
Photos anciennes de la vieille chapelle de Tadoussac où l’on voit très bien les monuments de bois pratiquement identiques à ceux de la Pointe-aux- Alouettes que l’on aperçoit au loin sur les images. À noter que ces croix de bois du vieux cimetière de Tadoussac sont toutes aujourd’hui disparues.
Photo 1 : William Notman & Son, “Old church in Tadoussac”, circa 1898, Collection Musée McCord Stewart,
Photo 2 : Carte postale touristique de la chapelle de Tadoussac à la fin des années 1800.
En parcourant les plus anciens cimetières, il est frappant de remarquer la durabilité des monuments funéraires en pierre ou en fer. Ils traversent les décennies, parfois même les siècles, affichant une mémoire durable des noms et des dates de nos disparus. Pourtant, d’autres témoins de notre patrimoine funéraire n’ont pas bénéficié de cette résistance au temps. Plus fragiles, les stèles et croix en bois ont disparu de nos cimetières, peu à peu effacées et désagrégées par les intempéries, l’absence d’entretien ou simplement l’usure des années.
Le site patrimonial de la Pointe-aux-Alouettes, situé à Baie-Sainte-Catherine, dans la région de la Capitale-Nationale, comprend un cimetière historique inutilisé depuis 1908 et comptant 21 sépultures marquées par des stèles et croix en bois, un ensemble unique de monuments fabriqués par des artisans du village. Ces monuments de notre patrimoine funéraire profitent actuellement d’une troisième restauration majeure depuis la fermeture du cimetière il y a plus de 117 ans.
À trois kilomètres de la rencontre du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Saguenay, la Pointe-aux-Alouettes se trouve au cœur d’un paysage riche à la fois aux plans historique et naturel. En 2008, la municipalité a officiellement reconnu l’importance du site en le désignant comme site patrimonial, conformément à la Loi sur le patrimoine culturel.
Comme l’a pertinemment décrit un article de Diane Jolicoeur publié dans La Lucarne en juillet 2023, la Pointe-aux-Alouettes constitue un ensemble patrimonial remarquable, composé d’une chapelle érigée entre 1875 et 1876, et de maisons construites vers 1880. L’ensemble est entièrement réalisé en bois, témoignant des savoir-faire traditionnels et des matériaux d’époque.
Le site comprend également un cimetière où les premières inhumations remontent à 1864, et la plus récente en 1908. Ce cimetière se distingue par une caractéristique rare: il a bénéficié de trois campagnes de restauration de ses stèles en bois depuis sa fermeture en 1908. Ces interventions ont permis de préserver non seulement la mémoire des premiers colons ayant habité le village, mais aussi les traces de ces modestes monuments de bois façonnés par des artisans locaux, témoins émouvants de l’histoire funéraire québécoise.


Photos 3 et 4 : Le vieil enclos avant sa restauration et les frères Claude et Albert Dallaire, qui ont réalisé les travaux depuis 2023 afin de lui redonner son état d’origine.
Albert et Claude Dallaire sont natifs et résidents de Baie-Sainte-Catherine. Plusieurs de leurs ancêtres reposent dans l’ancien cimetière du village. Une stèle de pierre blanche rappelle le souvenir de leur arrière-grand-père maternel, François Boulianne, décédé en 1898. En revanche, les tombes de leurs grands-pères, tant du côté paternel que maternel, sont aujourd’hui anonymes, leurs croix ou stèles ayant disparu avec le temps.
En 2023, constatant l’état de dégradation préoccupant de plusieurs monuments de bois encore en place, Albert et Claude ont décidé d’entreprendre bénévolement des travaux de restauration des monuments les plus abîmés. Leur initiative a été appuyée par la municipalité de Baie-Sainte-Catherine et par la MRC de Charlevoix-Est.
Pour mener à bien ces travaux, ils se sont inspirés de ceux réalisés lors de la restauration de 1928, menée à l’initiative de l’historien Mgr Victor Tremblay, ainsi que de la restauration reprise en 1978 par l’abbé Robert Simard, professeur au Séminaire de Chicoutimi et dernier occupant régulier des résidences de la Pointe-aux-Alouettes avant la vente du site par l’institution d’enseignement au gouvernement du Québec.
Les monuments actuellement en phase de restauration sont ceux réalisés en 1978, conçus conformément aux stèles et croix de bois rétablies en 1928, elles-mêmes fidèles aux monuments originaux. Bien que rigoureusement décrites dans le rapport de restauration rédigé en 1928, les pièces des monuments originaux et les épitaphes originales n’ont pas été conservées. Les monuments retirés en 1928 ont été en partie sauvegardés, tout comme ceux de 1978, aujourd’hui remplacés dans le cadre des travaux entrepris depuis 2023.




