Rejointoyer ou démonter/remonter un parement de maçonnerie

6 septembre 2021

Pierre Lacroix

Ingénieur, M. Ing. en matériaux, fils d’un briqueteur-maçon et membre du Groupe-conseil avec la collaboration de : Paul-Francis Jacques, Ghislain Gazaille-Lacroix et Jérémie Bélisle, relèves en maçonnerie, Louise Renaud.

Cet article traite du choix de rejointoyer ou de démonter puis remonter un parement de maçonnerie de briques cuites d’argile ou de schiste. Ne sont pas considérés dans cet article, les murs pleins en maçonnerie généralement constitués de trois rangs de briques avec des éléments en boutisse à tous les 5 - 6 rangs, ni les maçonneries de pierres brutes ou taillées. Le parement de briques est relié à la structure du bâtiment par des connecteurs, des ancrages ou des crampons. Ces connecteurs peuvent être constitués de clous (90 – 125 mm de longueur), de feuillards ou d’attaches métalliques diverses.

Composition et durée de vie

Corrosion marquée de certains connecteurs après 60 ans, clous de 100 mm de longueur.Une durée de vie de 100 ans est attribuée aux mortiers de chaux de type O et aux maçonneries actuelles, soumises à des cycles de gel et de dégel, avec un mortier à maçonner ou un mortier de chaux de type N. Ce dernier se caractérise par une résistance à la compression sur cubes de 50 mm d’arête d’au moins 3,5 MPa pour le mortier malaxé au chantier selon la norme CAN/CSA-A197 : Mortier et coulis pour la maçonnerie en éléments. Concernant une maçonnerie de type O, la résistance à la compression pour le mortier malaxé au chantier doit être d’au moins 2 MPa.

Bien que l’on considère une vie utile de 100 ans pour une maçonnerie, une telle durée n’est pas reliée aux éléments (les briques), mais à la corrosion des connecteurs. Sur des bâtiments résidentiels d’un étage à Laval construits au tournant des années 1960, on a pu remarquer qu’environ 3 à 5 % des clous de 100 mm non galvanisés présentaient des signes d’une corrosion sévère avec une perte de section locale de plus de 30 %.

Sauf pour la brique rouge intérieure des murs pleins, souvent de seconde qualité, la brique des maçonneries, que celle-ci soit pleine ou non, à surface lisse, peignée ou d’écorce, même émaillée, satisfait encore aux exigences actuelles d’absorption, du coefficient de saturation ou de durabilité aux 50 cycles de gel et de dégel simples et de résistance à la compression pour ces éléments (1).

Note 1 : Les briques, selon la norme CAN/CSA-A82 : Brique de maçonnerie cuite en argile ou en schiste, doivent avoir une résistance à la compression d’au moins 20,7 MPa, une absorption inférieure ou égale à 8,0 % ou une absorption inférieure ou égale à 17 % avec un coefficient de saturation inférieure ou égale à 0,78 ou résister à 50 cycles de gel et de dégel.

Soulignons cependant que même si la brique satisfait aux exigences actuelles de durabilité des briques, elle pourrait ne pas être durable en présence d’éclaboussures de sels de déglaçage ou de gadoue. 

Les premiers signes d’un besoin d’entretien

Les premiers désordres sont généralement notés sous les allèges des fenêtres dans la partie haute des murs (les derniers 1,5 m) ou dans les parapets pour un toit plat. Les lézardes, ces fissures en escalier, sont associées à des mouvements du sol d’infrastructure ou à un manque (absence) de renforcement structural des linteaux des fenêtres dans les fondations. Au minimum, un rejointoiement sera préconisé.

Connecteurs et bombements

L’espacement des connecteurs dans les normes et in situ n’a pas vraiment changé au fil du temps. Cet espacement des connecteurs selon la norme CAN/CSA-A371 : Maçonnerie des bâtiments se situe entre 400 et 450 mm dans le plan vertical et entre 600 et 900 mm dans le plan horizontal suivant le type de connecteurs. On peut avoir des surprises avec des sections de murs de maçonnerie presque sans attaches.

Les bombements seront observés lorsque la corrosion d’un certain nombre d’attaches aura entraîné leur rupture par la pression exercée par le vent (2) ou par l’action du gel dans la maçonnerie. On ne rejointe jamais un bombement : un bombement requiert obligatoirement des travaux de reprise.

Outre la corrosion des connecteurs, le séchage du bois de la structure et l’utilisation de clous réguliers ou prismatiques diminuent la force d’ancrage des connecteurs. De fait, sur une maçonnerie de plus de 70 ans, la presque totalité des clous s’arrache à la main sans l’aide d’une barre à clous : ce point vient jouer en faveur d’un démontage/remontage.

