La rencontre avec Ginette Mayer s’est déroulée dans les locaux de notre Société d’histoire, dont elle est membre et bénévole.
Ginette Mayer a grandi à Mirabel dans une coquette petite maison de briques rouges construite en 1890. Déjà, c’est un bon départ pour développer sa passion pour l’histoire et le patrimoine. « J’affirmais à mes amies que j’aurais un jour une vieille maison de pierre, elles me trouvaient bien drôle ».
Laissons-là raconter :
« D’un point de vue personnel, j’ai rencontré mon conjoint et devinez quoi? Il est le descendant, huitième génération, d’une famille ayant une belle ferme familiale. Pas seulement la fameuse maison de pierre de mon imagination, mais aussi toutes les dépendances qui forment un ensemble ancestral datant de 1790. Je me suis dit en riant : Voilà, c’est l’homme de ma vie!!!. Ce fut notre réalité. Ensemble avec les enfants, il nous a fallu quelques années pour restaurer quelques finis caractéristiques cachés sous des matériaux plus récents ».
Le temps filait et déjà ils préparaient leur retraite. « Nous étions attirés par Saint-Sauveur et ses alentours, mais notre coup de cœur s’est porté sur le village voisin, Mille-Îles, en 2010 ». Ils s’installent dans un charmant cottage anglais de 1932, la maison Arthur Willey, (1867- 1942) bordée par la rivière Bonniebrook. Ginette ne manque pas de superlatifs en parlant de son rêve devenu réalité ! Et il y a de quoi ! »


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Trois photos du noyau villageois, prise par Ginette Mayer.
A) Deuxième église anglicane rebâtie en 1956 sur le site de la première. B) Hôtel de Ville construit par William Strong en 1958, sur le site d’un ancien presbytère. C) Église presbytérienne avec structure en pièce sur pièce (1860).
Le cœur du hameau villageois possède des caractéristiques uniques. Il s’agit de quatre bâtiments blancs : deux églises, une vieille école de rang et l’hôtel de ville.
« Il faut circuler lente- ment et observer la beauté et la fonctionnalité de ces quatre bâtiments de notre communauté, si petit soit ce cœur du hameau, sinon vous aurez manqué notre village » dit-elle .
Chaque secteur de Mille-Îsles a plus d’un patrimoine caché. Les chemins sont jalonnés de maisons de ferme anciennes, certaines en bordure de la voie et d’autres éloignées sur les terres. C’est là qu’elle mesure l’ampleur de la valeur historique et architecturale de son nouveau patelin et que débute son engagement.
Sans plus attendre, elle s’informe auprès de la municipalité de la présence d’archives historiques et de leur vision du patrimoine. Seuls quelques bâtiments ont été inventoriés en 2008-2009 par la MRC d’Argenteuil et les archives ne sont pas en grand nombre.
Ginette part du principe que la sensibilisation au patrimoine bâti passe par sa sauvegarde et sa mise en valeur. Avec douceur, patience et sans contraintes, elle travaille auprès des instances municipales pour leur faire voir et apprécier le patrimoine du lieu, de la façon dont elle le perçoit, afin de leur donner le goût de le percevoir eux aussi et d’avoir le goût de le défendre.
C’est au moment où elle démontre son intérêt pour la petite école abandonnée, que l’on peut situer le début de son action dans son village. La petite école n’était pas à vendre, mais il fallait être vigilant et garder l’œil ouvert.
Ginette et son conjoint ont, au même moment, amorcé le projet de restauration de la maison Ivall, une structure de pièce sur pièce bâtie en 1830. Tout était d’origine, « …on n’avait qu’à lui donner beaucoup d’amour » dit-elle.
Les années passent et, en 2015, Ginette a cherché des appuis autour d’elle. Avec toute la conviction qui l’anime, elle n’a pas eu de difficulté à créer un comité, qui participe à quelques réunions avec les élus municipaux et la MRC cette année-là. Puis, une autre étape est franchie : s’impliquer au CCU (Comité consultatif d’urbanisme).
