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Les Forges du Saint-Maurice

Les forges du Saint-Maurice

Provenance collection privée. Crédit photo : Michel Gauthier

Les Forges du Saint-Maurice
Andrée Bossé, membre du Comité de La Lucarne

Le fer des marais ou « ocre jaune » (en chimie, limonite) présent des deux côtés de la rivière Saint-Maurice a d’abord été exploité pas les Amérindiens qui s’en servaient pour se « matacher » le corps et la figure, particulièrement en version « ocre rouge » obtenue par chauffage. Des fouilles archéologiques locales en ont trouvé des traces dans des tombes deux fois millénaires.

Dès 1669, un maître de forges engagé en France par l’intendant Jean Talon, le sieur de La Potardière, évalue la qualité d’une mine au Cap-de-la-Madeleine et conclut à son potentiel pour développer une fonderie. L’affaire n’a pas de suite malgré quelques tentatives pour couler de la fonte à la demande du gouverneur Frontenac.

C’est en 1733 que François Poulin, sieur de Francheville, un bourgeois canadien ayant le goût du risque, décide d’établir une entreprise sur le site des Forges. Avec le support de l’intendant Hocquart, il surmonte les objections des concurrents de la métropole et obtient de Louis XV une avance de 10 000 livres pour établir la première sidérurgie dans la colonie; il forme donc une compagnie « Forges du Saint-Maurice» avec Hocquart et deux autres associés puis disparaît.

 

Les forges du Saint-Maurice

Provenance collection privée. Crédit photo : Michel Gauthie

Le roi intervient et nomme maître de forges le sieur Olivier de Vézain qui reprend le projet: bâtiments, mines, bois de la seigneurie, premier haut-fourneau et la forge elle-même. Rappelons que le fer est obtenu sous forme de fonte par réduction à haute température de l’oxyde de fer (ocre) par le charbon de bois. La fonte (fer riche en carbone) se coule facilement sous forme de lingots, de chaudrons, de plaques de poêle, de canons, de boulets et d’objets d’utilité courante pour la marine.

La production se poursuit avec des hauts et des bas jusqu’à la Conquête. C’est l’Anglais Matthew Bell qui en assure finalement la rentabilité pendant 53 ans. La plupart des objets que l’on retrouve encore parfois chez les antiquaires sont de cette époque; certaines années, on y fabriquait 4000 poêles de fonte. À partir du milieu du XIXe siècle, le monopole dont jouissait Matthew Bell est aboli avec l’apparition de multiples compétiteurs locaux: les Forges de Batiscan, de Radnor et de l’Islet entre autres. Les Forges du Saint-Maurice, elles, continueront à produire de la fonte de 1863 à 1883, année où le site sera définitivement abandonné.

Dans les années 1950, il ne restait sur le site que quelques ruines de la Grande maison le long du ruisseau qui fournissait l’énergie motrice à la forge ainsi que l’immense cheminée dressée sur le bord du Saint-Maurice. Malgré tout, le lieu attirait et fascinait toujours par son histoire et par cette étrange source bouillonnante dite « fontaine du diable » sur la rive du Saint-Maurice; les pêcheurs taquinaient la petite truite dans le ruisseau et cueillaient des frondes de fougères le printemps venu.

Aujourd’hui, Parcs Canada a fait du site un lieu historique national avec la reconstitution du bâtiment principal pour en faire un centre d’interprétation et la mise en valeur des éléments évocateurs des hauts-fourneaux et de leurs modes de fonctionnement à travers les âges. Une fascinante collection d’objets anciens complète la visite. L’entrée au site est gratuite en 2017.


Article tiré de La Lucarne, été 2017 (vol. XXXVIII:3).

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