Ah! La base des poteaux de galerie

23 février 2021

Pierre Bleau

Le présent article aborde les travaux de restauration des treize bases de poteaux de notre galerie. Cette intervention s’inscrit dans un plus vaste chantier, celui de la consolidation des assises et de la charpente de la galerie, de la rénovation du plancher, de la fabrication des marches et des contremarches, de l’ajout d’un treillis et de l’assemblage des composantes de la balustrade. La galerie est abritée par un auvent ; elle se déploie majestueusement sur deux façades avec, plus discrète, une petite section à l’arrière de la maison. Les stigmates du temps apparaissent partout, même la planche bouvetée a cédé le pas à un revêtement de contreplaqué d’une teinte vert sapin. Ce matériau peu approprié affiche sur sa surface de nombreuses traces de pourriture. Que dire de l’authenticité de la balustrade alors dénaturée par l’insertion de barrotins rectangulaires cloués entre deux madriers ? Ah ! l’élégance des matériaux nobles à conserver pour l’avenir.

1. L’état d’un poteau. 2. Moment de flexion 2a de réflexion sur sa stabilité. 3. La galerie en 1940. 4. La nouvelle base.

Les deux premières illustrations montrent l’état de détérioration des bases des poteaux. Sa partie inférieure est parfois remplacée par un bloc de bois (ill. 1) tandis que les bases sont, pour la plupart d’entre elles, recouvertes d’une sorte de cage en bois traité (ill. 2) ce qui, en retirant une planche, fut toute une surprise. Pas besoin d’être ingénieur, la présence d’un espace vide à l’intérieur a soulevé de sérieux doutes sur la capacité portante de cet assemblage. Ceci explique l’effet de penture faute de colonnes à la jonction du boîtier (ill. 2a). Comme modèle, on dispose d’une rare base de poteau encore intacte permettant d’en relever les dimensions. Elle correspond à une photo d’archive de la famille Benoît (vers 1940) alors propriétaire de la maison (ill. 3). Le défi de reproduire fidèlement les bases (et les balustres tant qu’à faire) a été brillamment relevé par Yvan Baillargeon, un ébéniste de la municipalité de Saint-Côme dans la région de Lanaudière. Cet artisan est venu prendre les mesures in situ et a déterminé la hauteur à tourner en prévoyant un surplus de bois pour les ajustements.

Une fois fabriqué, il reste le défi d’insérer la nouvelle section tournée entre le nouveau plancher en pin bouveté et la partie résiduelle du poteau. Une opération délicate qui exige un étaiement avant de retirer de façon sécuritaire, un à la fois si possible, ces éléments porteurs. Nous avons scié le poteau à un endroit stratégique pour nous faciliter la jonction mécanique des pièces (ill. 4). Avec une perceuse, on fore les trous et on dépose un goujon en bois bien noyé dans de l’adhésif polyuréthane. Cette colle scelle le droit des surfaces contre l’humidité et ajoute de la rigidité au joint une fois durcie. Une autre contrainte consiste à positionner et aligner les faces du poteau en présence d’une pente d’égouttement très prononcée. Il faut éviter de faire reposer l’assise directement sur le bois de la galerie. On peut utiliser une pièce de néoprène pour minimiser le phénomène de capillarité dans le bois. Nous fixons solidement le pied du poteau, par en dessous de la galerie, à l’aide de tire-fond et de vis à bois pour patio.

À un prochain tableau de cette série !

N’hésitez pas à relire les articles précédents du récit de restauration de cet auteur.


Article tiré de La Lucarne – Printemps 2021 (Vol XLII, numéro 2).

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