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Allocution de Marie Dumais lors de la remise du Prix Robert-Lionel-Séguin 2019

14 décembre 2019

(5 octobre 2019, Domaine Joly de Lotbinière), pour la série Passion Maisons

C’est un honneur pour moi de recevoir aujourd’hui le prix Robert-Lionel-Séguin qui vient assurer la pérennité de l’idée-même de Passion Maisons : mettre sur la place publique les enjeux entourant la protection, la mise en valeur, la promotion et la restauration de notre patrimoine bâti à travers l’expérience humaine.

Les Amis de Passion Maisons

Une idée qui ne serait restée qu’une bonne idée sans les « amis de Passion Maisons », c’est-à-dire les propriétaires qui ont accepté de nous recevoir et de partager leur expérience. Sans eux, il n’y aurait jamais eu de Passion Maisons! Ce prix leur appartient donc aussi!

Une idée qui ne serait restée qu’une bonne idée sans l’équipe de Passion Maisons :

Alain Choquette, mon porteur de ballon auprès d’Historia. Sans lui, il n’y aurait jamais eu de Passion Maisons!

André Bolduc, artisan et artiste, avec qui nous avons tourné plus de 120 capsules sur les techniques de restauration et avec qui j’ai eu le plaisir de faire le livre L’Art de restaurer une maison ancienne (près de 3 000 copies vendues).

Christian Bernèche, directeur de la photographie, qui malgré ses engagements avec Céline Dion à Las Vegas, le Cirque du Soleil à Macao, les séries Les Parent, Belle et Bum, Star Académie, etc., a participé à tous les tournages de la série!

Et Luc Boucher, assistant caméraman, mais aussi acteur, scénariste, auteur, qui a fait de chaque tournage de Passion Maisons un voyage mémorable.

Merci aux membres du jury, à Michel Lessard lequel soutient Passion Maisons depuis longtemps, et à Michel Martel (Pièce sur Pièce), mon indéfectible supporter.

Les vieilles pierres

Années 50, dans la toute nouvelle banlieue de Québec où tout est neuf, neuf, neuf, Sillery!

J’ai à peine cinq ans. Je trouve dans les poubelles de la voisine une vieille poupée de porcelaine que mon frère baptise « la poupée bisaïeule »! Bisaïeule? Sur le coup, ce mot bizarre rend ma poupée encore plus précieuse.

Quelques années plus tard, je dois avoir 8 ou 9 ans, un voyage familial me fait découvrir la vallée du Richelieu et Saint-Ours que des siècles séparent de la toute nouvelle ville de Sillery!

Et pourtant, en voyant le vieux couvent, et les vieilles pierres de l’église et du presbytère, je dis à mes parents : « Quand je vais être grande, je vais venir vivre ici »!

Depuis 1978, j’habite une maison centenaire à… Beloeil!

Quand on travaille en télévision, on travaille « sur mandats ». On peut passer d’une émission de cuisine à une émission de variétés, d’un talk show à des séries sur les célibataires ou les ados, en mettant chaque fois toute sa créativité au service du sujet.

Avec Passion Maisons, l’exercice n’a pas été très difficile!

Passion Maisons

Passion Maisons, c’est 61 émissions tournées entre l’été 2005 et l’automne 2010. C’est plus de 30 000 km, 70 villes et villages, 75 maisons et le Québec à son meilleur! L’idée m’est venue lors d’un tournage, à Chicoutimi, d’un des 105 épisodes de la série Trouvailles et Trésors, la version québécoise de l’émission britannique The Antiques Roadshow.

Chaque émission présentait un court reportage sur l‘un des aspects patrimoniaux de la région visitée. À Chicoutimi, ce fut la visite d’une maison ancienne. Mon reportage devait durer 10 minutes, pas plus. Mais les propriétaires avaient tant à raconter sur les travaux de restauration… que l’idée de Passion Maisons s’est imposée d’elle-même!

