidentes du quartier, il a aussi été la source d’une grande vague d’entraide et de solidarité.

Édifice du Ouimetoscope, 1907

Le Ouimetoscope

Créé en 1906 par Léo-Ernest Ouimet, projectionniste, entrepreneur et pionnier du septième art, le Ouimetoscope devient la première salle permanente de cinéma en Amérique du Nord. Son succès est immédiat. Dès les années suivantes, les salles de projection se multiplient à Montréal en réponse à la popularité grandissante de ce nouveau divertissement.

Jusqu’à sa fermeture définitive en 1993, plusieurs propriétaires se sont succédé et, en 2011, l’établissement fait place à des condominiums. Aujourd’hui, seule une plaque commémorative installée par la Cinémathèque témoigne de l’emplacement de l’ancien Ouimetoscope, bien vivant dans la mémoire de ceux et celles qui l’ont fréquenté.

Sortie du Centre de collections et de découvertes écomuséales, août 2023.À la rencontre des citoyens et des citoyennes

Promouvoir une collection aussi unique auprès du public représente un défi de taille. Au fil des années, plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour la faire rayonner. S’il est possible de consulter la cinquantaine d’éléments désignés sur le site web de l’Écomusée, l’application mobile Patrimoine du Centre-Sud offre une expérience plus immersive : carte interactive en main, les utilisateurs et les utilisatrices sont invités à explorer le quartier et à découvrir les composantes de la collection au gré de leurs promenades.

Inauguré en 2023, le Centre de collections et de découvertes écomuséales prend la forme d’un kiosque d’animation qui se déplace à vélo. Lors de la saison estivale, l’équipe à la médiation culturelle sillonne les espaces publics du quartier et, ainsi, d’échanger avec les citoyens et les citoyennes afin de leur faire connaître la collection écomuséale.

Depuis deux ans, l’Écomusée a relancé le processus de désignation citoyenne afin d’enrichir sa collection. En 2023, deux nouveaux éléments y ont été intégrés : l’ancien hôpital de la Miséricorde, témoin du patrimoine religieux et de l’histoire des femmes, de la charité et de la médecine, ainsi que le Centre d’éducation et d’action des femmes (CÉAF), un pilier du milieu communautaire et féministe du Centre-Sud, qui soulignait son 50e anniversaire en 2022.

À l’hiver 2025, une nouvelle série d’ateliers intitulée Notre quartier, notre patrimoine s’est tenue à l’Écomusée, dans deux librairies et deux organismes du quartier.

Restez à l’affût pour découvrir les prochaines contributions citoyennes qui viendront bonifier la collection écomuséale!

Un partenariat avec Fresnes

Depuis 2009, l’Écomusée du fier monde tisse des liens avec l’Écomusée du Grand-Orly Seine Bièvre à Fresnes, en banlieue parisienne. En 2017, Fresnes emboîtait le pas au Centre-Sud de Montréal et lançait sa propre collection écomuséale. La formule est cependant différente : la collection comprend des objets désignés par les habitants et les habitantes, qui en assurent eux-mêmes la conservation. Dès 2025, l’équipe de Fresnes prévoit d’élargir cette collection en y intégrant le patrimoine immatériel.

Écomusée du fier monde https://ecomusee.qc.ca/


Article tiré de La Lucarne – Été 2025 (Vol XLVI, numéro 3).

© APMAQ 2025. Tous droits réservés sur l’ensemble de cette page. On peut reproduire et citer de courts extraits du texte à la condition d’en indiquer l’auteur et la source, mais on doit adresser au secrétariat de l’APMAQ toute demande de reproduction de photos ou du texte intégral de cette page.


  Retour