Vides sanitaires : des règles et des obligations

20 juillet 2025

Pierre Lacroix, ing. M. Ing.,
Spécialiste en matériaux et membre du Groupe-conseil de l’APMAQ

De la série d’articles sur les modes de construction et les matériaux, préparés par des membres du Groupe-conseil de l’APMAQ, ces articles informatifs visent l’amélioration des connaissances afin de permettre aux lecteurs une meilleure compréhension des besoins de conservation du patrimoine bâti.

Usage du vide sanitaire, Maison Chapais, 1833, Saint-Denis-de-la-Bouteillerie.


Soupirail obstrué, à reconduire si aucune ventilation mécanique présente.Mise en situation

Vide sanitaire, espace de rampage, cave, caveau, espace technique et sous-sol sont tous des termes attribués à cet emplacement sous le premier plancher d’une résidence. Il est important de considérer et d’évaluer son accessibilité, son encombrement, sa libre circulation, sa ventilation, la nature et l’humidité du sol et la présence d’eau. C’est le lieu de bien des maux et on doit s’y attarder.

On doit attendre la fin du XVIIIe siècle (après 1780) et le développement de l’habitation de type québécois pour que s’implante la pratique de dégagement des fondations et l’augmentation de la hauteur de rampage dans la cave. L’intégration de la cave en sous-sol dans la construction résidentielle ne sera amorcée qu’au milieu du XXe siècle. Dans le langage familier, le dégagement de cette cave qui correspond à la définition d’un vide sanitaire augmentera au fil des siècles avec le dégagement des fondations au-dessus du sol fini, la protection des fondations en regard de la profondeur du gel et l’augmentation de la taille des adultes pour correspondre au sous-sol aménagé des années 1970.

Rappel historique

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les fondations qui supportent le premier plancher s’assoient sur le sol ferme dans une tranchée creusée au pic et à la pelle, de 0,6 à 1,2 m de profondeur (2 à 4 pi). Cependant dans certains inventaires du XVIIe siècle, on note même que le plancher repose sur la terre battue.

Une caractéristique principale de la maison rurale d’esprit français tient à son lien étroit avec le sol ; les fondations sont peu profondes et le premier plancher s’étend presqu’à la surface du sol. Un dégagement sous les solives du plancher de moins de 100 mm avec une tranchée de service de 300 mm de profondeur pour la plomberie peut même être observé dans le bâtiment résidentiel urbain jusqu’au début du XXe siècle.

Le dégagement du carré sur des fondations plus profondes et plus hautes s’opère à la fin du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle avec l’évolution de la maison d’esprit français vers la maison québécoise.

Au XIXe siècle, avec l’adaptation au pays, les fondations sont enfouies au-delà de 1,2 m (4 pi) et débordent la ligne du sol fini d’un autre 0,6 m (2 pi). C’est la naissance du vide sanitaire ou, pour un qualificatif plus descriptif, d’espace de rampage : replié, accroupi ou à quatre pattes. Dans certaines maisons du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, seulement une section de la cave sera creusée et une partie de l’espace servira de caveau à légumes. À compter du milieu du XIXe siècle, la cave s’étend graduellement à toute la surface sous le premier plancher.

Une moitié de la cave divisée par un mur de refend, aussi appelé « mur porteur intérieur » peut avoir été creusée à hauteur d’homme pour recevoir le gros âtre nécessaire aux tâches domestiques (lessive, savon, boucherie), le four à pain et le puits.

Faire ou non une intervention

Trappe d’accès extérieure, Maison Desjardins, milieu XVIIIe siècle, Vieux Sainte-Rose, Laval.Un vide sanitaire doit minimalement répondre aux trois conditions ci-dessous. Si ces dernières ne sont pas remplies, une intervention est requise :

  • un vide sanitaire doit avoir une ouverture d’accès ;
  • un vide sanitaire non chauffé doit être ventilé :
  • le sol du vide sanitaire doit être recouvert pour limiter les transferts d’humidité.

L’accès à la cave peut n’être qu’une trappe dissimulée dans le plancher. Par sa fonction de caveau à légumes, qui prend de plus en plus d’ampleur au XIXe siècle, on y aura accès par une porte recouverte ou un tambour à l’extérieur qui perce un mur de fondation.

Cette entrée extérieure de cave s’observe dans certaines demeures du XVIIIe siècle et se répand dans la maison rurale construite en maçonnerie au milieu du XIXe siècle ; elle demeure toutefois rare dans les maisons à structure de bois.

