La maison du jardinier : cultivons la sauvegarde du patrimoine ! - APMAQ (Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec)

La maison du jardinier : cultivons la sauvegarde du patrimoine !

23 février 2022

Robert Delorme, chargé de projet, Société historique Louis-Joseph-Papineau

La maison du jardinier — 2021, collection SHLJP.La Société historique Louis-Joseph-Papineau (SHLJP) a célébré en 2021 la commémoration du 150e anniversaire du décès du célèbre politicien, tribun et seigneur de la Petite- Nation en Outaouais. C’est à Montebello, qu’il s’établit quelque temps après son retour d’exil en 1845. À son décès, il laissa à sa descendance un splendide domaine constitué de nombreux bâtiments ayant vue sur la rivière des Outaouais : le manoir Papineau, la chapelle funéraire de la famille et la maison du jardinier. Malheureusement, la jolie petite maison qui servait de logement au jardinier de l’époque résiste difficilement au passage du temps ; celle-ci a d’ailleurs fait l’objet d’une citation à titre d’immeuble patrimonial.

La maison du jardinier - fin XIXe siècle, collection SHLJP.C’est en 1852 que Louis-Joseph Papineau, seigneur de la Petite-Nation, eut l’idée de construire une maisonnette. En juin 1855, la construction débute selon des plans établis par son fils aîné, Amédée, qui s’inspire vivement des plans et travaux d’Andrew Jackson Downing, célèbre jardinier-paysagiste et architecte américain. Le style de ce bâtiment possède de fortes caractéristiques néo-gothiques : lambrequin finement découpé à la chute du toit, lucarne pignon, porche à murs pleins dissimulant la porte d’entrée, balcon au mur pignon nord cintré d’une balustrade, consoles apparentes supportant l’avant-toit, grille décorative dans chaque panneau vitré des fenêtres, disposition des fenêtres offrant une élévation verticale accentuée, etc. Les travaux vont bon train et la construction de la loge du jardinier se poursuit jusqu’à la fin octobre 1855 avec la confection de la cheminée, la pose des ornements et la mise en place des châssis vitrés. On remarquera que toutes les fenêtres d’origine sont chapeautées d’un bandeau d’archivolte retourné à crossettes rehaussant la richesse des ouvertures et s’apparentant au style Tudor. Une clôture à l’entrée de la propriété constituait une mesure de contrôle et d’accès au domaine dont le jardinier avait la pleine responsabilité. Au tout début, cette entrée était marquée par une simple barrière de bois.

La maison du jardinier — 1928, collection SHLJP.Les fenêtres font l’objet de récriminations de la part des premiers locataires. En effet, le plombage du verre et l’insertion de minces barrotins décoratifs dans chaque fenêtre (toujours visibles à notre époque) rendaient bien difficile le nettoyage des vitres et réduisaient la quantité de lumière à l’intérieur.

Les occupants s’y installent en permanence le 14 novembre 1855. En mars 1864, Louis-Joseph Papineau embauche un jeune jardinier, M. Todd de confession anglicane, qui sera à la hauteur des attentes du seigneur ; les « jardins légumiers » et les plates-bandes richement fleuries feront la renommée du domaine même à l’extérieur de la région. Le tout dernier jardinier et gardien de la chapelle funéraire, le villageois M. Grosleau, occupera les lieux jusqu’en 1929.

Le portail du Seigniory Club — 1933, collection SHLJP.La maison du jardinier occupe une position privilégiée à l’entrée du parc et au départ de l’allée seigneuriale qui mène le visiteur jusqu’au manoir. La localisation de la maison du jardinier, si près du portail, n’était pas l’effet du hasard. L’une des tâches du jardinier ou de l’un des membres de sa famille était certainement d’ouvrir et de fermer la barrière suivant les besoins. En 1883, Amédée Papineau installa un véritable portail de quatre piliers de métal chapeautés par un petit toit pyramidal à quatre côtés.

Jusqu’en 1930, la maison du jardinier n’a pas été l’objet de transformations importantes. Même durant l’occupation temporaire en 1878 par Ézilda Papineau, fille de Louis-Joseph Papineau, et en 1920 par Philippe Bruneau Papineau, petit-fils d’Amédée Papineau, l’architecture d’origine a été préservée.

En 1929, les descendants de la famille Papineau procèdent à la vente du domaine, étant donné le fardeau financier de son entretien. Le nouveau propriétaire des lieux, Lucerne-in-Quebec Community Association Ltd, connu plus tard sous le nom de Seigniory Club apporte des modifications pour répondre aux exigences d’un complexe de villégiature appartenant à des intérêts privés.

L’entrée principale du club sélect a été totalement transformée au goût de l’époque ; elle a été remplacée par un imposant portail ornemental de deux piliers de pierres, chacun surmonté d’une sphère blanche. De chaque côté, un portillon muni d’une petite clôture permettait aux gardiens, postés en permanence, de contrôler le nombre de visiteurs sur le terrain du club privé. Le portail actuel en conserve les caractéristiques essentielles.

Tout au long de l’occupation du lieu par le Seigniory Club soit jusqu’en 1970 et ultérieurement par le Canadian Pacific Hotels (maintenant le Fairmont Château Montebello), la maison du jardinier a servi d’habitation aux différents gérants et directeurs généraux de l’établissement qui se sont succédé.

L’immeuble est inoccupé depuis quelques années ; son architecture et sa structure se trouvent dans un état de délabrement qui compromet sa survie. E3xperts Inc., une firme spécialisée dans la conservation et la gestion du patrimoine culturel, a exécuté des travaux d’analyse visant à établir son bilan de santé structurel. L’évaluation permet de croire qu’il est encore possible de sauver ce bâtiment ; une liste de priorités a été élaborée pour guider le propriétaire.

Des rencontres sont à prévoir entre la Municipalité de Montebello, le gestionnaire du complexe touristique à savoir le Fairmont Château Montebello et le propriétaire actuel, Evergrande Real Estate Group, en vue de déterminer la meilleure stratégie permettant de faire revivre ce bijou architectural et d’en assurer la pérennité.

Sauvons la maison du jardinier !


Article tiré de La Lucarne – Printemps 2022 (Vol XLIII, numéro 2).

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