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Le bardeau de cèdre

Maison Hébert-Dit-Lecompte, Saint-Jean-de-l’Ile-d’Orléans dont la toiture et les pignons sont couverts de bardeau de cèdre. Crédit photo : Patri-Arch 2013, © MRC de l'Île d'Orléans

Maison Hébert-Dit-Lecompte, Saint-Jean-de-l’Ile-d’Orléans dont la toiture et les pignons sont couverts de bardeau de cèdre. Crédit photo : Patri-Arch 2013, © MRC de l’Île d’Orléans

Le bardeau de cèdre

Clément Locat, membre du comité de sauvegarde de l’APMAQ

Le 14 octobre dernier, Action Patrimoine en collaboration avec l’Association internationale pour la préservation et ses techniques (APT) organisait une conférence sur le bardeau de bois. Cette activité coïncidait avec le lancement d’un guide technique intitulé Toit. Bois. Bardeau., préparé par deux chercheurs du Centre de conservation du Québec, Patrick Quirion et Mireille Brulotte.

Elle a rassemblé un grand nombre de spécialistes du bâti ancien permettant à ceux-ci de bénéficier des recherches des auteurs, notamment sur le site d’essai aménagé sur le toit du Centre.

Lors de la visite de trois bâtiments anciens à l’Ile d’Orléans les participants ont pu observer des exemples de pose et de vieillissement du bardeau de cèdre.

Les expériences malheureuses vécues ces récentes années avec le bardeau de cèdre par plusieurs propriétaires en décourageaient souvent l’utilisation au profit de la tôle. Des couvertures ont dû être refaites après aussi peu que 15 ans, la principale cause étant un problème de ventilation.

Historiquement, les toitures des granges et des remises profitaient d’une bonne ventilation naturelle; c’était aussi le cas des maisons où l’étage peu occupé et peu isolé facilitait la circulation de l’air.

Le bardeau doit donc être fixé sur un lattage avec espace d’air sous-jacent ventilé par le soffite et/ou le faîtage. L’application d’un fini opaque n’est pas essentielle mais prolongera sensiblement la durée de vie d’une couverture. Les nouvelles pratiques proposées par les auteurs de l’étude devraient encourager son usage.

Ce guide technique, né d’un besoin criant exprimé par les intervenants du patrimoine bâti traite en détail de tous les aspects reliés au bardeau de cèdre : le matériau, la pose, les produits de préservation, l’entretien et la réfection. S’ajoutent à l’aspect technique un aperçu historique de l’évolution des matériaux de couverture depuis les débuts de la colonisation ainsi qu’un lexique illustré.

Le bardeau de cèdre

Mentionnons d’abord que nos conférenciers ont déboulonné deux mythes : le bardeau de l‘ouest serait supérieur au bardeau de l’est et le bardeau fendu aurait une meilleure résistance que le bardeau scié. À épaisseur égale, dans un même contexte, les bardeaux de l’est et de l’ouest se valent et la fente ou le sciage du bardeau a peu d’impact sur leur durée.

La qualité du matériau est primordiale. Seul le duramen, composé de cellules mortes de l’arbre convient à l’usage extérieur.
L’aubier, en périphérie de l’arbre (les anneaux de croissance des dernières années) et partie vivante où circule la sève, demeure très poreux et est donc contre-indiqué.

Le bardeau fendu et le bardeau scié, s’ils sont coupés parallèlement au fil du bois, présentent peu de différences en ce qui a trait à la résistance, compte tenu que la longueur des cellules de bois, d’environ 2mm, limite naturellement l’absorption de l’eau et qu’il n’y a pas de transfert d’une cellule à l’autre. Le bardeau doit être biseauté à un angle de 40 degrés à partir du dos afin de favoriser l’exposition au soleil de son extrémité ainsi qu’un séchage rapide.

Altérations

Les sources d’altérations du bardeau de cèdre, érosion, dégradation biologique, déformations et fendillement, sont expliquées en détail. Sur un matériau non traité, l’érosion causée par les rayons ultra-violets du soleil et le lessivage par l’eau de pluie affectent à tour de rôle la lignine et la cellulose du bois favorisant l’implantation de moisissures à l’origine de la coloration en gris. Ce processus amincit graduellement le bardeau et le fragilise.

Solutions : limiter la hauteur du pureau (partie exposée du bardeau) à 102 mm; choisir un bardeau plus épais que le bardeau standard de 10 mm (un bardeau de 11 à 13 mm peut être obtenu en commande spéciale); recouvrir les bardeaux d’une finition opaque.

La dégradation biologique par l’action des champignons, mousses et lichens diminue également la durée de vie du bardeau. Les champignons, qui se traduisent par un aspect noirâtre, profitent d’un milieu humide et dégradent la matière ligneuse dont ils se nourrissent. Les mousses, qui comme les champignons proviennent de spores transportées par le vent, s’installent sur les toits mal ventilés ou dans un environnement humide ou ombragé. Les lichens, une association en symbiose d’un champignon et d’une algue, profitent du même mode de propagation pour s’implanter et favoriser le maintien d’un milieu humide propice aux champignons.

