Une maison historique en péril à l’aube de son 100e anniversaire

23 février 2021

Ginette Darveau

Située au Témiscamingue, dans la municipalité de Nédélec, la maison Darveau est certainement une des demeures parmi les plus remarquables de la région, tant par son architecture que par son histoire.

La maison Darveau en 1925. Collection de photos familialeLe Témiscamingue fut colonisé au début des années 1900. La réserve algonquine qui en faisait partie fut petit à petit dépecée jusqu’à la cessation qui entraîna l’annexion d’une partie de la réserve à la municipalité de Nédélec. Dans son documentaire, Le peuple invisible, Richard Desjardins relate cette histoire et on y aperçoit Édouard Darveau devant sa maison alors en construction.

Nédélec est situé sur la route 101 à 15 km du lac Témiscamingue et, lors du grand feu de 1922, les vents dirigèrent les flammes de Haileybury en Ontario vers le village. Nédélec fut alors détruit sauf l’église et l’atelier de portes et fenêtres d’Édouard Darveau. Cinquante-deux familles se retrouvèrent sans logis. Avec ses 5 200 km de territoire brûlé, ce fut une des dix pires catastrophes naturelles du Canada.

C’est dans ces circonstances, avec une pénurie de bois d’oeuvre, des récoltes ravagées et des conditions très difficiles qu’Édouard Darveau fut désigné pour diriger la reconstruction des principaux bâtiments du village.

M. Darveau, né à Saint-Ubalde en 1898, venait d’arriver au Témiscamingue avec son père Hector. Il s’attela donc à la tâche puis bâtit sa maison en 1925 avec l’aide de son beau-père, Narcisse Perron. Il fut également conseiller municipal pendant plusieurs années.

La maison Darveau en 2003. © Ginette DarveauDe style néo-Queen Anne, cette maison est une oeuvre d’art avec sa tourelle ronde recouverte de bardeaux arrondis et son toit concave, sa galerie dont les poteaux sont recouverts de petites lattes de bois fait main et ses corniches sculptées. Autant l’intérieur que l’extérieur de la maison sont fabriqués avec minutie et un souci prononcé du détail.

Édouard Darveau y habita avec sa femme Aldéa Perron et leurs dix enfants dont cinq sont morts en bas âge. M. Darveau y vécut jusqu’à son décès en 1967.

Par la suite, il y eut plusieurs propriétaires qui ont toujours eu à coeur de garder cette demeure en bon état et ce, jusqu’en 2012. En 2016, suite au décès du propriétaire de l’époque, la succession vend la maison à un couple d’Ontariens ; depuis, elle est inhabitée et laissée à l’abandon. La peinture extérieure est dans un état lamentable, les boiseries sont fendues ou cassées, la galerie s’affaisse et il y a des trous d’hirondelles sous les corniches.

Nous avons fait une demande de citation auprès de la municipalité avec l’aide de la MRC et du Ministère de la Culture de la région. Malheureusement, nous avons reçu un refus unanime de la part des élus malgré le fait que la mairesse nous ait assurés de son soutien.

De plus, la Commission culturelle témiscamienne recommandait déjà, en 2012, de citer cette maison pour son intérêt patrimonial. Elle est l’emblème de Nédélec, les gens du coin la surnomment « le Château » et les passants s’arrêtent pour la photographier. Il est très triste que la municipalité de Nédélec regarde cette demeure se détruire sans rien faire.


Article tiré de La Lucarne – Printemps 2021 (Vol XLII, numéro 2).

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