Note 2 : Un gel prématuré d’une nouvelle maçonnerie, suivant les premières heures après la pose, est aussi une cause de bombement. Cette maçonnerie aura déjà dû faire l’objet d’une reprise. La stabilisation d’un bombement par des languettes d’acier boulonnées ou par des poutres n’est pas considérée comme une méthode durable de conservation.

Le rejointoiement

Fer pour joints creux, bicycle pour joints creux, fer rond, fers à lisser de différentes largeurs et fer en losange pour joint en V (rarement vu).Le remplissage d’un joint creux, d’un joint à baguette, d’une maçonnerie de briques à la surface peignée avec une finition au fer rond, n’est pas du rejointoiement : c’est une mutilation, une aberration. C’est à proscrire.

Le rejointoiement consiste à évider les joints sur une profondeur de 20 mm par rapport à la surface verticale avec l’aide d’une meuleuse ou d’outils développés pour ce type de travail, à nettoyer les surfaces, à humidifier la maçonnerie et à appliquer le mortier au fer et à la truelle mais encore mieux à la poche tout comme la poche à pâtisserie pour le glaçage. On termine avec le lissage des joints et leurs protections contre le dessèchement (3).

Note 3 : La finition à angle, en biseau, bien que considérée supérieure à un joint rond ou creux, ne correspond pas à la période de construction de votre bâtiment. De même, si un joint creux, un joint au bicycle, est considéré moins durable qu’un joint rond ou en biseau, vous pouvez anticiper une bonne durée de vie pour ce type de joint (plusieurs parements de maçonnerie de briques avec des joints creux s’approchent de leur centenaire).

Vous devez utiliser un mortier à base de chaux d’une résistance comparable à la résistance de vos joints. On rejointe un mortier de chaux ancien avec un mortier à base de chaux de type O. Lorsque les clous se tordent à l’enfoncement, vous devez utiliser un mortier de type N, lui aussi à base de chaux. Comme la consistance est plus plastique pour un mortier de rejointoiement, pour ne pas « beurrer » partout, un mortier de type O satisfera les exigences de résistance d’un mortier de type N avec une consistance plus ferme.

En aucun cas, vous ne devez utiliser un mortier ou coulis pour la construction, modifié ou non de polymère. Typiquement ces mortiers et coulis développent une résistance à la compression sur cube de plus de 45 MPa à 28 jours comparativement au 3,5 MPa d’un mortier type N. Le rejointoiement d’une maçonnerie, encore plus avec un coulis pour la construction, peut contrecarrer à l’avenir une possibilité de démontage et de remontage.

Rejointoyer ou démonter/remonter

Pourquoi démonter et remonter une maçonnerie est-il un choix à privilégier lorsque des travaux doivent être envisagés ? Parce qu’un rejointoiement peut limiter la récupération optimale des éléments dans l’avenir et parce qu’il permet l’imperméabilisation à la base des murs par l’application d’un solin bitumineux sur la fondation et, surtout, par le remplacement des connecteurs pour assurer une nouvelle vie au parement. Ces travaux permettent aussi d’envisager une possibilité d’isolation par l’extérieur considérant que l’on peut retrouver un panneau de fibre de bois ou bitumineux sur la structure de bois.

Attention ! Trois entrepreneurs sur quatre vous recommanderont de remplacer la brique, ce qui n’est justifié que par la vitesse d’exécution. Mais rappelez-vous : une vieille brique vaut plus cher qu’une nouvelle brique.

Évaluation de la résistance des mortiers

Vous voulez évaluer la résistance de votre mortier ? Rien de plus facile. Utilisez des clous réguliers (sans mesures anticorrosion, ni vrillés) de 63 ou 75 mm de longueur. Si vous êtes capable de marteler vos clous sans que ceux-ci se tordent, le mortier est de type O. C’est cette résistance que vous vous attendez à obtenir si votre bâtiment a été construit avant 1920. Si vos clous après moins de 3 mm d’enfoncement se tordent, votre mortier a une résistance d’au moins 3,5 MPa. C’est ce que vous obtiendrez pour un bâtiment construit après 1920 avec un mortier à maçonner à base de ciment Portland.

Les outils

Mur à droite démonté et remonté, mur de gauche conservé, d’origine.Outre l’équipement individuel de protection, un marteau de maçon, une petite masse à manche de bois (pour frapper du manche les briques lors du démontage), un ciseau (et pas toujours ?), une barre à clous, des seaux, une pince à briques, des brosses d’acier et un échafaudage seront requis. Les échafaudages peuvent se louer, à plus grands prix être loués et montés, ou mieux, être coordonnés avec votre entrepreneur maçon si vous conservez ou si vous donnez cette tâche à un autre entrepreneur.

