Ma pierre angulaire : récit d’une restauration d’une maison ancienne à Calixa-Lavallée

13 décembre 2019

Jean-Robert Grenier – Récit d’une restauration d’une maison ancienne à Calixa-Lavallée

Source : Jean-Robert GrenierFévrier 1976, répondant à un appel de mon agent d’immeubles de Beloeil qui dit avoir trouvé une propriété répondant à nos attentes, je quitte Montréal dans ma Fiat 128 et me rends à ses bureaux. Après avoir pris connaissance sur papier de la propriété à visiter, je saute dans sa voiture et une vingtaine de kilomètres plus tard, nous empruntons la descente reliant Saint-Marc-sur-Richelieu et Verchères, sur le fleuve. À mi-chemin, arrivés à Calixa-Lavallée vers 17h30, nous tournons à droite sur le chemin de la Beauce et arrêtons juste après le cœur du village dans une entrée où s’y trouvent un calvaire et une vieille maison de ferme. Sortant de sa voiture, je me laisse imprégner, quelques instants, par l’atmosphère qui y règne… L’air est frais et l’odeur émanant de l’étable me remémore un été de mon enfance passé sur une ferme à Kiamika. Aujourd’hui, j’ai 25 ans, diplômé des HEC depuis 22 mois et mon épouse est enceinte de deux mois et demi. La vie est devant nous, allez hop, à l’aventure ! Confiant, je traverse la rue afin d’élargir mon champ de vision de la maison et de son environnement. Elle est élégante et très grande, parfaite pour élever une famille, mais elle manque d’amour. Elle ne semble exister que pour servir ses maîtres, son âme dort. À droite, une roulotte d’une cinquantaine de pieds semble avoir pris racine et derrière moi, sur le côté nord de la rue, une petite roulotte à patates frites est fermée pour l’hiver annonçant… « Au printemps prochain ». Les bâtiments de ferme sont mal entretenus.

Je suis maintenant prêt à rencontrer le propriétaire qui roule une grosse Chrysler Impérial blanche de l’année. Revenant sur nos pas, nous frappons à la porte arrière de la maison. Un premier coup d’œil s’impose, à droite, dans un corridor exigu, laveuse et sécheuse longent le mur central de la maison. Au sol, des bottes d’étable jonchent un plancher de linoléum et, devant nous, la fermière nous accueille en nous demandant de ne pas faire attention au ménage. La maison est divisée en deux logements et le propriétaire nous informe que nous ne pourrons visiter le logement d’à côté. Après une visite rapide des lieux et gagné par l’excitation, je quitte le couple d’agriculteurs en leur promettant de les informer rapidement de mes intentions.

Mars 1976, deuxième rendez-vous, c’est aujourd’hui que nous déposons notre offre. Chemin faisant menant à l’entrée de la maison, je vois, à travers la neige fondante, la boue émerger. Pas de trace de gazon, me dis-je. Suite aux salutations d’usage, je m’attable à la cuisine et je dépose notre offre d’achat qui sera acceptée dix minutes plus tard. Nous nous quittons en scellant notre entente par une poignée de main. Puisque mon épouse de l’époque est toujours à l’université, elle n’a pu m’accompagner à la signature de la promesse d’achat.  Nous reviendrons ensemble fin avril, après ses examens, afin d’avoir un meilleur aperçu de ce que nous avons promis d’acheter et, quant à être sur place, nous visiterons le village de Calixa-Lavallée qui, dit-on, regorge de vieilles maisons de pierres et de pièces sur pièces tout au long du chemin de la Beauce.

En attendant le certificat de localisation de l’arpenteur, l’approbation de l’emprunt hypothécaire de la Caisse populaire de Verchères et les signatures devant le notaire, notre bibliothèque s’est enrichie de nombreux ouvrages sur l’architecture traditionnelle des bâtiments du Québec des XVIIIe et XIXe siècles. Au fait, la grande majorité de ces ouvrages furent édités au cours de cette époque où beaucoup de jeunes étaient attirés par le retour à la terre, par la redécouverte de notre culture suivie de la prise de conscience de l’intelligence de nos ancêtres, de leur savoir-faire et du courage qu’ils ont su démontrer depuis leur arrivée en terre d’Amérique.

Acheter une maison ancienne, comprendre son architecture, la restaurer dans l’esprit et dans le respect en utilisant des matériaux d’origine, partir à la découverte des anciens de Calixa-Lavallée, de ces ancêtres célèbres qui ont marqué notre histoire, étudier l’évolution de la seigneurie de Verchères et comprendre l’héritage qu’ils nous ont légué. Apprendre aussi à retrouver leurs pratiques de développement du territoire toujours d’actualité aujourd’hui, voilà ce qui a toujours fleuri au fond de mon âme de Québécois.

Je tenterai durant ma participation à La Lucarne de vous raconter mon cheminement durant cette grande aventure qu’est celle de restaurer une vieille maison et comment elle a influencé le cours de ma vie en ouvrant mes horizons.

À suivre !


Article tiré de La Lucarne – Hiver 2019-2020 (Vol XLI, numéro 1).

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