La Maison de la musique de Sorel-Tracy

26 octobre 2019

La Maison de la musique de Sorel-Tracy
Andrée Adam, membre de l’APMAQ

Au début des années 1900, la rue George, nommée ainsi en l’honneur du roi George III d’Angleterre, avait fière allure avec ses arbres feuillus, bordée de maisons bourgeoises, institutions et commerces. Cependant, au cours du XXe siècle, le tronçon reliant l’église Saint-Pierre au Carré Royal connaît différentes modernisations; la rue est pavée, les arbres sont plus rares et le patrimoine bâti a changé. Quelques maisons ont conservé leur cachet d’origine et leur fonction résidentielle ou d’affaires, d’autres ont été garnies d’espaces commerciaux en devanture.

Les Sorelois y déplorent toujours la disparition du couvent Saint-Pierre des Dames de la Congrégation mais surtout, la démolition de l’édifice de l’ancien bureau de poste en 1965. Par contre, on a reconstruit.

Près du Carré Royal, la façade de l’ancien cinéma de style Art déco a été intégrée à l’édifice de la « Résidence Soleil » pour aînés. Face à l’église et au presbytère, on retrouve l’édifice de briques rouges de l’Hôpital général, œuvre de l’architecte Félix Racicot, construit de 1946-1948; suivent la bibliothèque Le Survenant, qui est un héritage en 1967 du Centenaire de la Confédération, et un complexe de logements pour aînés qui a remplacé le couvent Saint-Pierre.

En face, au 124, on aperçoit une maison bourgeoise en briques rouges, dont l’origine remonte à 1908. Son style éclectique, populaire à l’époque auprès de la bourgeoisie nord-américaine, consiste à incorporer dans un même bâtiment plusieurs ornements et matériaux de façon à créer un tout unique et prestigieux. À noter, sa longue galerie, le décroché, le solarium, la toiture de tôle et son oriel qui la rendent unique, le tout agrémenté de vitraux, jeux de briques, boiseries, colonnes et corniches. Elle reflète donc les goûts et tendances du XXe siècle et elle s’est adaptée aux besoins et activités de ses divers propriétaires.

Parmi ses plus récents occupants, on note la famille du Docteur Sylvio Frappier qui y tenait aussi bureau privé avant l’arrivée de l’Assurance maladie. Vont ensuite l’habiter de 1955 à 1972, les Sœurs de la Charité de Namur connues pour leur œuvre auprès des pauvres et des malades. À leur retour en Belgique, elles cèdent la demeure aux Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe qui prennent leur relève et achètent la maison en 1974.

De douze au départ, elles n’étaient plus que quatre à œuvrer dans l’enseignement. Elles souhaitaient vendre leur résidence et Rachel Doyon, de son côté, cherchait au centre-ville un lieu assez grand pour y installer la Maison de la musique, organisme qui a pour mission « d’offrir un lieu propice à l’initiation et au développement musical chez les jeunes, ainsi que de faire la promotion et la production d’événements classiques ».

Avant de devenir la Maison de la musique, la bâtisse quoique bien entretenue, a nécessité plusieurs modifications de mise aux normes particulièrement l’ajout d’issues de secours et de murs coupe-feu. Il fallait aussi recréer des espaces plus fonctionnels, mieux adaptés à sa nouvelle vocation. À l’étage, où se situaient les chambres, on en a conservé quelques-unes pour accueillir des visiteurs lors de stages mais on a surtout créé des espaces de travail pour les artistes. Les nombreux lavabos personnels ont disparu, remplacés par des pianos. Le solarium surplombant la rue George offre toujours, entre soleil et feuillage, un espace propice à la réflexion et à la détente.

Le rez-de-chaussée a retrouvé l’aspect d’une maison victorienne. L’ancien coin-bureau du médecin, aménagé en chapelle pour les sœurs, est redevenu un bureau. Dans l’entrée, l’ancien escalier a malheureusement disparu mais le reste de l’étage est aménagé en immense salon de musique où trône un imposant piano à queue qui permet d’accueillir concerts, conférences et réceptions. La cuisine donne sur une cour arrière; elle permet de servir les nombreux invités, tout comme on le faisait aux temps des sœurs.

Heureuse surprise, en retirant les divers recouvrements de sol, on a retrouvé les planchers de bois d’origine. Par contre, sous le faux plafond du rez-de-chaussée est apparu celui d’origine, d’apparence lamentable, ayant été perforé pour installer toute la tuyauterie des chambres. On l’a donc refait en plâtre d’allure victorienne mieux adapté au nouvel agencement des pièces.

Depuis plus de cinq ans, au 124 rue George, la Maison de la musique ouvre ses portes à tous ceux qui sont animés par la passion de la musique: jeunes et vieux élèves à la recherche de nouvelles expériences, jeunes artistes en devenir qui y perfectionnent leur art et auditoire ravi !

Lors d’activités de plus grande envergure, telles le Festival-concours de musique classique pour les jeunes et ses concerts grand public, la Maison de la musique fait retentir tous ses accords parmi d’autres espaces anciens et patrimoniaux du Vieux-Sorel.

Chronologie des occupants du 124 rue George

  • 18.. Jean-Baptiste Labelle, capitaine : maison de bois recouverte de brique
  • 1871 Louis Ubald, médecin
  • 1874 Alphonse Antoine Taillon, gérant de banque et maire de Sorel
  • 1874 Charles Dorion, avocat, magistrat et fondateur du journal Le Courrier de Sorel
  • 1908 Date probable de la construction de la maison actuelle
  • 1909 Élisabeth Mondor, veuve Dorion, vend la propriété à Alfred Baril
  • 1930 La succession d’Alfred Baril cède la maison à Joseph Paul, marchand épicier
  • 1937 Rosa Denis, veuve de Joseph Paul, vend à Philippe-Noël Pontbriand, avocat
  • 1947 Date probable de l’ajout à l’arrière
  • 1951 Achat par Joseph Simard, industriel
  • 1952 Achat par Sylvio Frappier, médecin
  • 1955 Occupation par les Sœurs de la Charité de Namur
  • 1958 Achat par les Sœurs de la Charité de Namur, ajout du solarium et de ses piliers de brique
  • 1974 Achat par les Sœurs de Saint-Joseph de Saint-Hyacinthe; elles l’on probablement occupée dès 1972
  • 2011 Acquisition par Rachel Doyon qui y installe la Maison de la musique de Sorel-Tracy

Pour en savoir plus : www.maisondelamusique.org
Patri-Arch2013, Ville de Sorel-Tracy


Article tiré de La Lucarne – Automne 2019 (Vol XL, numéro 4).

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