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Le vieux séminaire de Montréal

Dessin de James Duncan gravé par P. Christie, 1839. Newton Bosworth, Hochelaga Depicta : Or the Story and present state of the island and City of Montreal, Montréal, William Greig, 1839.

Dessin de James Duncan gravé par P. Christie, 1839. Newton Bosworth, Hochelaga Depicta : Or the Story and present state of the island and City of Montreal, Montréal, William Greig, 1839.

Le Vieux Séminaire de Montréal, un exceptionnel témoin de l’histoire de la métropole
Dinu Bumbaru, C.M., Héritage Montréal, Prix Robert-Lionel-Séguin 2000

Tel un vieil arbre qui illustre et raconte par sa sage présence, le temps qui permet à une forêt d’être, l’édifice qu’on appelle aujourd’hui Vieux Séminaire de Saint-Sulpice, est l’une des rares constructions nées au XVIIe siècle, qui ont traversé les ans pour nous mettre en lien direct avec les débuts de l’établissement français sur cette île de Montréal dont les Sulpiciens deviennent les seigneurs en 1663, le demeurant jusqu’au XIXe siècle et l’abolition de ce régime qui marqua le territoire. Parmi ces autres bâtiments témoins qu’il faut prendre le temps d’aller examiner, mentionnons les maisons Saint-Gabriel à Pointe Saint-Charles et Le Ber – Le Moyne à Lachine, et, surtout, les tours du fort de la Montagne, rue Sherbrooke, elles aussi construites par les Sulpiciens alors engagés dans le grand chantier de leur nouvel édifice près de l’église Notre-Dame. 

Construit entre 1684 et 1687 suivant les plans du supérieur du séminaire, François Dollier de Casson, le Vieux Séminaire reprend le modèle et l’architecture classique des hôtels particuliers français avec un corps de logis faisant face à la rue, séparant une cour avant et un jardin à l’arrière. Le bâtiment d’origine ne compte que deux étages surmontés d’un comble brisé à la Mansart; il est bâti en moellons de pierre grise avec quelques encadrements de pierre de taille.

Carte postale du Vieux séminaire Saint-Sulpice à Montréal

Carte postale du Vieux séminaire des Sulpiciens à Montréal

Avec son jardin, lui aussi exceptionnel, et ses trois niveaux de caves voûtées en pierre, il sert de manoir seigneurial, de presbytère pour l’église paroissiale alors installée dans l’axe de l’actuelle rue Notre-Dame, de résidence pour les Sulpiciens et de séminaire pour la formation des prêtres. Ces usages multiples expliquent qu’un édifice aussi ancien et, fait exceptionnel, toujours habité par la communauté qui l’a bâti, ait continué à croître, se soit modifié et pose aux responsables actuels de sa restauration, de substantiels défis de doctrine, de science et de savoir-faire.  Dès le début du XVIIIe siècle, le supérieur François Vachon de Belmont fait bâtir deux ailes latérales dont celle du côté Ouest subsiste, qui entourent la cour avant qui sera fermée, dans les années 1790, par le mur longeant la rue Notre-Dame avec sa grille surmontée d’un fronton, le tout dans l’axe défini par le portail de 1740 et, sur le toit, l’emblématique horloge et son clocheton. Au milieu du XIXe siècle, l’aile du côté Est est démolie et les Sulpiciens débutent la construction d’un nouveau séminaire en pierre de taille dessiné par l’architecte John Ostell, projet heureusement abandonné au profit de la construction du Grand Séminaire au pied du mont Royal.

Par son histoire et son architecture, le Vieux Séminaire de Saint-Sulpice revêt une très grande importance patrimoniale pour Montréal, le Québec et le Canada. Situé dans le Vieux Montréal, classé en 1964, il est devenu site patrimonial en 1985; le gouvernement fédéral l’a reconnu avec son jardin comme lieu historique en 1981. Ses murs en pierre, tout comme le sol de son jardin ou les charpentes de ses toitures, sont de véritables documents que les récents travaux de restauration et de mise aux normes ont permis de lire avec l’aide d’archéologues et d’autres spécialistes.

Remarquablement, le Vieux Séminaire demeure un patrimoine vivant en maintenant sa vocation de résidence des prêtres de Saint-Sulpice. En cette année d’anniversaires, il faut saluer l’attention des Sulpiciens à faire connaître ce patrimoine par une exposition et des visites guidées du bâtiment et de son jardin, le temps d’une pause dans la longue et nécessaire campagne de travaux pour prendre soin d’un lieu auquel on souhaite bien des siècles d’un heureux avenir.


Article tiré de La Lucarne, été 2017 (vol. XXXVIII:3).

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