Notre passionnée n’est pas sans savoir que les médias sociaux jouent un grand rôle et, en 2016, elle crée une page Facebook personnelle, Patri- moine bâti Milles-Isles qui traite du sujet dans sa municipalité.
Puis plusieurs événements s’enchaînent : une conférence sur les maisons patrimoniales de Mille-Isles dans le cadre des Journées de la Culture: l’organisation d’une marche de découvertes historiques au camp de scouts Tamaracouta, etc.
Enfin, en 2018, après plus de quatre ans d’implication, Ginette obtient formellement le soutien de la municipalité pour créer un Comité du patrimoine qui facilitera les communications avec les élus. Cela mène à la publication d’articles sur le patrimoine dans l’Info Mille-Isles dès 2019, une pratique qui se poursuit encore aujourd’hui.
En 2020, il y a création du CLP (Conseil local du patrimoine) au sein de la municipalité. Ginette en est nommée présidente. S’amorce alors une démarche de citation du site de la réserve Scouts Tamaracouta ; des recherches historiques sont faites puis le CLP fait ses recommandations au Conseil municipal.
Le CLP obtient un mandat de bonifier l’inventaire des bâtiments d’intérêt en janvier 2021. Ginette abat un travail colossal car, dès juin, elle remet la liste bonifiée des bâtiments d’intérêt, incluant l’histoire et les titres des propriétés au complet pour chacune d’elles.
La sensibilisation continue en 2022 avec la création d’un dépliant d’information sur l’architecture de Mille-Îles, la sensibilisation concernant le PIIA, les objectifs et critères applicables aux bâtiments d’intérêt, ainsi qu’une nouvelle fiche de référence, en attente de diffusion.
Le CRP (Conseil régional du patrimoine) de la MRC d’Argenteuil la nomme présidente de l’organisme en 2023. Suite à la perte d’un bâtiment d’intérêt incendié, Ginette innove en créant un inventaire des bâtiments patrimoniaux vacants de Mille-Îles, déposé à la municipalité et à la MRC, soulignant l’urgence de protéger nos trésors patrimoniaux fragiles.
Mais il y a aussi de bonnes nouvelles : La petite école Maple Grove est finalement sauvée et restaurée.
En 2024, elle vit la déception de perdre un autre bâtiment historique, cette fois-ci, le Long House du Camp Tamaracouta incendié par des vandales. La vigilance se poursuit à cet endroit, un dossier chaud depuis quelques années, toujours en attente de règlement.
Entre tous ces événements, recherches et autres, on se demande comment Ginette trouve le temps de remplir ce qu’elle appelle « mon coffre-fort historique » : elle poursuit les recherches afin de bonifier le plus possible les archives de la municipalité afin que celles-ci se transmettent dans le futur. Généalogie et histoire de chacune des familles pionnières, historique des 213 lopins de terres (un livre est en écriture), architecture et histoire de chaque bâtiment de Mille-Isles, églises et cimetières, naissance et évolution des secteurs des lacs, chemins et ponts. Ouf ! Inventaire des chalets, du patrimoine déplacé ou disparu (fermes, manufacture à fromage, moulin à scie, salle de danse, etc.) Ouf… de nouveau ! me dis-je en l’écoutant.
Son coffre-fort historique est maintenant prêt à remettre à la municipalité pour enrichir ses archives, dès que celle-ci en manifestera le désir !
Au terme de deux heures d’entrevue, de discussions, d’interrogations et surtout d’exclamations, Ginette Mayer est très fière de ce qu’elle a accompli et nous sommes d’accord avec elle !
Toutes les municipalités du Québec auraient besoin de personnes passionnées, qui s’investissent dans leur milieu comme le fait Ginette Mayer.
Article tiré de La Lucarne – Printemps 2025 (Vol XLVI, numéro 2).
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