Note : Si votre mur a été graffité, il est important de nettoyer la maçonnerie avant de la démonter.

Évidemment, le démontage commence par le haut, les tout derniers rangs n’étant pas ancrés à la structure. En l’absence de soffite, un coup de manche de marteau ou de la petite masse à distance d’un coin sera le point de départ. L’utilisation d’une scie César avec une lame à béton conviendra au départ si les travaux sont limités à un mur ou, pour une maçonnerie avec un mortier de type N, en sciant les joints aux coins des murs.

Mais attention ! Il est préférable de faire un nettoyage grossier des éléments, en enlevant les joints horizontaux, au fur et à mesure du démontage pour faciliter la manipulation des éléments avec une pince à briques. Même si une brique est considérée pleine au sens des normes, elle peut comporter des trous (généralement trois) mais dont la superficie ne doit pas dépasser 25 % de la surface d’appui totale de la brique. C’est le mortier qui se retrouve dans ces trous qui occasionne le plus de désagrément en empêchant la prise à la pince et un bon empilement.

Le nettoyage final se fera au sol, au ciseau, en frottant une brique sur l’autre ou à la brosse d’acier ou avec un dernier coup de balai ou d’air comprimé pour nettoyer les surfaces. Il n’est pas requis d’emballer dans un polyéthylène les briques nettoyées ; il est même préférable de les soumettre aux intempéries (à la pluie) et de les mouiller, bien avant, pour réduire leur absorption d’eau lors de la pose.

L’épaisseur standard des joints de mortier est de 10 mm, variant généralement de 8 à 13 mm sauf pour le premier rang. Vous remarquerez que certaines briques souvent des briques jaunes à surface lisse, de texture comparable à la brique à feu, ont de très petits joints, de l’ordre de 5 mm d’épaisseur. Cette épaisseur est à peine supérieure à celle d’une lame de scie. Cette maçonnerie ne se rejointe pas convenablement par le nombre d’impacts avec les éléments de maçonnerie lors de la vidange des joints. Les connecteurs sont alors des clous de finition. Lors d’un remontage, alors que le mortier est étendu sur la rangée inférieure, pour obtenir des joints minces, chacune des briques doit être bottée à l’avant et à l’arrière pour avoir le plus petit joint réalisable. Le coût de vos travaux sera nettement affecté à la hausse.

Prévoir

Dans le cas d’une brique peignée, il est évident qu’il faut la poser à nouveau avec sa façade vers l’extérieur ; s’il s’agit d’une brique à surface lisse, bien qu’il soit recommandé de maintenir la face apparente en façade afin de conserver les teintes d’altération, elle peut aussi bien être posée avec sa face arrière en façade si elle a subi trop de graffitis ou si elle a été partiellement peinte.

Lors du démontage, il est probable que certaines allèges et linteaux de fenêtres se rupturent le long de lits argileux pour les pierres calcaires ou au-dessus d’armatures dans les pièces de béton ou soient désagrégés par les cycles de gel et de dégel dans le cas d’éléments préfabriqués avec un béton sans air entraîné. Il est bien important d’avoir identifié des fournisseurs ou des fabricants avant de démonter-remonter une maçonnerie car cela pourrait allonger la durée de vos travaux. Dans certains cas, pour des ruptures verticales d’éléments en pierre naturelle, il sera possible de réaliser des ancrages et un collage époxydique. Notez que ces éléments de la maçonnerie ne se retrouvent généralement pas chez les recycleurs justement en raison des dommages causés par les intempéries.

De plus, lors du démontage, vous devez vous attendre à un minimum de perte d’éléments de la maçonnerie soit : les briques aux trois quarts de leur longueur que l’on peut voir au milieu des murs quand la largeur des joints n’a pas été bien établie lors de la pose initiale, les briques brisées au droit de fissures et de lézardes, des briques épaufrées au fil du temps ou percées pour divers ancrages ou filages, certaines briques retrouvées déjà brisées dans le mur et finalement des bris à la suite de manipulations lors du démontage et du remontage. Ces pertes seront compensées par des briques de récupération mais aussi possiblement par la largeur des joints qui peut permettre d’avoir une rangée de moins sur les murs sans en changer l’apparence.

Finalement après la pose, vous devez prévoir un nettoyage de la maçonnerie à l’acide chlorhydrique ou muriatique dilué suivi d’un rinçage. Même les entreprises en maçonnerie retiennent régulièrement les services de firmes spécialisées pour le nettoyage final.


Article tiré de La Lucarne – Automne 2021 (Vol XLII, numéro 4).

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