Photos 5, 6, 7 et 8 : Les quatre croix restaurées à ce jour. On voit les trois types d’ornements des extrémités taillées: pointe en fer de lance, tête en fleur de lys et pointe en diamant.
La restauration de 2023 a débuté par la reproduction des quatre croix et d’un enclos, s’attardant en priorité aux éléments les plus abîmés. Le bois utilisé est du cèdre, en raison de sa durabilité. Les matériaux ont été principalement offerts par l’entreprise Cèdréco de Saint-Aimé-des-Lacs (Charlevoix), d’autres madriers et planches de cèdre ont été fournis à même une cédrière provenant de la terre de la famille Dallaire de Baie-Sainte-Catherine.
Les rapports des restaurations de 1928 et 1978 ne précisent pas le type de bois utilisé à l’origine et pour les copies. Lors d’une entrevue réalisée peu de temps avant son décès en 2024, l’abbé Robert Simard a indiqué que le bois utilisé en 1978 et en 1928 était de l’épinette blanche.
Selon les descriptions, les dimensions des travers et montants des croix d’origine étaient variées et non standards par rapport aux dimensions modernes (2 x 3, 2 ¼ x 1 ½, 2 ½ x 2 pouces). Les copies de 1978 ont toutes été réalisées en 2 x 3 pouces. Le cèdre utilisé en 2023 était de 2 x 3 ½ pouces. L’enclos a été reproduit selon les dimensions et les pièces exactes de celui de 1978, qui reprenait pour l’essentiel les dimensions décrites des monuments d’origine.
Les épitaphes ont été reproduites sur le modèle des stèles de 1978, en utilisant un procédé de type stencil réalisé à partir d’une photographie de l’épitaphe, transférée sur bois à l’aide d’un médium acrylique. Avec un outil de gravure, les contenus et les motifs des épitaphes ont été intégralement recopiés. Ainsi, les imperfections et erreurs des textes d’origine (mauvaises dates, erreurs de nom, fautes d’orthographe, de ponctuation, de césure, etc.) sont conservées intégralement, comme elles l’avaient été dans les deux précédentes restaurations.
À l’origine, les croix étaient souvent peintes en blanc ou en noir, avec un lettrage soit blanc, soit noir. Des traces de cette peinture subsistaient seulement sur certains monuments délabrés en 1928. Pour les reproductions de 2023, comme cela avait été le cas en 1978, il a été décidé de ne peindre aucun monument.
Le cimetière historique de la Pointe-aux-Alouettes compte un total de 39 sépultures avec monuments, dont 20 sont en bois. Un calvaire en bois est placé au centre du site. Le registre officiel du cimetière recense 210 morts enterrés entre 1864 et 1908. Les monuments actuels ne représentent donc probablement qu’une petite portion des ouvrages en bois graduellement disparus au fil du temps.
À ce jour, quatre croix et un enclos avec croix ont été refaits. La restauration de l’ensemble des 11 croix de bois devrait être complétée à l’été 2025. Les stèles, fabriquées en planches de bois solide, sont relativement en bon état, bien que les inscriptions des épitaphes soient en voie d’être effacées par l’érosion à cause de la pluie, du vent et des rayons UV. Des interventions devront être faites pour les préserver.


Photos 9 et 10 :Travaux de gravure des épitaphes
Article tiré de La Lucarne – Été 2025 (Vol XLVI, numéro 3).
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