Senneville, joyau historique et architectural à découvrir

23 février 2021

Julie Brisebois, mairesse du village de Senneville

Le territoire de Senneville se distingue par son histoire, la qualité architecturale des différentes phases de son développement avec la contribution d’architectes de renom, sa faible densité d’occupation, son couvert forestier ainsi que le maintien de sa vocation agricole. La qualité architecturale et paysagère est d’ailleurs reconnue aux niveaux métropolitain et régional, sans compter son statut de « lieu historique d’importance nationale » pour la partie nord du territoire.

Histoire

Senneville a célébré son 125e anniversaire en 2020 mais son histoire remonte à la colonisation de l’île de Montréal. C’est en 1679 que Charles Le Moyne et Jacques Le Ber, marchands de fourrures prospères, acquièrent le territoire d’un ancien capitaine du régiment de Carignan-Salières, Michel-Sidrac Dugué de Boisbriand. 

En 1686, Jacques Le Ber fit construire un moulin de pierre entouré d’une palissade de bois car les attaques des Iroquois étaient nombreuses à cette époque. C’est lui qui nomma l’endroit « Senneville », du nom de sa commune natale en France, Senneville-sur-Fécamp. Une vingtaine d’années plus tard, son fils fit construire un fort de pierre dont on peut encore voir les ruines aujourd’hui.

C’est à compter de 1865 que Sir John Abbott, futur premier ministre du Canada, a entrepris l’aménagement, de part et d’autre du chemin Senneville et la construction de vastes propriétés qui ont fait de Senneville l’un des principaux lieux de villégiature de l’élite canadienne du début du XXe siècle. Les propriétaires de ces domaines étaient présidents, fondateurs ou directeurs de certaines des entreprises commerciales les plus importantes de l’époque, y compris la Banque de Montréal et le Canadien Pacifique. Cette élite retint les services d’architectes et d’architectes-paysagistes de renom tels que Edward Maxwell et les frères Olmsted de Boston. 

1. La maison Richard-Bladworth-Angus, dite « Pine Bluff », 218 Chemin Senneville, Senneville. Source Communauté Urbaine de Montréal, Répertoire d’architecture traditionnelle sur le territoire de la Communauté Urbaine de Montréal : Les résidences, Service de la planification du territoire (CUM), 1987, 803 p., page 41.Plusieurs des grandes demeures de Senneville sont des oeuvres de Maxwell, notamment Bois-de-la-Roche, réalisée en 1896 pour le compte du sénateur Louis Forget et « Pine Bluff », une maison conçue en 1886 par le réputé John William Hopkins et transformée en 1896 à la demande de Richard Bladworth Angus, alors président de la Banque de Montréal. La maison originale de « Pine Bluff » fut détruite par un incendie et remplacée par une nouvelle maison conçue entièrement par Maxwell (ill. 1) en 1901 ; elle sera démolie vers le milieu des années 1950. Le cahier Les résidences du Répertoire d’architecture traditionnelle de la communauté urbaine de Montréal a retenu dix de ces grandes maisons sur le territoire de Senneville ainsi que plusieurs de leurs dépendances. Le domaine Angus a d’ailleurs fait les manchettes en décembre 2019, à la suite d’une demande de démolition des bâtiments principaux et de leurs annexes.

Règlements et processus

Le patrimoine urbain et les valeurs paysagères du village de Senneville, en plus d’être reconnus au niveau régional et métropolitain, le sont aussi localement par le biais des outils urbanistiques. C’est en 1988 que le premier plan d’urbanisme de la municipalité est adopté et, en 1997, que Senneville approuve son premier règlement sur les Plans d’interprétation et d’intégration architecturale (PIIA) lequel dresse également une liste des bâtiments exceptionnels et significatifs sur le territoire. Le plan d’urbanisme ainsi que le PIIA ont été révisés en 2014 tout en maintenant une liste des bâtiments d’intérêt. 

Préservation des bâtiments du domaine Angus

Le village de Senneville a récemment démontré qu’une réglementation d’urbanisme solide et qu’une documentation étoffée associées à un processus démocratique incluant des citoyens et groupes d’intérêt constituent une formule gagnante ; ceci est d’autant plus vrai quand l’ouverture d’esprit et les moyens financiers sont au rendez-vous.

De plus, le gouvernement du Québec a récemment donné un coup de main financier au monde municipal et au privé avec son programme d’aide visant à la protection du patrimoine immobilier. Ce geste doit être salué. Malheureusement, cette aide financière s’accompagne de conditions que les petites municipalités, telle Senneville, n’ont pas les moyens de remplir car elles doivent être intégrées à leur montage budgétaire.

Les représentations politiques auprès de nos instances métropolitaines, régionales, provinciales et fédérales demeurent essentielles au soutien financier en vue de la protection du patrimoine. Après tout, l’importance de l’architecture et de l’environnement naturel et paysager de Senneville est reconnue par chacune de ces instances. 

Dans cet exemple précis, deux des trois bâtiments d’intérêt seront conservés et restaurés : la « Gate House » (ill. 2) et le « Peach House ou Dairy House » (ill. 3 et 4) tandis que le troisième, la serre, a obtenu l’aval du comité de démolition tout en offrant la possibilité à toutes personnes de déplacer le bâtiment afin de le préserver. Malheureusement, toutes ces conditions ne peuvent pas toujours être réunies et connaître une issue aussi positive. 

2. Dépendance de la maison Richard-Bladworth-Angus, dite « Pine Bluff ». La maison du gardien « Gate House » et la grille d’entrée.

3. Le « Peach House ». Une dépendance de l’ancienne propriété R. B. Angus.

4. Tiré de Collection d’architecture canadienne. Université McGill — John Bland.

Prochaines étapes

La communication auprès des citoyens quant à l’importance de la conservation de notre patrimoine bâti et paysager doit se poursuivre. Tous les paliers gouvernementaux doivent contribuer à cet effort.


Article tiré de La Lucarne – Printemps 2021 (Vol XLII, numéro 2).

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