Solutions : assurer une bonne ventilation qui permet le séchage rapide du bardeau après la pluie; limiter la présence d’arbres à proximité de la maison; retirer la matière végétale qui s’accumule sur la toiture.

La déformation du bardeau dans le sens de la largeur provient des tensions causées dans le bois par l’alternance de périodes humides et sèches ce qui cause souvent un voilement concave. La déformation dans le sens de la longueur ou arcure cause un recourbement en raison causé essentiellement de par la mauvaise qualité du bardeau.

Le fendillement est souvent occasionné par la présence de clous de retenue qui entravent les mouvements du bois. La trop grande largeur de bardeau peut être aussi en cause.

Solutions : limiter la largeur des bardeaux à 200 mm; favoriser une bonne ventilation; appliquer une finition opaque.

Garniture

La garniture d’une couverture concerne outre le bois, les clous et les solins métalliques. Tous les types de solins sont décrits en termes précis et illustrés de croquis et de photos très explicites. On parle de noquet, de bande, de bavette, de besace, de contre-solin, d’enfaîtement selon la localisation de ces éléments d’étanchéité. La mise en œuvre d’une couverture est décrite et illustrée explicitement dans un autre chapitre concernant tous les cas de jonction entre d’un pan de toit et avec une lucarne ou une souche de cheminée, de même que les faîtages et les arêtiers. Un tableau compare les qualités des différents matériaux de solins en termes de nature et de compatibilité des métaux, d’épaisseur minimale, de résistances aux éléments agresseurs et de coût.

Support de couverture

Un important chapitre du livre traite des supports de couverture et aborde avec précision les questions de ventilation pour des toitures avec voligeage non jointif ou lattage, sans isolation ou avec isolation intérieure ou extérieure.

Produits de préservation et de finition

L’application d’un bon produit de préservation ou de finition sur un système de couverture bien conçu et réalisé augmentera sa durée de vie de façon significative.

Il est très difficile pour les néophytes de s’y retrouver étant donné la quantité de produits proposés surtout depuis le bannissement des produits à base d’alkyde. La pauvreté de l’information et les changements fréquents de formulation font qu’on s’y perd facilement et que la performance d’un produit ne peut se révéler qu’à l’usage. Le fait que la toiture soit l’élément de la maison le plus sollicité par les intempéries, ainsi que sa difficulté d’accès militent en faveur de l’application des produits les plus durables. Les résultats des recherches de ces auteurs viennent donc à point. Outre la consultation de spécialistes et d’artisans, de recherches documentaires, les tests réalisés avec banc d’essai sur la toiture du Centre de conservation du Québec pourront éclairer les choix des propriétaires.

Voyons lesquels de ces produits de préservation et de finition présentent un avantage.

Les pesticides, à base de cuivre et de zinc, qu’ils soient appliqués en usine ou sur place, sont des produits dangereux pour la santé et l’environnement (certains ont été interdits); ils pénètrent peu le bois, ne protègent pas des rayons UV et sont éventuellement lessivés par la pluie ou l’érosion du bardeau. Ils sont également corrosifs pour la plupart des métaux utilisés dans les solins.

Les produits ignifuges qui sont en fait des retardateurs d’incendie n’ont plus vraiment leur pertinence, compte tenu de la performance actuelle des éléments de chauffage et de leur usage en période hivernale où le bardeau est humide.

Les teintures et peintures adéquates, tout en colorant la couverture, protègent le bois des rayons UV et empêchent le grisonnement et l’érosion. Elles protègent également le bois des brusques variations d’humidité, limitant les déformations et le fendillement. Ce sont donc des produits qui prolongent la durée de vie du bardeau. Il faut cependant utiliser des teintures opaques ou des peintures à base d’huile de lin dont les molécules plus fines pénétreront le bois tout en demeurant perméables à la vapeur d’eau. Les produits à base d’acrylique sont donc à proscrire. La peinture à base d’huile de lin de marque Allback, produite en Suède est le seul produit de ce type actuellement disponible au Canada. Lors de la visite à l’Ile d’Orléans, il nous a été possible de voir une partie du toit de l’abside de l’église de Saint-Pierre, mise à l’abri par la construction de la sacristie au 19è siècle, où une peinture incorporant l’huile de lin avait été appliquée, probablement au moment de sa construction au 18è siècle.

Entretien préventif et réfection

Tel que mentionné ci-haut, un nettoyage régulier des matières végétales accumulées sur la toiture préviendra sa détérioration. Si un produit de finition a été appliqué, il faudra le refaire lorsqu’il est détérioré, et cela, après un nettoyage à la brosse avec une solution d’ammoniac. De même, le remplacement de bardeaux endommagés allongera la durée de vie de la couverture.

Il s’agit donc d’un ouvrage complet, abondamment illustré, un guide essentiel pour les artisans, les architectes, les entrepreneurs et les propriétaires de maisons anciennes; ces derniers devraient être encouragés à utiliser de nouveau ce magnifique matériau.


Article tiré de La Lucarne printemps 2017 (Vol XXXVIII, numéro 2).

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