Tarabiscoter sur une console

14 décembre 2019

Lors d’un ménage dans la cave de la maison, notre attention est attirée par un objet en bois accumulant la poussière dans un recoin. Possiblement, un souvenir laissé sur place par un précédent occupant de la maison. Sa forme est similaire à celle d’un appui-livres, mais l’évidence de traces d’usure sur la peinture et la présence de pourriture sèche démontrent un usage extérieur sous les intempéries (Photos 1a et 1b). L’examen attentif d’une photo de la façade arrière de la maison Hormidas-Lauriault de l’inventaire des bâtiments anciens (1977) de l’Université de Montréal montre l’ombrage d’un ornement en S sous les retours d’avant toit et la bordure du toit. C’est en retirant une partie du revêtement de vinyle des murs que l’on constate l’importance de cet artéfact. En vérité, ce bloc de bois sculpté s’avère être une composante ornementale de la corniche, une console esseulée. L’apparition de la disposition des moulures permet de mesurer avec exactitude la distance entre les consoles et la quantité à reproduire (42) afin de redonner à la corniche son allure d’antan.

Cet exemplaire sert de gabarit pour définir les contours de la console directement sur un madrier de cèdre d’environ 3 pouces d’épaisseur. La forme brute est découpée à l’aide d’une scie à ruban électrique et fignolée à la scie à chantourner. Il manque les rainures. Un premier essai débute avec un tarabiscot commercial, mais les couteaux de l’ensemble sont inadéquats pour creuser les sillons. La solution est venue par le web, en visionnant la vidéo d’un ébéniste. Il montrait comment fabriquer son couteau à partir d’une simple plaque d’acier. Après plusieurs tentatives, nous optons pour la rigidité de l’acier galvanisé d’une boîte pour appareil électrique. La plaque, agrémentée de sa dentition, est solidement fixée à un morceau de chêne pour une excellente prise lors des manipulations (Photo 2).

La console se compose de quatre éléments distincts. Le principal étant le bloc, avec deux petits « capuchons » sur les faces opposées auquel s’ajoute une moulure dans sa partie inférieure. Les capuchons sont élaborés à partir d’un goujon acheté en quincaillerie. Les mâchoires d’un étau d’établi permettent d’immobiliser la pièce de bois pendant qu’on applique une forte pression sur l’outil artisanal (Photo 3) pour sculpter les sillons uniformément. Il faut répéter le geste plusieurs fois pour graver la forme. Pour les capuchons, il a fallu concevoir un gabarit de coupe pour manœuvrer la toupie défonceuse autour d’un goujon maintenu à la verticale. Ces petits éléments décoratifs sont collés sur les côtés de la console.

La moulure à la base est confectionnée dans une planche de pleine longueur. La contrainte reste le profilage des courbes (photo 4) qu’on obtient par le passage répété de la pièce de bois au banc de scie. On procède par étape, relevant les dents de la lame de la scie à chaque fois. Il faut utiliser un guide sur le plateau pour conserver l’angle parfait et ses doigts… Le profilé est complété par quelques traits de scie puis taillé à la largeur des consoles. Un léger sablage des surfaces et l’application d’une couche de teinture opaque blanc chaud viennent achever l’étape de la finition.

La réplique contemporaine se compare avantageusement à sa consœur de 1905 (Photo 5).

Nous aborderons la restauration de la corniche dans un prochain article.


Article tiré de La Lucarne – Hiver 2019-2020 (Vol XLI, numéro 1).

© APMAQ 2019. Tous droits réservés sur l’ensemble de cette page. On peut reproduire et citer de courts extraits du texte à la condition d’en indiquer l’auteur et la source, mais on doit adresser au secrétariat de l’APMAQ toute demande de reproduction de photos ou du texte intégral de cette page.


  Retour


Avant de naviguer sur notre site, veuillez accepter notre politique d'utilisation des cookies.