Le choix des maisons

Au début, la recherche de maisons s’est faite auprès de contacts et de Sociétés d’histoire, mais assez rapidement, ce sont les propriétaires eux-mêmes qui m’écrivaient pour poser leur candidature et souvent pour réserver leur place pour l’année suivante, me promettant que les travaux seraient alors terminés!

S’ensuivait une entrevue téléphonique. Si l’entrevue était concluante, les propriétaires devaient m’envoyer des photos, l’historique de la maison et le détail des travaux de restauration. Si le profil correspondait aux critères de l’émission : maisons construites avant 1930, habitées et restaurées en grande partie par leurs propriétaires, selon les normes générales convenues en restauration, les candidats avaient de bonnes chances d’être retenus.

Mais encore fallait-il que je visite la maison et que je rencontre ses propriétaires. Et c’est là que tout se jouait! Mes hôtes savaient d’entrée de jeu que ce repérage ne signifiait pas que leur maison serait retenue, ce qui arriva pourtant dans 99% des cas, mes budgets ne me permettaient pas de faire des voyages approximatifs.

Munie d’une enregistreuse de poche, je visitais la maison et je me faisais raconter son histoire et celle des travaux.

En fait, je faisais à l’avance ce qu’Alain ferait lors du tournage. Et pour terminer, on s’assoyait à la table de cuisine pour un moment plus intime qui me permettait d’expliquer comment se déroulerait le tournage, quel serait leur rôle, etc. Je leur parlais aussi de « mes gars », c’est-à-dire notre petite équipe.

Dans les faits, le produit final serait une émission de télévision s’adressant à la fois à un public averti et à un large public; je devais donc, pour réaliser  une émission d’une heure, trouver chaque fois l’équilibre parfait entre les aspects techniques relatifs à la maison : son histoire, ses dimensions, sa qualité architecturale et l’envergure des travaux et les aspects humains, c’est-à-dire la personnalité des propriétaires : ouverts, sympathiques, diserts.

Mon but : dans chaque maison, faire la meilleure émission de télé possible sur l’aventure d’une restauration!

Le patrimoine, pas juste l’affaire des boomers!

Les premières saisons de Passion Maisons ont présenté des maisons restaurées dans les années 70 par des baby boomers. Peu à peu, le profil de nos hôtes a commencé à changer. Ils étaient plus jeunes. Et leurs motivations n’étaient pas exactement celles de leurs aînés.

Je m’explique : pour les restaurateurs des années 70, la sauvegarde du patrimoine était d’abord, mais pas uniquement un geste politique, identitaire. Pour la génération X, est venu s’ajouter un aspect écologique et environnemental. Certes, il fallait sauvegarder notre patrimoine national, mais en recyclant, en pensant et en agissant vert. Vous me direz que le résultat est le même, mais l’approche est nettement différente.

Nos petites victoires

Le public de Passion Maisons n’était pas exclusivement composé de « convertis ». La série a même fait naître des vocations, dont celle, entre autres, de Suzanne Bousquet et Pierrôt Arpin qui ont reçu le Prix Thérèse-Romer 2019. Et je les cite : «  … fans finis de l’émission Passion Maisons, c’est de là qu’a découlé la motivation à acheter et à restaurer une maison ancienne. C’est aussi par cette émission et nos lectures que nous avons compris une chose : respecter la maison. »

En plus d’avoir fait connaître des hommes des femmes héroïques à plusieurs égards, une inspiration, et des maisons, des décors et des lieux de vie superbes, la série aura su sensibiliser le grand public aux enjeux entourant la protection de notre patrimoine, un bien collectif dont la survie dépend de chacun de nous, que nous habitions un bungalow ou une maison 18e!

Et pour terminer…

J’ai récemment contacté la direction des programmes d’Historia pour leur offrir de reprendre Passion Maisons avec : «  … Nouvelle mouture. On rebrasse les cartes! », ai-je spécifié. Refus catégorique.


Article tiré de La Lucarne – Hiver 2019-2020 (Vol XLI, numéro 1).

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