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Entrevue avec Jérémie Abbate, charpentier traditionnel

12 août 2019

Entrevue avec Jérémie Abbate, charpentier traditionnel
La rédaction

COMMENT ÊTES-VOUS DEVENU CHARPENTIER TRADITIONNEL?

Des parents amoureux des bâtiments anciens, un père charpentier, un oncle maçon et une enfance passée dans une ferme remontant à 1680, en France, près de Saint-Étienne, expliquent fort probablement mes choix professionnels. Il est évident que l’ambiance familiale était propice à l’apprentissage de la construction et de la restauration et, très tôt, parmi les différents matériaux, s’est manifestée ma préférence pour le bois.

QUELLE A ÉTÉ VOTRE FORMATION ET COMMENT VOUS ÊTES-VOUS RETROUVÉ AU QUÉBEC?

Malgré une voie bien tracée par ce milieu familial, la route n’a pas été sans détours puisqu’à seize ans, contre toute attente, je me suis inscrit dans une école d’hôtellerie dont je suis diplômé. Les chantiers pourtant me manquaient et c’est ainsi que je me suis engagé dans la restauration d’une chartreuse à Sainte-Croix-en-Jarrez dont la construction date de 1280. Cette expérience m’a permis d’approfondir les connaissances en restauration patrimoniale acquises sur le tas. Puis, en 2005, de retour en France après un séjour prolongé à l’étranger dont le but était de ‘’voir le monde’’, on m’a demandé de transformer une ferme en gîte et en restaurant. Or, une Québécoise participait aussi à ce chantier; elle est devenue ma conjointe et c’est ce qui explique ma présence au Québec où, à mon arrivée, j’ai travaillé dans la construction contemporaine.

COMMENT VOUS EST VENUE VOTRE RECONNAISSANCE PROFESSIONNELLE?

Sans vouloir dénigrer le moins du monde la construction contemporaine, je voulais renouer avec la dimension traditionnelle du travail du bois. C’est alors que j’ai eu la chance de rencontrer un artisan qui possédait le savoir-faire traditionnel. Il l’avait acquis auprès des Compagnons du devoir en France; il s’agit de Patrick Moore. Il a été mon maître. Je lui dois d’avoir perfectionné mes méthodes de travail et d’avoir poussé plus loin mes connaissances. Fort de ce supplément de formation, j’ai soumis mon dossier au Conseil des Métiers d’art du Québec en 2016 qui a reconnu ma compétence professionnelle.

SUR QUELS TYPES DE BÂTIMENTS CONCENTREZ-VOUS VOS ACTIVITÉS?

Jusqu’à maintenant, mon travail porte essentiellement sur des constructions résidentielles, le plus souvent unifamiliales. Il s’agit souvent de transformer ces maisons, par exemple, en rendant habitable un grenier. Pour moi, le contact avec les personnes qui habitent ou habiteront la maison est très important. Ma préférence va très nettement à ce genre de travail personnalisé par opposition aux grands développements immobiliers. Je tiens à cette approche artisanale.

QUEL EST, SELON VOTRE EXPÉRIENCE, L’ÉTAT DE LA DEMANDE?

Dans mon cas, c’est par “le bouche à oreille’’, que se manifeste la demande. Les rendez-vous Maestria se sont révélés, au cours des dernières années, d’une grande utilité à cet égard. L’artisan sort ainsi de son isolement et entre en contact avec des collègues exerçant d’autres métiers; un charpentier y fera peut-être la connaissance d’un forgeron ou d’un plâtrier ce qui pourra s’avérer précieux dans un chantier futur où les besoins seront multiples. Je travaille présentement à une charpente dans une maison du Vieux-Montréal. Il s’agit de la maison Berthelet dont le propriétaire, un passionné de patrimoine, a recruté ses artisans au rendez-vous Maestria. La demande va en augmentant. On observe une sensibilité à l’ancien et à un goût pour retrouver les traces du passé.

QU’EN EST-IL DE LA RELÈVE?

Je considère la relève comme une responsabilité qui nous incombe à nous, artisans qui exerçons le métier. C’est pourquoi, un collègue charpentier et moi-même organisons un collectif de formation. Le but est de constituer une banque de jeunes qui veulent apprendre le métier. Ceux-ci feront, sur une période de trois ans, des stages auprès d’une dizaine d’artisans de façon à bénéficier d’expériences variées. Comme le stage est rémunéré, nous créons des emplois tout en dispensant une formation pratique. Deux jeunes se sont déjà engagés dans ce processus. Le projet n’en est encore qu’à ses débuts mais il est prometteur.


Article tiré de La Lucarne – Été 2019 (Vol XL, numéro 3).

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