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À propos de sauvegarde patrimoniale

BILLET – À PROPOS DE SAUVEGARDE PATRIMONIALE
Louis Patenaude, président de l’APMAQ

Parmi les nombreux dossiers de maisons anciennes en péril dont l’APMAQ est saisie, trois ont particulièrement retenu notre attention au cours des dernières semaines. Le cas de la maison Rodolphe-Audette construite en 1910 sur un promontoire dominant le Vieux-Lévis tient de la saga. Après des années d’efforts de la part d’un grand nombre de citoyens en vue de sa survie, le Comité de démolition de la Ville a statué en faveur de sa disparition. Elle serait remplacée par des condos à haute densité. Au moment d’écrire le présent texte, un citoyen a fait appel de cette décision. Y aurait-il encore un espoir?

La maison Legendre construite en 1793 est la plus ancienne de Sainte-Croix-de-Lotbinière et elle est mentionnée dans le célèbre ouvrage Vieux manoirs et vieilles maisons de Pierre Georges Roy de 1927. Comme la précédente, elle a fait l’objet de vives pressions en vue de sa sauvegarde. Malgré son ancienneté exceptionnelle et sa valeur patrimoniale reconnue, le Comité de démolition s’est prononcé en faveur de sa démolition le 3 juillet dernier et la maison est maintenant disparue.

L’hôtel Pointe-Claire/Le Pionnier construit en 1900 et situé au cœur du vieux village de Pointe-Claire a constitué, au cours de son histoire, un lieu important de rassemblement pour la communauté locale et il a ainsi acquis une forte valeur identitaire en dépit de son importante détérioration. C’est en ce sens que se sont exprimés les défenseurs de l’immeuble lors de la réunion du Comité de démolition à laquelle a assisté l’APMAQ. Par ailleurs, un citoyen s’est déclaré disposé à investir les sommes nécessaires afin de redonner à l’hôtel son aspect d’origine.

Le projet de remplacement, un immeuble à condos, par ses dimensions imposantes et son aspect massif se grefferait mal sur un cœur de village qui a conservé, grâce à des citoyens soucieux, son caractère patrimonial. On peut prévoir un effet d’entraînement négatif sur le bâti existant. Pourtant, le Comité de démolition a autorisé la destruction de l’immeuble.(1)

Il est à noter que les trois cas ont donné lieu à une mobilisation citoyenne particulièrement vigoureuse et que celle-ci s’est révélée sans grands effets. Les défenseurs du patrimoine se sont heurtés à des intérêts matériels trop puissants et à une vision étroite du développement. Comment convaincre les pouvoirs publics qu’un patrimoine mis en valeur agit comme levier de développement non seulement social et culturel, mais aussi économique? Plusieurs de nos villes, petites et grandes, l‘ont parfois compris et on s’en félicite, mais la diffusion de cette idée exige encore bien des efforts.

Des cas comme ceux-là posent aussi la question de la manière de procéder à la sauvegarde de nos bâtiments anciens. On a tendance hélas à agir tardivement. Il faut au contraire intervenir avant qu’un immeuble atteigne un stade de dégradation telle que sa défense sera ardue et conflictuelle. Pourquoi ces immeubles n’ont-ils pas été cités longtemps avant qu’on envisage leur disparition. Pourquoi nos pouvoirs publics ont-ils autorisé des modifications dévalorisantes, par ajouts ou retraits, sans le moindre respect pour la construction d’origine. Le patrimoine ne se perd pas nécessairement du jour au lendemain, mais aussi, petit à petit, au fil des ans, par le manque de vigilance des citoyens et par l’indifférence des autorités. On ferait l’économie de crises douloureuses en pratiquant une sauvegarde préventive.

(1) Dans le cas de l’hôtel Pointe-Claire/Le Pionnier, grâce à une importante contribution financière de la part de certains citoyens, la municipalité a décidé de rouvrir le dossier. C’est à suivre.


Article tiré de La Lucarne – Automne 2018 (Vol XXXIX, numéro 4).

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