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Lumière sur les fanaux d’un maire

Lumière sur les fanaux d’un maire
Pierre Bleau, ing., M. A., membre de l’APMAQ

Au devant de notre demeure, on observe deux sentinelles qui bordent l’entrée de l’allée principale. Ce sont deux fanaux en fonte installés, entre 1927 et 1931, signalant la résidence du maire de la Ville de la Pointe-aux-Trembles de l’époque, M. Oscar Benoît. La tradition voulait qu’on ajoute, face à leur domicile, ce mobilier d’éclairage pour souligner leur statut social au sein de la collectivité. Cet article met en lumière l’histoire surprenante de ces fanaux menacés par un changement de garde à la mairie.

Ces fanaux ont survécu, ne subissant qu’un léger tassement au niveau des bases de béton, une rupture du filage souterrain de l’alimentation électrique, le remplacement du vitrage en verre de la lanterne par des panneaux en plastique et la disparition d’un pignon décoratif. Ce petit détail ornemental a été fidèlement reproduit par un ami, en 2018, sur son tour à métal à partir d’un cylindre d’acier. Il faut parfois accepter ce genre de compromis lors d’une restauration, la reproduction du pignon original en fonte par une fonderie demeurant un idéal assez onéreux.

C’est en effectuant une recherche aux archives municipales de la Ville de Montréal, qu’une résolution du 24 février 1931, a éveillé ma curiosité : « La question des fanaux du maire est laissée en suspens ». Ce sont possiblement ceux de l’ex-maire Benoît puisqu’il a perdu ses élections, le 2 février 1931, à la faveur de Wilfrid H. St-Pierre, télégraphiste de la Ville de la Pointe-aux-Trembles. Puis, le 7 avril, il est résolu : « Que Son Honneur le Maire soit chargé de rencontrer l’ex-maire, O. Benoît au sujet d’arrangement à faire s’il y a lieu et si ce dernier désire rester en possession des fanaux installés chez lui. » Il faut croire que la rencontre fut infructueuse, puisque dès le 21 avril, il est résolu : « Que les fanaux de l’ex-maire Oscar Benoît soient enlevés». Finalement, le 20 mai 1931, les échevins décident d’adoucir leur position : « Que les fanaux installés à la résidence de l’ex-maire Oscar Benoît soient enlevés ou vendus à ce dernier.» Puisque les fanaux sont toujours en place, la question se pose à savoir combien il aurait déboursé pour conserver son symbole de prestige?

Une deuxième visite aux archives a permis de résoudre l’énigme. En effet, le 14 juin 1932, il est proposé par l’échevin Dulude et secondé par l’échevin Cormier : « Qu’attendu les décisions rendues par la Commission Métropolitaine de Montréal au sujet de la question des fanaux des différents maires qui se sont succédées pour la Ville; qu’il soit établi qu’à l’avenir lorsqu’un Maire de la Ville cessera d’être Maire, il gardera la possession des fanaux qui lui ont été posés durant son terme. » Une conclusion heureuse pour tous, sachant qu’une résolution (du 5 mai 1931) demandait un crédit de 250 $ à la Commission pour l’installation de fanaux en face de la résidence de Son Honneur le Maire actuel…

Viendra la nuit où les deux fanaux éclaireront à nouveau ce lieu.

 


Article tiré de La Lucarne – Hiver 2018-2019 (Vol XL, numéro 1).

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