Une intervention devrait minimalement permettre de satisfaire aux exigences du Code national du bâtiment en vigueur :

  • selon le Code national du bâtiment – Canada et le Code de construction du Québec, un vide sanitaire doit avoir une ouverture d’accès d’au moins 500 x 700 mm desservant un seul logement ou de 550 x 900 mm ailleurs (article 9.18.2.1) ;
  • les vides sanitaires non chauffés doivent être ventilés naturellement ou mécaniquement. La ventilation naturelle doit s’effectuer par un orifice d’au moins 0,1 m² de section libre pour 50 m² de surface de plancher (article 9.18.3.1). Les vides sanitaires comprennent généralement de minuscules soupiraux ou fenêtres protégés par des herses, souvent obstrués au fil des années, qui doivent être dégagés si aucune ventilation mécanique n’est présente ;
  • selon le Code national du bâtiment - Canada, le sol des vides sanitaires non chauffés doit être recouvert d’au moins : a) 50 mm d’enrobé bitumineux, ou b) 100 mm de béton de ciment ou c) d’un matériau de couverture en rouleau, ou d) un pare-vapeur constitué d’une feuille de polyéthylène de 0,10 mm d’épaisseur au minimum (article 9.18.6.1). Si le sol est à nu, l’installation d’une couche de séparation pour limiter les transferts d’humidité est requise.


Comment bien intervenir

Mais attention, par sa configuration, le vide sanitaire en l’absence d’un accès se définit comme un espace clos. L’espace clos désigne un espace qui répond à la fois aux trois conditions suivantes :

  • est totalement ou partiellement fermé;
  • n’est ni conçu pour être occupé de façon continue par des personnes, ni destiné à l’être mais où, à l’occasion, des travaux ou besognes peuvent être exécutés;
  • on y accède par une voie restreinte ou à une configuration intérieure qui pourrait compliquer la prestation de premiers soins, les évacuations, les sauvetages ou autres interventions d’urgence.

En résumé, succinctement, si le vide sanitaire n’est pas atteignable directement par des ambulanciers avec une civière, votre vide sanitaire est un espace clos et les travailleurs sont en droit de refuser d’y travailler sans appliquer les exigences de travail en espace clos. La première intervention la plus profitable est de se soustraire de la définition d’espace clos par une amélioration des accès et sorties. Par conséquent, initialement, il faut qualifier votre espace et évaluer si des mesures correctrices sont requises.

Si votre vide sanitaire ressemble plus à un espace de rampage par exemple avec une tranchée de 300 mm de profondeur sous les solives du plancher, il faut prévoir un travail en espace clos et vous allonger une vingtaine de minutes dans le noir (pour adapter les yeux à la noirceur) avant de faire vos observations à l’aide d’une lampe frontale : dans cette situation d’espace très restreint, vous aurez probablement une désagréable surprise de voir des solives déformées, pourries, rupturées, une poutre principale pourrie par endroits avec une déformation du plancher, le tout nécessitant probablement une reprise de la structure du premier plancher.

Si l’espace dans le vide sanitaire est limité (1 à 1,5 m), de moins de 1,8 m, le revêtement sur le sol doit avoir la plus faible épaisseur totale pour maximiser la hauteur de cet espace et permettre une exécution plus facile de travaux.


Bonnes pratiques

Si on prévoit excaver le vide sanitaire : il ne faut jamais déchausser l’assise des fondations. Si on ne prévoit pas réaliser des travaux en sous-œuvre, il est envisageable de sur-excaver partiellement le vide sanitaire en assurant un dégagement de 200 mm le long des murs de fondation et creuser en conservant une pente de 45° vers l’intérieur du vide afin d’éviter l’affaissement des fondations. Cette pente devra être couverte pour éviter les pertes et changements d’humidité du sol.

Il faut contrôler les infiltrations d’eau dans les vides sanitaires en aménageant le terrain en pente afin d’éloigner l’eau de la fondation et, au besoin, évacuer cette eau par un système de drainage à l’extérieur ou à l’intérieur des murs.

On ne recommande pas l’utilisation d’un revêtement bitumineux pour des raisons environnementales, de durabilité et de difficultés de réalisation du compactage d’un tel type de recouvrement. Le revêtement de sol le plus durable et de la plus faible épaisseur totale inclura après le nivellement de la surface du sol, la mise en place d’un pare-vapeur composé d’une feuille de polyéthylène épaisse de 0,15 mm ou de type Perminator HP de W.R. Meadows (ou équivalent). Recouvrir ce pare-vapeur d’une couche de sable manufacturé ou de criblure de pierre de 15 à 25 mm d’épaisseur qui pourra recevoir soit des dalles de béton préfabriquées pour patio de 35 à 50 mm d’épaisseur, soit un revêtement de sol pour le sport ou en caoutchouc recyclé.

Si une reprise en sous œuvre est réalisée, une dalle de béton sur un lit de pierre nette sera privilégiée. Il sera requis de suivre les recommandations du Code national du bâtiment-Canada et des Codes de construction pour la réalisation de la dalle (épaisseur, résistance à la compression, cure et joints de contrôle).


Références

Conseil national de recherches Canada (CNRC), Code national du bâtiment – Canada, 2020 accessible en ligne. 

M. Lessard et H. Marquis, Encyclopédie de la maison québécoise, 3 siècles d’habitations, Les Éditions de l’Homme, 1972, 738 pages.

M. Lessard et G. Vilandré, La maison traditionnelle au Québec, Les Éditions de l’Homme, 1974, 493 pages.

Site web Canada Espaces clos et espaces clos dangereux – Pas facile d’en sortir


Article tiré de La Lucarne – Été 2025 (Vol XLVI, numéro 3).

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